En attendant que ne se concrétisent les promesses de création de 100 000 postes dans le sillage d’un second miracle économique et d’une smart island, la réalité dans le secteur de l’emploi est actuellement loin d’être rassurante. Il a été beaucoup question de précarité et d’incertitude durant l’année écoulée. Quasiment chaque mois est arrivé avec son lot de licenciements, affectant ainsi des milliers de foyers. D’ailleurs, c’est en bouclant 2015 qu’une vingtaine d’employés d’Island Fertilizers Ltd ont été remerciés après avoir été informés que leur usine mettait fin à ses activités. Alors que des chantiers s’apprêtent à émerger à travers le pays, le spectre du chômage plane quand même sur l’île. Des employés des casinos et une vingtaine d’Airmate Ltd (entre autres) ne savent pas encore ce qu’il leur adviendra cette année. Même indemnisé après un licenciement, il n’est pas toujours évident d’assurer le quotidien, c’est ce qu’explique un ancien chauffeur remercié par un constructeur, après 41 ans de service, en octobre dernier…
A  58 ans, Richard, licencié en octobre dernier, s’est fait une raison: il n’a plus sa place sur le marché de l’emploi. Malgré sa longue expérience dans le secteur de la construction, il n’a pas le profil recherché pour faire partie des Mauriciens qui seront embarqués dans les projets de smart cities. Car pour Richard, l’âge de la retraite est proche. De nombreux chefs de famille, moins âgés que Richard, mais déjà quadragénaires, ont été frappés par le chômage. Et la quête d’un nouvel emploi pour ces derniers s’avère être un parcours du combattant. La précarité de l’emploi, dans le secteur privé, a été une réelle inquiétude qui, malheureusement, ne se dissipera pas de sitôt. Entre les syndicalistes et le gouvernement, la guerre des chiffres est déclarée. Pour la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé, il y aurait eu environ 2 000 pertes d’emploi en 2015. Mais pour le gouvernement, le chiffre est de 1 500. Si le cas des employés des casinos n’est pas réglé, le chiffre officiel grimpera. Des 42 600 (Statistics of Mauritius) Mauriciens au chômage en 2015, 8, 500 cherchent du travail depuis plus d’une année et 4, 500 sont des chefs de famille.
Richard, 58 ans, était jusqu’à octobre dernier, le seul pilier financier de sa famille. C’est en se rendant sur son lieu de travail, une compagnie de construction, comme il le faisait chaque matin depuis 41 ans, qu’il a appris qu’il faisait partie des 35 employés sur la liste des licenciés. Pour lui, chauffeur spécialisé au sein de cette entreprise, c’est le choc. “Il me restait encore deux ans de travail avant la retraite, je pensais même pouvoir continuer à travailler pour la compagnie après mes 60 ans. Tout s’est écroulé!”, confie Richard. Avec sa compensation d’environ Rs 450 000, il a épongé ses dettes, dont un emprunt bancaire. “Mais l’argent qui reste ne suffira pas pour subvenir aux besoins de mon foyer pour les deux ans à venir. Je suis contraint de veiller à chaque dépense”, explique ce dernier. A son âge, Richard se dit réaliste: “Personne ne m’embauchera. Je songe sérieusement à me reconvertir en chauffeur de taxi marron!” Même s’il est propriétaire de sa maison, dit-il, il a des factures à payer et doit faire bouillir la marmite.
Raisons économiques
En juillet dernier, Thierry, 29 ans, est lui aussi touché par la vague de licenciements. “On nous a dit que pour des raisons économiques,  la compagnie était dans l’obligation de licencier des membres de son personnel”, explique le jeune homme, opérateur d’expérience, qui avait été embauché par une imprimerie depuis un peu plus d’un an. L’indemnisation de Rs 22 000 n’aura pas suffi pour s’acquitter de ses dettes, dont la pension alimentaire de son fils de 6 ans et contribuer aux dépenses dans la maison familiale. Après plusieurs mois au chômage, Thierry a décroché un emploi à l’essai dans une autre imprimerie, au début de décembre. “Je travaille pour un salaire de Rs 8 400, inférieur à ce que je percevais auparavant. Même s’il m’arrive de faire des heures supplémentaires, de prendre le travail plus tôt que prévu parce qu’on me l’a demandé, je ne reçois pas d’allocation! Mo santi mwa inn retourn a zero. Mais, je n’ai pas d’autre choix”, lâche-t-il. C’est au bout des six mois d’essai que ce dernier saura s’il sera employé sur une base permanente. Sinon, il se retrouvera à nouveau dans le cycle du chômage.
Plus loin, à Rodrigues où le chômage est une problématique importante, Eric, lui, ne sait pas encore de quoi son avenir professionnel sera fait.”J’ai de la chance!”, confie le trentenaire le temps d’une pause. Pourtant, cela fait trois mois que ce père de famille, qui était affecté au département de la maintenance à l’hôtel Pointe Vénus, à Rodrigues, ne perçoit plus son salaire de Rs 10 000. L’hôtel, du groupe Mauritours qui n’est plus opérationnel, avait auparavant licencié une quinzaine de ses employés. Depuis, le reste du personnel, dont Eric est sans salaire. Mais si ce dernier se dit chanceux, c’est parce que depuis quelque temps, il a trouvé un travail temporaire sur un chantier dans l’île. “Moi, je connais la plomberie, l’électricité… En cette période de fin d’année, les particuliers et compagnie font des rénovations ou ont besoin de dépannage dans ces domaines. Alors, on fait appel à moi. Mais pour ce qui est de mes collègues femmes de chambre, kot zot pou ale? Ki zot pou kapav fer?”, se demande-t-il. Eric compte onze ans de service auprès du groupe. Après la période festive, dit-il, ses compétences seront de moins en moins sollicitées. Il lui faudra alors compter sur les revenus de son épouse pour assurer les dépenses du foyer, le remboursement des crédits et la scolarité de ses deux enfants.