EN CONCERT LE 11 JUILLET : Marie-Josée et Roger Clency, 60 ans plus tard

Il y a environ soixante ans, apparaissait pour la première fois sur scène un jeune couple de chanteurs. Lui avait 17 ans et elle 14. Peu sûrs d’eux à leur début, ils ne pouvaient se douter de l’ampleur que prendrait leur carrière. Et encore moins du succès qu’ils rencontreraient. Aujourd’hui, ceux qui se disent, malgré leur séparation, toujours un couple sur le plan artistique et sur scène, sont fiers d’avoir porté le séga aussi haut et n’oublieront jamais les grands moments de scène d’autrefois. Le 11 juillet, Marie-Josée et Roger Clency seront sur la scène pour chanter Olé Olé, Repran mo mari, Ton Polo, Valse Kreol et ces autres titres inscrits dans l’histoire de la chanson mauricienne.
Il est connu de tous aujourd’hui que Roger et Marie-Josée Clency ne forment plus un couple dans la vie. Séparés depuis plusieurs années déjà, ils ont chacun refait leur vie. En France depuis 27 ans, Marie-Josée Clency raconte que bien qu’elle soit loin de son île natale, le séga mauricien trouve toujours sa place dans son quotidien. D’ailleurs, c’est pour faire de la musique qu’elle avait choisi de quitter Maurice pour la France en 1988. À cette époque, dit-elle, c’était difficile de prendre une telle décision. D’autant plus que dans sa tête, Marie-Josée Clency n’était pas prête à tout laisser à Maurice pour une carrière en Europe. “En me disant que je pourrais offrir un meilleur avenir à mes enfants, j’ai finalement eu le courage de franchir le pas.” Ce qui n’a toutefois pas été simple puisque Marie-Josée Clency avoue avoir fait le va-et-vient régulièrement pour ne pas “sombrer dans la déprime”.
Définitivement à Maurice, après avoir lui aussi fait un long séjour en France, Roger Clency enchaîne aujourd’hui des soirées privées et s’envole de temps à autre pour des tournées en Europe. Pour prouver qu’il est bel et bien toujours présent dans le circuit musical local, le chanteur annonce la sortie de son prochain album l’année prochaine. “Il y aura une dizaine de chansons. Cinq à six inédits et le reste sera composé d’anciens morceaux.” Pour le chanteur, il faut continuer de gagner sa vie. Marie-Josée Clency, qui s’occupe aujourd’hui de personnes âgées en France, est elle aussi de cet avis. Ce qui la ramène à des souvenirs d’autrefois, quand elle se partageait entre sa vie de mère et celle d’artiste.

Les années galère.
Si la musique compte autant pour la chanteuse, c’est parce qu’elle n’oubliera jamais qu’elle a pendant longtemps été son gagne-pain et que c’est grâce à elle qu’elle a élevé ses quatre enfants. Marie-Josée Clency avait 16 ans lorsqu’elle a accouché de son premier fils. Cela faisait seulement deux ans qu’elle pratiquait la chanson. Roger Clency, lui, se rappelle qu’ils voyaient à peine leurs petits à force d’enchaîner les cabarets dans les hôtels. “On travaillait six sur sept. On quittait la maison à 17 h pour rentrer à 3 h du matin. Le matin les enfants étaient à l’école. On ne passait qu’une ou deux heures avec eux quotidiennement”, raconte Roger Clency. Malgré cela, le couple ne désespérait pas car il savait que ce qu’il faisait était pour le bien de ses enfants. “Il n’y avait que de cette manière qu’on pouvait subvenir à leurs besoins et leur offrir une bonne éducation. Notre but était de faire vivre notre famille. Et pour cela, on devait travailler dur”, souligne pour sa part Marie-Josée Clency.
Il faut savoir qu’à cette époque, être chanteur et musicien était un métier difficile et surtout mal payé. Comme premier salaire en tant qu’artiste, Roger Clency avait reçu cinq roupies de son employeur. C’était en 1958. Ayant toutefois été payé pour une performance artistique, il était fier d’annoncer à sa mère qu’il était désormais un chanteur confirmé. Marie-Josée Clency, elle, raconte que pour la réalisation d’un 33-Tours, ils ne recevaient pas plus de cent roupies. Et quand ils chantaient à l’hôtel, ils étaient payés Rs 110 pour 10 personnes, incluant les frais de transport. “Quelque part, mes parents avaient raison de s’opposer à ma décision de suivre Roger et de me lancer moi aussi dans le séga”, dit Marie-Josée.

D’amour ou d’amitié.
C’était en 1960. Marie-Josée Clency n’avait alors que 14 ans. Pour elle, ça a été le coup de foudre. “Je suis non seulement tombée amoureuse de la musique mais aussi du chanteur qui m’avait approchée à cette époque.” Les parents de Marie-Josée ne voulaient pas que Roger Clency et elle se fréquentent et encore moins qu’ils pratiquent la musique ensemble. Ces derniers, selon le chanteur, faisaient partie de ces gens qui boudaient le séga et ne le dansaient pas, le trouvant trop vulgaire à leur goût. Ils étaient de ce fait contre l’idée que Marie-Josée l’accompagne sur scène. Pour Marie-Josée, c’était surtout le fait qu’elle soit l’unique fille de la famille et qu’elle fréquentait toujours le collège qui avait poussé ses parents à s’opposer à leur décision. “À cette époque, les filles travaillaient soit comme enseignante soit comme nurse. Et pour mes parents il était de leur devoir de me pousser vers l’une de ces deux voies.”
Ce qui est sûr, c’est qu’à cette époque, nombre de Mauriciens pensaient et disaient du mal du séga. Être ségatier n’était pas considéré comme un métier. Alors que les touristes, eux, sortaient de très loin et payaient de grosses sommes pour les voir jouer. “Alors que les Mauriciens se montraient sceptiques face au séga, nous jouions devant 500 à 600 touristes chaque soir pendant une heure. On proposait de la qualité avec des chorégraphies et des danseuses”, dit Roger Clency. Marie-Josée et Roger Clency se disent chanceux d’avoir réussi leur carrière en choisissant de l’accomplir de manière professionnelle. De Valse Kreol (leur premier titre ensemble) en 1960 à aujourd’hui, ils ont su partager et vendre leur musique et la culture mauricienne. Dans les années 70, ils ont accompagné les inaugurations de beaucoup d’hôtels. “La première fois que je suis monté sur scène, j’avais le trac. Le fait d’avoir à affronter le regard du public m’intimidait. J’avais peur. Au fil des années je suis parvenue à vaincre ma timidité et à m’amuser sur scène. Une fois que j’avais commencé, je me disais Marie-Jo tu peux continuer, éclate-toi !” Roger Clency, lui, se remémore des foules qui venaient les voir chanter. Les gens se mettaient debout et les applaudissaient à chaque fois qu’ils montaient sur scène.

Mémoire.
À cette époque, le séga se jouait principalement dans les salles de cinéma à travers l’île. C’est dans des bus que le couple de chanteurs et d’autres artistes de renom se rendaient à ces rendez-vous musicaux. Des artistes tels que Roger Augustin, Francis Salomon, Serge Lebrasse, Georgie Létourdie, Cyril Labonne et plein d’autres faisaient partie de la troupe. Avec leur séga, Marie-Josée et Roger Clency ont aussi fait le tour des îles (Réunion, Seychelles, Rodrigues) et auront également l’occasion de jouer en Australie, en France, en Allemagne et en Angleterre. “Nos spectacles démarraient avec un séga purement typique. Car nous croyions dans la culture mauricienne. Le séga se jouait alors sur la scène ou sur la plage”, raconte Marie-Josée Clency.
Ces grands moments du séga demeurent à jamais gravés dans la mémoire du couple d’artistes, qui au fil du temps s’est aisément fait une place et un nom dans le milieu musical. Bien que séparée de Roger, Marie-Josée Clency dira qu’ils forment toujours un couple quand ils sont sur scène. Roger Clency, lui, affirme que sur scène, Marie-Josée et lui sont très complémentaires. “Nous sommes un couple heureux sur scène. Marie-Josée sait être joyeuse, souriante et aimante quand elle est devant son public. Je l’apprécie pour ce qu’elle est.”
Le couple promet un très beau spectacle le 11 juillet prochain et souhaite que le séga résonne aussi fort qu’à l’époque où Josée content Jojo, Marlena, Ton Polo, Valse kreol, Repran mo mari, Kilot pe desann et tant d’autres de ses tubes faisaient un tabac.


Concert hommage
Le samedi 11 juillet au J & J Auditorium à Phœnix, le concert Nostalgie reviendra pour une cinquième édition. Cette fois, ce sont Marie-Josée et Roger Clency qui seront les invités principaux du rendez-vous. La date du concert coïncidera avec les 74 ans de Roger Clency et marquera parallèlement les 57 ans de carrière des deux artistes, qui font partie des pionniers du séga d’ambiance mauricien.
Nostalgie autour de Roger et Marie-Josée Clency se voudra un spectacle unique au cours duquel le public aura droit à des moments qui à coup sûr ramèneront en surface des souvenirs, le temps des 78 tours et des cassettes. Valse kreol, Bal rann zarico, Anglais rann mo mari, Vann sa maille la et autres garantiront un retour dans le passé. De Marlena, le premier séga de Roger Clency, sorti en 1958, au plus récent Olé Olé, il y a eu aussi d’autres titres à succès qui seront également au répertoire le 11 juillet.
Les deux légendes vivantes de notre patrimoine musical seront sous les feux des projecteurs à partir de 20 h. Ils seront rejoints par d’autres artistes locaux pour des interprétations essentiellement en duo : Daniella Résidu, Renel Trapu, Lin, Sandra Mayotte, Shirley, Shev, Cindia Amerally et Jean-Alain Clency. Roger et Marie-Josée Clency accueilleront également un invité spécial, en l’occurrence Georgie Joe.
Les billets pour Nostalgie autour de Roger et Marie-Josée Clency sont déjà en vente à Rs 500 (Première), Rs 400 (Seconde) et Rs 300 (Place latérale et debout) à travers le Rézo Otayo.