Sans Tik Tike, elle sera en concert le 31 août au Caudan Arts Centre. Uprising Woman Unplugged se veut intimiste pour que la chanteuse se dévoile un peu plus pour ce public qu’elle aime. Dotée d’une belle voix et d’une belle personnalité, Laura Beg, tout en étant aussi glamour que les grandes stars, fait aussi le ménage chez elle, tout en s’occupant de son couple et de son enfant. Avant d’être la grande Laura, elle est une femme comme les autres et fait de son mieux pour garder les pieds sur terre.

Comment une jeune femme venant de quartiers populaires finit-elle par devenir une star et un role model pour d’autres jeunes ?

J’ai grandi un peu partout. J’ai perdu mon père à l’âge de 3 ans, et ma mère a dû s’occuper de moi et de mes deux sœurs. Ce n’était pas évident : elle devait travailler et nous emmener partout. Nous étions à l’école ou chez grand-mère ou avec elle. Jusqu’à ce qu’elle soit stabilisée, qu’elle refasse sa vie. Nous avons vécu à Curepipe, Vacoas et à Pointe aux Canonniers. C’est là-bas que j’ai passé mon adolescence. Je pense que tout ce qui nous arrive dans la vie nous rend plus forts. C’est cela qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

Qu’est-ce que cela fait d’être dans les chaussures de Laura Beg en ce moment ?

En ce moment, je suis pleine d’excitation et remplie d’appréhensions. Je suis comme une eau en ébullition, enn tempo ki pre pou eklate. Je suis impatiente d’être le jour du concert.

En dehors de votre statut d’artiste, quel genre de femme êtes-vous ?

Mo enn fam kouma tou fam (rires). Je suis une mère au foyer, je fais le ménage, je cuisine, je m’occupe de mon enfant. Je vis normalement. Parfois, des gens viennent à notre studio et me disent : Ki, to pas balie ? To netwaye ? Mo pa ti kone ! Mo dir : be ki mo pou fer ? J’ai toujours été comme ça. C’est très important pour moi de demeurer comme je suis. La musique et la popularité sont éphémères. Dans ce métier, tu montes et tu descends, et tu dois accepter quand tu es à terre. C’est cela qui m’a permis de toujours garder les pieds sur terre.

Vous êtes l’une des chanteuses les plus populaires de Maurice. Comment vivez-vous cette notoriété ?

Mo pran li sinp. Parey kouma bann-la kontan mwa, mo bizin kontan zot parey. D’autant que ça me fait super plaisir. Je fais ce métier pour passer des messages et pour que les gens se reconnaissent à travers ma voix. Cela montre que les gens te suivent et ça fait plaisir. Ça ne me dérange pas d’être sollicitée tout le temps en public. Il y a parfois des gens qui se cachent pour me prendre en photo, comme des paparazzis (rires). Je vais vers eux et je leur dis de prendre la photo s’ils en ont envie.

À quel point cela peut-il être compliqué d’être constamment au centre des attentions ?

Je suis humaine, il m’arrive de ne pas être dans le mood. Je préfère alors ne pas sortir, rester chez moi. De toutes les façons, je ne suis pas très night life. J’essaye de rester dans ma bulle, cela me protège. Mais quand je sors, je sais que ce sera comme ça. Je suis préparée.

Comment concilier les rôles de mère et de chanteuse professionnelle ?

Ce n’est pas évident. Je pense que c’est deux fois plus dur qu’une maman qui fait un travail “normal”. Souvent, je dois me déplacer les week-ends. Je n’ai pas d’autre choix que de laisser mon enfant pendant le week-end. Je me rattrape par la suite. J’essaye d’être un peu plus attentionnée envers mon enfant, mais ce n’est pas évident.

Sur la scène, dans vos clips et ailleurs, nous vous voyons surtout souriante et de bonne humeur. À quel moment est-ce que le blues vous prend ?

Ça arrive. Je suis humaine, je suis une femme avant tout. Je pense que tout le monde est comme ça; nous ne sommes pas des robots. Il m’arrive d’avoir des coups de blues, de me disputer dans mon couple. Les choses ne tournent parfois pas rond dans la vie de tous les jours. Comme quand mon ordinateur avait crash et que la seule copie de mon album qui devait sortir se trouvait dessus. Je crois que dieu m’aide à mieux me relever quand je tombe.

Vous formez avec Alain Ramanisum un couple uni dans la musique. Comment cela a-t-il aidé à construire votre carrière ?

Avant de devenir une artiste confirmée, j’étais une choriste et je chantais dans des bars et des pubs. Je n’aurais jamais imaginé devenir l’artiste que je suis aujourd’hui. Alain m’a beaucoup aidée au niveau musical. Il m’a aussi beaucoup aidée comme compagnon, car il comprend ce que je fais, et vice-versa. Nous nous complétons mutuellement et cela produit enn mari lafors.

Peut-on savoir comment vous faites pour vous maintenir dans l’actualité ?

J’essaye tout le temps de trouver le moyen de me surpasser. Si ce n’est pas dans la musique, c’est dans la mode ou autre chose. Je me suis toujours lancé des défis dans la vie et je ne prends jamais rien pour acquis. C’est important de rester dans l’actualité quand on est artiste, mais il faut aussi accepter qu’il y en a d’autres. C’est chacun son tour. C’est cela qui fait que je ne me suis jamais sentie comme au fond d’un trou. Je reviens à chaque fois.

Comment avez-vous décidé du concert unplugged que vous proposez le 30 août ?

Je n’ai jamais eu l’occasion de jouer en unplugged en public. Je l’ai fait dans des soirées privées, mais jamais en public. J’avais envie d’innover, ne pas refaire le même concert qu’en 2015 au J&J. Beaucoup d’années se sont écoulées, des albums sont sortis et bien d’autres choses sont arrivées. Je reviens avec un nouveau concept.

Ce sera votre deuxième concert solo en public, après celui de 2015, qui avait été un franc succès. Comment vous sentez-vous à quelques semaines du concert ?

Ayo, bien strese (rires). Je ne suis pas restée dans ma zone de confort. J’ai eu envie, comme à chaque fois, de relever un challenge. C’est normal d’avoir des appréhensions. Est-ce que ça va bien se passer comme en 2015 ? C’est ma grande peur. Certes, j’ai confiance, je sais que je peux le faire. Mais, avec les aléas, on ne sait jamais. Si je ne ressentais pas cette peur, je ne sais pas si je pourrais donner le meilleur de moi-même.

Je vais raconter ma propre histoire, tout ce que je suis en tant qu’artiste. Je vais raconter au public tout ce qui me tient à cœur. Ce sera un plus pour moi. Quand tu chantes en compagnie d’autres artistes, t’as l’impression de devoir faire vite, tu sens que tu n’as pas suffisamment de temps pour t’exprimer, parler, raconter ton histoire. En chantant seule, ça me permet de le faire.

Comment vous préparez-vous avant de monter sur scène ?

J’ai pris deux jours de repos. Ce n’est pas évident, vu que j’organise le concert moi-même avec Alain et avec l’aide des sponsors, qui sont vraiment importants. Ils ont tous répondu à l’appel. J’essaye, autant que possible, de rester zen. T’as besoin de faire des factures, téléphoner à plein de gens. C’est un peu difficile, mais j’arrive à m’en sortir. En ce qu’il s’agit des morceaux, je passe beaucoup de temps à les réécouter. Je vais proposer environ 25 titres. Je vais devoir arriver à tous les rappeler, tout en exprimant ma sensibilité et ce que je veux faire ressentir au public.

Qu’est-ce que le public peut attendre de ce grand rendez-vous ?

Ils me découvriront dans mon registre, dans des morceaux inédits et il y aura aussi des chansons qui ne sont pas de moi mais que j’aime. Il y aura des titres qui ne sont pas diffusés à la radio, des chansons à textes qui sont très importantes pour moi en tant que chanteuse. Il y aura également une surprise, que vous découvrirez sur place.

Qu’attendez-vous du public ?

J’attends du public qu’il réponde présent et qu’il participe. À chaque concert, ça me rend heureuse quand le public participe. C’est cela qui donne le courage et la force pour poursuivre dans ce métier. Si je viens chanter et que les gens ne font qu’applaudir, il n’y a pas de connexion directe. J’ai besoin de cette connexion avec le public, qu’il se lève et qu’il danse.

Le statut des artistes suscite encore et toujours des débats dans le pays. Que faut-il pour que l’artiste mauricien ait enfin le respect et la considération qui lui sont dus ?

Zot bizin ekout nou. Nous ne demandons rien d’autre que d’être écoutés et que l’on soit reconnus. On dit que je suis une artiste connue mais je n’ai aucun statut d’artiste à Maurice. Légalement parlant, je suis une personne sans aucun statut. Peut-être que je suis une star aux yeux des autres, mais dans la réalité, ce n’est pas le cas. Personn pa rekonet nou pou seki nou ete. C’est pour cela que nous sommes en constante lutte pour qu’on nous reconnaisse et qu’on nous respecte. C’est très frustrant. Mais à un moment donné, tu dois continuer ta vie. Si j’attendais qu’ils t’acceptent en tant qu’artiste, je n’avancerais pas dans ma vie. Heureusement qu’il y a des personnes dans d’autres pays qui nous reconnaissent pour ce que nous sommes et qui nous respectent. C’est pour cela aussi que je suis en tournée un peu partout. La Réunion est comme une deuxième maison pour nous, nous y sommes beaucoup plus respectés et reconnus qu’à Maurice. Sur toutes les radios, vous allez entendre nos chansons. Ils sont présents pour nous. C’est une grande fierté pour nous. Nous y allons en tant que Mauriciens, nous allons représenter Maurice et la culture de l’île Maurice, le séga, et c’est dommage que les autorités mauriciennes ne le reconnaissent pas. Là-bas, nous sommes bien encadrés. Si un chanteur ne travaille pas pendant un an, il a quand même un revenu chaque mois. Ils peuvent se permettre une année sabbatique, qui est une chose importante pour un artiste, pour sa créativité. Pour qu’il puisse se retrouver et se ressourcer. Ici, tu dois créer en permanence, tu deviens comme une machine. C’est pour ça que je fais des pauses de deux ans minimum pour me ressourcer.

Quelles seront les prochaines étapes de votre carrière ?

Après le concert, je vais terminer l’année en tournée en Europe. J’ai un album qui est en passe d’être achevé. Il devrait être prêt fin septembre. Ce sera un album 100% séga. Mes précédents albums laissaient entendre beaucoup de styles de musique. Je trouve que le séga perd un peu de son ampleur. Pour notre part, nous faisons tout pour que le séga demeure au top. Nous voulons que, quand le touriste vient à Maurice, il sache que c’est le séga qui est la musique mauricienne. C’est très important pour nous de faire passer ce message-là.

Billetterie

Le deuxième concert en solo de Laura Beg, Uprising Woman Unplugged, débute à 20h au Caudan Arts Centre et devrait durer environ deux heures. Le prix des billets est le suivant : Rs 600 (troisième) Rs 800 (seconde), Rs 1,000 (première). Ils sont disponibles au Caudan Arts Centre, sur son site internet, ainsi qu’à la boutique de l’Aventure du Sucre. Réservation : 260-0594.