1er  février 2015, une date qui nous rappelle que 180 ans de cela les ancêtres de nos compatriotes d’origine africaine et malgache au nombre de 76, 744 étaient libérés de la servitude suivant une décision à cet effet prise par la Chambre des Communes en date du 8 août 1833 quand an Act for the libération of slavery dans tout l’empire britannique fut adopté.
C’est au nom de William 1V roi de Grande-Bretagne et d’Irlande que Charles Nicolay, gouverneur, émit un ordre à cet effet. Les esclaves libérés devenus des apprenties (apprentices) représentaient alors plus de 80 % de la population de la colonie et pourtant ce jour fatidique marqué d’une pierre blanche dans notre histoire ne fut pas proclamé férié alors qu’en cette même année, l’anniversaire de la reine Adelaïde, épouse du roi et celui du Prince des Galles furent marqués par tout le cérémonial comme le veut le protocole dans la colonie de Maurice. La banalisation de cet évènement éminemment historique devait durer pour un siècle et demi.
Point étonnant que le centenaire de l’abolition de l’esclavage en 1935 ne fut pas célébré alors que le centenaire de l’arrivée des immigrants indiens sous l’engagisme le fut avec tout le cérémonial qui lui était dû. Rappelons que dans cette même année on fêta également avec pompe le bicentenaire de la ville de Port-Louis fondée sous Mahé de la Bourdonnais en 1735. Il y eut un premier effort louable de la part des Organisations Fraternelles des frères Sylvio et Elie Michel quand avec le soutien du Conseil municipal de Port-Louis une stèle à la mémoire des esclaves a été érigée au Jardin de la Compagnie dans la capitale.
En effet, il faudra attendre 164 ans plus tard pour que le 1er février soit enfin proclamé jour de congé. Dans l’île Maurice des préjugés et du mépris au temps béni des colonies, être d’origine africaine était plus qu’un péché mortel.  C’est ainsi que la date de l’abolition de l’esclavage disparaîtra dans la mémoire et dans l’historiographie pour plus d’un siècle et demi. C’est en 1985 qu’un autre monument fut érigé par le gouvernement à Pointe-Canon, Mahébourg, à la mémoire des tout premiers esclaves qui ont débarqué à Vieux-Grand-Port durant l’occupation française, alors qu’un séminaire international fut organisé sous l’égide du Mahatma Gandhi Institute à l’initiative notamment de Harish Boodoo, vice-Premier ministre, de Rivaltz Quenette et de feu Utama Bissondoyal, avec tous le support de Sir Anerood Jugnauth en sa qualité de Premier ministre. Ce séminaire fut un vrai déclic pour une prise de conscience sur l’histoire des Mauriciens d’origine africaine et malgache mais également a aidé à faire mieux connaître les méfaits du régime servile qui hélas a si longtemps marqué leurs descendants.
Le droit à la propriété
Dans un autre ordre d’idées, suivant l’ordre de Sa Majesté britannique en ce 1er février 1835, les 76,744 esclaves ainsi libérés étaient devenus de facto citoyens libres et égaux de la colonie de Maurice. Mais ces derniers ne furent pas pour autant devenus des personnes légales dans toute l’acception du terme ce jour-là.   Ce n’est qu’en 1854 que des consequential legislations par le biais de l’ordonnance 21 de 1853 furent promulguées à cet effet.  
Durant toute la période française (1721-1810) et avant l’abolition (1835), les esclaves n’étant pas des personnes légales ne figuraient pas dans le registre de l’Etat Civil de la colonie. Cependant, un registre séparé fut rendu officiel suivant un ordre Royal le 24 septembre 1814 créant ainsi un General Slave Register. Antérieurement grâce à la promulgation de l’ordonnance 57 de 1829 que la distinction entre blanc et gens de couleur fut rendue caduque.
Ce projet de loi eut d’importantes répercussions, car elle permit d’abord la légitimation des enfants naturels des gens de couleur les permettant surtout  d’accéder à la propriété des biens fonciers en leur  faveur par leurs pères naturels.
Au demeurant, les registres paroissiaux concernant naissance, décès et mariage furent ouverts aux gens de couleur grâce à l’ordonnance 57 de 1829. Ces registres qui entrèrent en service à partir du 9 avril 1736 deviendront caducs en 1871 suite à l’entrée de la Civil Status Ordinance N0 17 de 1871.  
Le vide juridique de 19 ans (1835 -1854) est-il responsable pour l’incapacité  des ex-apprentices d’acquérir des biens fonciers en bonne et due forme ?
Notons que durant toute la période servile, en vertu des stipulations de l’article XX1 du Code Noir les esclaves ne pouvaient posséder ou acquérir aucune forme de propriété: – « Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit de leur maître, et tout ce qui leur vient par leur industrie ou par la libéralité d’autres personnes ou autrement, à quelque titre que ce soit être acquis en pleine  propriété à leurs maîtres… » 
Les recherches menées dans le registre du Conservateur des Hypothèques par le professeur Richard Allen de l’université IIinois pour le compte de la Commission Truth and Justice (2009) concernant des biens fonciers acquis par les ex- apprentices après l’abolition de l’esclavage laissent voir des zones d’ombres, car les titres par sous seing-privés ne pouvaient être transcrits.