Maurice et la Côte d’Ivoire signeront peut-être un accord de libre-échange. Ce qui me rappelle l’accord de libre-échange (avec l’Ouganda) qui a permis à Heritage Oil and Gas Limited de ne pas payer son dû, au plan fiscal, comme le souligne la vidéo d’introduction sur les Panama Papers(https://youtu.be/F6XnH_OnpO0).
Les victimes d’évasion fiscale font partie des gens qui doivent travailler pour survivre. Ces ‘travailleurs’ constituent la majorité dans ce pays où la minorité (facilement identifiable à son niveau de vie) dicte ses lois. C’est ainsi qu’une entrepreneuse faisant part de son ressenti en qualité de membre de Business Mauritius (groupe de la minorité) s’est plainte du fait que dans l’industrie sucrière, contrairement aux hôtels, la machine ne tourne pas 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il est étonnant que certains n’aient pas eu la présence d’esprit de lui rappeler que la canne à sucre, contrairement au client lambda d’un hôtel, ne demande pas à être entretenue et nourrie de jour comme de nuit. Il est patent qu’un secteur de service et la production d’une denrée sont deux choses distinctes… mais la minorité est pauvre en “logique de la majorité”, voyez-vous! C’est ainsi que la minorité se plaît à se poser en donneur de leçons et comme elle détient le pouvoir, nous la majorité, on est souvent obligés de faire semblant d’y croire. C’est comme la promesse d’un rendez-vous galant (un super job) qui tourne mal mais manque de bol, en plus de vous faire payer l’addition (votre savoir-faire), la personne en face de vous est la seule à connaître le chemin (conditions de travail) du retour et en sus de cela il vous ramène (salaire). Vous êtes donc à sa merci !
Il en est de même pour le National Wage Consultative Council Bill, qui a l’air dicté par une instance au service de la minorité du monde entier, le Fonds monétaire international (FMI). Calculé à l’heure, cela présage beaucoup d’heures supplémentaires et une précarité accrue mais si c’est à la convenance de la “minorité”, la loi passera…  
Un ami m’a rappelé récemment qu’être pauvre équivaut, entre autres, à devoir baisser les yeux et fermer sa gueule. Que lui devait mentir s’il prenait un jour de congé pour aller à la mer ou chez le médecin alors que son directeur a une secrétaire pour prendre rendez-vous chez le médecin et un chauffeur pour l’emmener à sa partie de pêche en pleine semaine. À nous, les questions embarrassantes sur nos dépenses, l’obligation de rembourser nos dettes et celui de l’état. Nous, employés, obligés de faire fi de notre dignité, de notre liberté de pensée au risque de froisser la minorité, de rater une promotion ou pire, d’écoper d’un avertissement pour insubordination. Nous au banc des accusés sur les boards disciplinaires alors que les gens de la minorité s’en tirent au pire avec une amende même quand ils ont piétiné leurs employés à coups d’insultes et d’humiliation. Nous, employés d’usines, dont les corps s’emplissent de toxicité 12 heures par jour pour accroître les profits. Nous, qui ferons de la prison à cause d’une amende, alors que le caleçon retourné, lui, écoperait de quelques mois de travaux communautaires pour avoir menti aux autorités.
 Pourquoi la minorité dotée du pouvoir économique nous prend-elle pour des « mounndon »? Elle semble même, comble de l’exaspération (du Dodo), contraindre les moutons de Panurge d’emprunter la route qu’elle a bitumée, et non celle des badamiers. Au fait, quand a-t-on troqué notre sueur en même temps que notre liberté? Est-ce en même temps que nous avons commencé à perdre nos acquis sociaux pour lesquels nos ancêtres ont payé le prix fort?
Nous sommes une majorité divisée; on se bat entre nous sur la quantité de choses que l’on voudrait accumuler, sur la coloration de notre épiderme, notre sexe, ce que nous désignons comme divinité, nos pseudo-privilèges… Nous avons beau être divisés, nous sommes la majorité, celle qui travaille. Alors pourquoi certains de ceux et celles ayant pris l’engagement de faire avancer notre bien-être ne le comprennent pas?
Dimanche je fêterai le travail avec ‘mo bann’, ceux qui travaillent et qui réclament leur part. C’est une drôle d’ethnie qu’est la nôtre. Nos différences de philosophie génèrent des heures de débat. Nous réclamons nos droits, dont celui d’exister en tant que personne, celui d’affirmer notre dignité mais surtout celui de nous rassembler. Nous, les petites mains qui font tourner l’économie et qui votent aux élections, avons beau être divisés, il n’empêche qu’on demeure la majorité !