EN MARGE DU PROCHAIN BUDGET - RAJ APPADU (PRÉSIDENT DU FRONT COMMUN DES COMMERÇANTS DE L’ÎLE MAURICE) : « Le commerce est en péril »

Le président du Front Commun des Commerçants de l’île Maurice, Raj Appadu, est catégorique. Selon lui, « le commerce est en péril et de nombreux commerces ferment déjà leurs portes ». Il estime qu’il faut des mesures fortes pour relancer l’économie du pays face à un gouvernement qui « vend du rêve ».

Quelle évaluation faites-vous de la situation économique du pays ?
La situation économique du pays est dans le rouge. Nous nous attendions à ce que ce gouvernement vienne nous proposer des plans de travail qui allaient aider la population à retrouver le sourire. Malheureusement, deux années se sont écoulées et nous ne voyons aucune relance de l’économie. Au contraire, tou pe sonbre. Ce gouvernement vit dans la réclame, mais ne fait rien de concret ; il vend beaucoup de rêves, mais rien n’aboutit et il continue à vendre des rêves. Le pays se trouve aujourd’hui dans une situation catastrophique. Nous ne savons pas qui va redresser cette économie en désastre. En tout cas, pas les ministres actuels.

Quelle est la situation des commerçants ?
Le front couvre les cinq villes, tous les commerçants. Leur situation fait peur, avec des clients qui ne font que visiter leurs commerces et sortent en n’achetant rien. Les gens n’ont pas assez d’argent en poche pour dépenser. Ils deviennent de plus en plus pauvres. Plus grave encore, les consommateurs sortent des marchés avec leurs sacs à moitié remplis. Ils ne peuvent pas tout s'acheter. Les ventes dans les magasins ont chuté de plus de 70%. Elles continuent à dégringoler. Nous avons adressé plusieurs lettres au gouvernement, mais rien n’est fait.

Comment les commerçants font-ils pour vivre face à une telle situation ?
Ils sont nombreux à fermer leurs portes car ils se sont endettés auprès des banques et n’arrivent pas à rembourser. Cette situation s’aggrave et nous ne voyons rien de concret. Les petits commerces s’écroulent. Il n’y a aucune vision pour relancer le petit commerce. Si on ne le fait pas, ce sera une catastrophe pour le pays.

Pourtant, les importations ne baissent pas…
C’est l’importation des denrées alimentaires qui augmente, pas des autres produits. Et ça va continuer. Mais tel n’est pas le cas pour le prêt-à-porter et les articles des quincailleries, par exemple. On voit bien que les importations chutent.

Ne pensez-vous pas que la compétition est féroce dans le commerce avec tous ces magasins et autres boutiques ?
Non, je ne vois pas les choses de cette manière. Il y a beaucoup de fraude et de corruption, et naturellement ça affecte le commerce. Il y a des commerces qui s’ouvrent pendant quelques mois seulement. Pourquoi ? Je ne vois pas des commerçants qui travaillent vraiment. Autrefois, la situation économique était meilleure, surtout dans des années après 1983, avec l’industrie manufacturière. Aujourd’hui, il n’y a plus d’investisseurs qui viennent, surtout avec tout ce qui se passe dans le pays. Malheureusement, nos politiciens ne le voient pas de cet œil. Je demande qu’ils déclarent leurs avoirs puisqu'il faut qu’on montre à la population comment est utilisé son argent.

Comment vivent les commerçants ?
Ils vivent difficilement tandis que quelques personnes voyagent et importent des produits qu’ils vendent aux consommateurs. Et l’on découvre ainsi ce qu’ils importent dans leurs conteneurs… Le commerce est en péril à cause des politiciens qui tolèrent certaines choses et certaines pratiques. Un millier de magasins ferme leurs portes dans tout le pays chaque année et entre 300 et 500 dans les villes. Les nouveaux qui s’ouvrent ne tiennent pas plus d’une année, faute d’encouragement.

Que propose le front au ministre des Finances dans le cadre de la préparation du prochain budget ?
D’abord, nous proposons que les dispositions de la Landlord and Tenant Act, qui expire en décembre de cette année, restent les mêmes. Car si elles changent, les propriétaires des bâtiments auront le droit d’augmenter le coût du loyer. Quand nous pensons à la catastrophe qui règne dans le domaine, les commerçants vont-ils continuer à louer des emplacements. Non, ils ne le pourront pas. Les propriétaires aussi bien que les locataires seront les perdants. Bann komersan pa pou res nanye pou zot manze, après avoir payé son loyer, ses différents permis et remboursé ses dettes auprès de la banque. Il ne faut pas revoir cette loi pour encourager les commerçants à opérer. Je dirai aussi que grâce à notre lutte, environ 84 types de commerce ne paient pas de trade fees. Mais le gouvernement doit trouver les moyens nécessaires pour relancer le commerce.

Le problème des marchands ambulants, c’est du passé maintenant ?
Nous n’avons jamais attaqué les petites gens qui travaillent au jour le jour pour se nourrir. Nous disons que derrière ces gens, il y a de gros importateurs qui font du mauvais business. Ce n’est que maintenant qu’on découvre de la drogue dans des conteneurs. Nous avons le cas d’un vendeur de porte-monnaie, je ne vous dirai pas plus. Je dirai qu’il faut relancer l’économie du pays.

Comment y arriver, selon vous ?
Ce gouvernement veut parvenir à un duty-free island. Il est grand temps de le faire car les coûts de nos importations vont baisser. Il doit aussi voir du côté des salaires des gens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Il faut des salaires décents pour leur permettre de vivre. L’éducation coûte cher, surtout tertiaire. Des médecins, des avocats, des ingénieurs sont au chômage. Je ne comprends pas ce qui se passe dans notre pays. D’un côté, nous encourageons nos enfants à étudier et les parents à investir dans l’éducation de leurs enfants, et de l’autre côté il n’y a pas d’emplois pour eux. Les villes doivent également être développées. Jamais n’ai-je vu une capitale morte à partir de 16h30. Il faut aussi mettre en place une police municipale.