La Circular Letter No 11 de 2012 du ministère des Finances et portant la signature du secrétaire financier, Ali Mansoor, et la référence CF/90/01/YR13, définit en des termes très clairs les paramètres pour les dépenses autorisées pour le budget 2013. Face aux répercussions de la crise dans la zone Euro et à une éventuelle détérioration de la situation, le ministère des Finances abat ses premières cartes en prévision de la présentation du budget du vendredi 9 novembre prochain. S'adressant aux chefs de Cabinet des différents ministères, le secrétaire financier est catégorique : "Clearly, for the public service, a business-as-usual approach is not option. " Les directives budgétaires aux différents ministères sont que les plafonds de dépenses alloués dans le cadre de l'exercice en cours doivent être impérativement respectés même si des changements devront intervenir avec la publication du rapport du Pay Research Bureau (PRB) le mois prochain avec une révision salariale brute dans la fourchette de 20% à 25% pour les fonctionnaires et les employés des corps parapublics.
Même si le secrétaire financier fait l'économie de chiffres pour dresser un bilan préliminaire de la situation économique, il souligne d'emblée dans cette correspondance que "this year's Programme-Based Budget exercise is taking place in a very tight and extremely difficult contexte" (le gras est utilisé dans le document officiel comme pour bien situer l'urgence et la gravité de la situation).
Dans cette même perspective, Ali Mansoor fait ressortir que la tendance dans le monde par rapport à la croissance économique est à la baisse sans faire allusion directe à toute éventuelle révision à la baisse de ce paramètre économique pour Maurice en 2012 ou encore en, 2013. "Growth projections for 2013 in all regions across the globe are being revised downwards, affecting developed, emerging and developing countries", soutient le secrétaire financier, dont l'analyse rejoint celles de la Mauritius Commercial Bank et du Joint Economic Council à l'effet que les perspectives pour l'année prochaine paraissent encore plus sombres et pessimistes que cette année.
Le secrétaire financier s'appesantit sur le fait que "the economoic downturn is worse in the Eurozone, with export markers critical to Mauritius, in recession, impacting on our tourism and other economic sectors and consequently on our own economy". Les dernières statistiques publiées par la Banque de Maurice en fin de semaine confirment la nette contre-performance dans l'industrie du tourisme.
Pour les sept premiers mois de l'année, la Banque Centrale recense 543 319 touristes avec des recettes brutes de Rs 26,6 milliards. De son côté, la Mauritius Commercial Bank, dans sa dernière édition du MCB Focus, rendue publique, mardi dernier, met l'accent sur la baisse dans le nombre d'arrivées touristiques d'Europe pour la période de janvier à août de cette année. Le marché touristique français a connu une régression de 11,1%, celui d'Italie de 26,2%, de Grande-Bretagne de 4,1% et d'Allemagne de 2,9%.
Le secrétaire financier met également en garde contre l'absence d'un revirement de tendance sur le plan économique dans le monde. "The situation will become even more challenging for us if such uncertainties persists, since our economy is one of the most directly exposed to developments in the European market and the Euro", concède-t-il.
Le budget 2013 devra également absorber les coûts supplémentaires avec la mise à exécution des recommandations du PRB. A ce chapitre, le secrétaire financier indique l'importance d'un exercice d'équilibriste car "at the same time, the next budget has to reckon with the 2013 PRB report and find means to absorb its cost, not only over the next year but also in subsequent years, without reversing the considerable gains so far achieved on the public debt front".
Les dernières données disponibles sur le website du ministère des Finances indiquent qu'à la fin de juin dernier la dette publique avait grimpé à Rs 190,7 milliards, soit Rs 17 milliards de plus qu'il y a un an, dont Rs 40,4 milliards contractées de sources étrangères. Cette dette représente 57,2% du PIB contre 55,5% en juin 2011. Les principales composantes de la dette publique sont les suivantes avec entre parenthèses l'état de la situation en juin de l'année dernière :
Dette locale : Rs 139,7 milliards (Rs 129,1 milliards).
Dette étrangère : Rs 29,4 milliards (Rs 25,3 milliards).
Dette des agences garanties par l'Etat : Rs 290 millions (Rs 316 millions).
Dette des entreprises publiques (locales et étrangères) garanties par l'Etat : Rs 21,3 milliards (Rs 18,2 milliards).
Dans la conjoncture, le ministère des Finances écarte tout maintien du statu quo et trouve que "the situation warrants urgent and determined policy initiatives geared towards raising public and private sector productivity, creating a fitter, more dynamic and competitive economy and improving its capacity to protect employment". En vue de stimuler l'économie dans ce contexte international de crise, le prochain budget pourrait mettre l'accent sur la nécessité d'éliminer les goulots d'étranglement pour les investissements et les affaires.
Entre-temps, une des premières directives est axée sur le report à 2014 et 2015 de toute nouvelle dépense supplémentaire. "Given the tight budget next year, any initiatives requiring new spending should preferably be postponed to 2014 and 2015, unless met by user charges or by reprioritisation of current spending priorities. It will also be essential to take strong measures to enhance cost-effectuveness of programmes, especially in respect of recurrent expenditure", recommande le secrétaire financier.
L'une des premières mesures entérinées par le ministère des Finances dans le cadre des préparatifs du budget 2013 est qu'aucune demande de création de nouveaux postes ne sera entretenue. Il insiste que les plafonds des dépenses budgétaires allouées aux différents ministères devront être respectés à la lettre. "It is stressed that in a year when provision will have to be made for PRB salary increases, there is vert litle scope in terms of intakes next year in the Public Sector, including budget-dependent parastatal bodies, local authorities, Rodrigues Regional Assembly and othe public agencies", avertit le secrétaire financier.
Cette position du ministère des Finances pour un gel des postes dans le service Civil est avalisée par le ministère de la Fonction publique et des Réformes administratives. Dans la Circular Letter No 48 de 2012, ce dernier ministère est encore plus catégorique par rapport aux provisions budgétaires pour l'inclusion de nouveaux postes sur l'Establishment de différents ministères. "In view of the forthcoming publication of the Pay Research Bureau Report 2013 and its financial implications, the Human Resource Proposals (PBB 2013) should, as a general rule, not include requests for new posts unless already approved by government. Requests for additional posts will not be entertained unless in specific cases and supported by strong modifications", recommande le chef de Cabinet du ministère de la Fonction publique, Satiaved Seebaluck.
D'autre part, le secrétaire financier s'attend à voir les chefs de Cabinet respecter la limite des dépenses imposées pour l'année prochaine. Il ajoute que "you are resquested to strictly observe the adjusted expenditure ceilings. The ceiling amount does not include the cost of the PRB for your ministry/department. Appropriate adjustments will be made at a later stage. The ceiling amount alows for present pace if implementation of investment projects. Should the need arise, appropriate adjustments will be made subsequently at the Estimates Committee".
Dès cette semaine, les réunions de l'Estimates Committee des ministères et départements démarreront en vue de vérifier si dans les prévisions budgétaires, les chefs de département ont tenu en ligne de compte les plafonds budgétaires alloués comme suit :
Consultations prébudgétaires: La feuille de route du JEC
En marge de la séance de travail avec le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, mardi, dans le cadre des consultations prébudgétaires, le Joint Economic Council (JEC) présente la feuille de route (Roadmap) du secteur privé. Les principales appréhensions portent sur les retombées de la crise économique internationale, le misalignment de la roupie sur le marché de change international, la panne sèche au niveau de la création d'emplois dans les principaux secteurs avec au moins un jeune sur quatre affectés par le fléau du chômage. Le JEC préconise un approfondissement de la réforme dans les secteurs de la construction du tourisme, du commerce et de la relance des investissements.
"Mauritius is to-day, confronted clearly by the paradox of crisis and opportunities. The 2013 Budget should set the contours of a new economic model which could eventually put the country on a high growth trajectory, to enable us to join the league of high income countries", souhaite le JEC en dressant un état des lieux de l'économie. Le secteur privé tire le signal d'alarme sur le fait que "the economy is taking a downward trend and most anlysts are concerned by the griwing risk of further economic deterioration in 2013".
Passant en revue les principaux paramètres, le JEC souligne que "the below 3,5% GDP growth rate confirms a three year trend of decreasing growth from 4.2% in 2010 and 3,9% in 2011. However, should the economy not perform to expectations, the GDP growth rate could dip further. Such a decling trend could well show a gradual loss of resilience and structural weakness in our economy".
Les deux principales zones d'ombre identifiées par le secteur privé sont le Misalignment de la roupie et les risques d'une détérioration du taux du chômage. Le JEC avance que malgré l'Operation Reserves Reconstitution (ORR), lancée par la Banque de Maurice, en juillet dernier, le taux de change de la roupie n'a guère évolué alors que le niveau de réserves en devises équivaut toujours à cinq mois d'importations.
"According to latest figures, the rupee has since depreciated by some 3% to 4% in effective terms. This figure remains below the 12% misalignment in 2011 as estimated by the IMF in the latest Article IV Consultations", note le document du JEC, qui met égalemet l'accent sur la baisse dans le taux d'investissements passant de 24,9% en 2009 à 22,8% en 2012, avec la part du secteur privé située à hauteur de 17% du PIB. A ce chapitre, le JEC prévient que "the pipeline of new private sector investment is not very bright and given the international context, FDI will be more modest".
Mais l'indicateur économique qui suscite davantage d'inquiétudes concerne le chômage avec le taux passant au-dessus de la barre de 8% cette année. Le JEC répartit les secteurs économiques en trois catégories, soit celle avec un réel risque potentiel de compression de personnel, et les deux autres avec de faibles possibilités de création d'emplois.
Le premier groupe comprend des secteurs comme le tourisme, l'industrie sucrière, le textile, la construction, le commerce en gros et au détail, l'agriculture et le transport. "The activities of this category represent around 70% of total jobs. If we add the 7% of of jobs in public administration, around 77% of our economic activities would not be adding new jobs", prévoit le JEC, qui rejoint l'analyse de la MCB, qui est arrivée à la conclusion au chapitre de l'emploi que "net employment creation has been practically inexistent when compared to last year's corresponding period".
Le fort taux de chômage parmi les jeunes retient l'attention du JEC. "Over the last three years, the unemployment rate in the youth segment has remained within the 22% to 23%. The persistent hugh level of youth unemployment over the last few years shows the underlying weakness to absirb new entrant on the labour market", avance le secteur privé.
Le JEC propose une serie de mesures pour développer Maurice en tant qu' "attractive rule-based investment platform by moving in the top 15 countries in the Ease of Doing Business". Les propositions soumises au ministère des Finances sont :
- un régime fiscal avec des incitations pour encourager des alliances stratégiques sur le plan de la technologie et de l'innovation.
- une accélération de l'agenda de la réforme dans les secteurs de la construction et du bâtiment, du tourisme, du commerce local et international et des facilités d'investissements.
- renforcer les mesures sur le plan du Law and Order dans la perspective d'accueillir 10 000 étudiants étrangers pour le projet de Knowledge Hub.
- l'amélioration de l'accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises (PME).
- un taux de change de la roupie "aligned to its fundamentals wthin a variatioon of 2% in the medium term".
- élimination de l'effet déstabilisateur du rapport du Pay Research Bureau (PRB) sur l'équation salariale au sein de l'économie.
- l'élaboration d'une politique d'accès aérien plus compétitive.
- accroissement de l'efficience des opérations dans le port.
- transformation de Maurice en un Duty Free Paradise et un Hub for high-skilled professionals et encouragement au développement de nouveaux pôles de développement comme dans les secteurs de l'environnement, de l'énergie et des services médicaux.
Face à la crise: La MCB prône l'antidote d'un agenda de réforme
Les conclusions de la dernière édition du MCB Focus, préconisant une révision à la baisse à 3,1% du taux de croissance pour cette année, font la part belle à l'importance d'un agenda national de réforme comme antidote aux effets de la crise économique. Le Chief Strategy Officer et conseiller auprès du conseil d'administration de la Mauritius Commercial Bank, Gilbert Gnany, se basant sur les tendances sur le front international, maintient que 2013 risque d'être encore plus difficile sur le économique que cette année.
"On current indications, there appears to be no end in sight for the relative weakness of the country's growth trajectory for next year", note la MCB en avançant que le taux de chômage pourrait être de 8,3% l'année prochaine. Si les recommandations salariales du Pay Research Bureau constitueront un boost pour la consommation des ménages, le secteur du textile et le tourisme pourraient continuer à essuyer les revers de la crise dans la zone Euro comme il a été le cas jusqu'ici dont une décontraction de 13% dans les exportations de textile.
"While the full-fledged and prompt implementation of an array of policy measures by the authorities, including the execution of second-generation reforms, would continue to uplift the country's expansion slightly above the 4% mark in spite of the challenging global context, the domestic growth outlook for 2013 could be pinned down to close to the 3% threshold if the reform impetus is stalled. In the worst cases, real GDP growth for Mauritius could be further downgraded to 2,6% in policy reversals occur", trouve la MCB dans la conjoncture.
La MCB identifie un National Reform Agenda en six points en vue de stimuler la croissance, soit réduire les goulots d'étranglement tout en améliorant le climat des affaires, étendre et diversifier la base économique et les marchés d'exportation, augmenter la capacité et la productivité sur le plan national avec une accélération des investissements dans le capital humain et les infrastructures, engager le pays dans une politique d'ouverture, assainir la gestion des finances publiques avec des réformes de la sécurité sociale des corps parapublics et accroître la capacité du secteur public dans la mise à exécution des projets.