Les débats sur le National Minimum Wage devant être appliqué dans le monde du travail et dans le cadre d’une amélioration du niveau de vie des salariés sont déjà passés à l’étape supérieure. D’une part, il y a la revendication des cleaners des écoles avec des salaires dérisoires de Rs 1500 par mois et la grève de la faim qui se déroule depuis le début de la semaine écoulée au Jardin de la Compagnie (voir texte plus loin). Ensuite interviennent les trois options pour le salaire minimal national définies dans le rapport soumis par le Sub-Committee on Finance and Economic Issues du National Wage Consultative Council (NWCC), présidé par C. Paddia, du ministère des Finances. La principale recommandation de cette instance comprenant des représentants du gouvernement, des employeurs et des salariés s’articule autour du National Minimum Wage variant entre Rs 8 000 et Rs 10 000 par mois. En principe, le conseil national, présidé par Beejaye Coomar Appanah et comprenant entre autres un représentant du Prime Minister’s Office, devait se réunir la semaine dernière pour se prononcer sur le quantum du salaire minimum avec pour base le rapport de ce sous-comité. Mais pour des raisons inconnues, cette réunion du NWCC a été renvoyée, avec pour conséquence qu’à ce jour aucune décision n’a été entérinée formellement à ce sujet. Mais, déjà, la tension monte, que ce soit au sein du NWCC, notamment dans les rangs des syndicats, et même à l’extérieur, contre tout quantum inférieur à la barre psychologique des Rs 10 000, seuil de qualification et d’éligibilité pour la Negative Income Tax du Premier ministre, Pravind Jugnauth. Au fur et à mesure que l’on s’approche de l’échéance de l’annonce du salaire minimum national, les débats pourraient être encore plus houleux sur le plan sociopolitique.
Dans la conjoncture, la question qui se pose demeure si les recommandations du sous-comité pour un seul salarial variant entre Rs 8 000 et Rs 10 000 par mois recueilleront l’unanimité au sein de la population. Pour les observateiurs avertis du débat, il ne fait aucun doute que le Chairperson du NWCC a une préférence affichée pour un salaire minimum entre Rs 8 000 et Rs 8500. Mais, officiellement, le principal concerné affirme qu’aucun chiffre n’a été retenu à ce jour, alors que dans le camp des syndicats, l’objectif est d’arracher un National Minimim Wage de Rs 10 000 par mois en s’appuyant sur la décision du gouvernement d’appliquer la Negative Income Tax à hauteur de Rs 10 000 en faveur de 150 000 employés
« Nous croyons dur comme fer que Beejaye Coomar Appanah ne peut être plus Jugnauth que Jugnauth sur cette question. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, en annonçant un seuil d’éligibité de Rs 10 000 pour la Negative Income Tax, avec un ballon d’oxygène aux salariés au bas de l’échelle, a reconnu que ce chiffre n’est qu’un minimum. Avec cette nouvelle donne fiscale, le National Wage Consultative Council ne devrait pas envisager un salaire minimum de moins de Rs 10 000 par mois », souligne-t-on dans les milieux syndicaux, déjà sur le pied de guerre avec certains réclamant au moins un chiffre de Rs 19 000 par mois.
À ce jour, le rapport, qui sera soumis à l’examen lors de la prochaine réunion du board du NWCC, est des plus conservateurs aux yeux des syndicalistes, même si aux yeux du patronat un salaire minimum de Rs 10 000 par mois se traduira par un gonflement de la masse salariale de Rs 6,4 milliards, dont Rs 3, 9 milliards pour les petites entreprises avec moins de dix employés. Les trois possibilités retenues se déclinent comme suit pour le secteur privé :
— Minimum Wage de Rs 8 000 par mois : l’impact sur les petites entreprises sera de Rs 3,3 milliards et sur les autres de Rs 890 millions, soit un total de Rs 3,2 milliards. Il faudra également prévoir une hausse de 3,2% sans aucun effet sur l’emploi et de 2,7% avec une réduction de 0,5 % de la main-d’oeuvre
u Minimum Wage de Rs 8 500 par mois : masse salariale additionnelle de Rs 2,7 milliards pour les entreprises avec moins de 10 employés et Rs 1,2 milliard pour les autres, soit un total de Rs 3,9 milliards pour l’ensemble de l’économie, sans compter une compensation en hausse de 3,9% dans changement dans l’emploi et de 3,5% avec une réduction de 0,5% et
u un salaire minimal de Rs 10 000 par mois, le secteur privé verra la masse salariale être augmentée de Rs 6,4 milliards, soit Rs 3,9 milliards pour les petites entreprises et Rs 2,5 milliards pour les grosses.
Ces cut-off points pour le salaire minimum découle des hypothèses pour le median salary dans les secteurs privé et public, estimé à Rs 12500 en 2016 contre Rs 9 100 en 2011. Toutefois, force est de constater qu’en 2016, un salarié sur dix, soit 9,7%, autour de 40 000, touchaient jusqu’à un maximum de Rs 5 000 par mois. Les dernières statistiques officielles indiquent qu’un salarié sur quatre (24,1% ), touchait des salaires jusqu’à un maximum de Rs 8 000 par mois l’année dernière. Un National Minimum Wage de Rs 10 000 profitera à quelque 155 000 salariés (37,7% ).
« SME’s the first  to feel the effects »
Outre l’impact sur le plan salarial, le sous-comité Paddia s’est penché sur les autres répercussions d’un salaire minimum sur les différents secteurs de l’économie. Dans le secteur de l’agro-industrie, cette instance prévoir une réduction du labour turnover et une amélioration de l’efficience, de nouvelles possibilités d’embauche pour les sans-emploi avec la possibilité que « the introduction of the National Minimum Wage may address gender inequality », même si la question de relativité des salaires pourrait se faire sentir.
La filière des Petites et Moyennes Entreprises, plus particulièrement les opérateurs dans des zones sensibles, est présentée comme étant « the first to feel the effects of the impact of the national minimum wage. » « SME’s could counter the adverse cost effects of a sudden and steep increase in wage costs by increasing training to further improve skills and labour productivity, increase efficiency, reduce wastage and by adopting product market strategies to increase their competitiveness and revenue. With the higher labour costs, some SME’s might wish to embark on greater automation and mechanisation to be less labour intensive especially in the long run. The greater use of technology could also lead to SME’s moving up the value chain », souligne le rapport à être soumis pour approbation.
Plus loin, les membres du sous-comité Paddia ajoutent que « the National Minimum Wage will add to the costs of production of SME’s. It will deprive SME’s the liquidity they need as it may increase their costs instantly unless commensurate with productivity. SME’s may initially face an overall increase in the cost of doing business due to higher wage costs and competition for manpower from larger firms. The increase in pay could be mitigated when it is accompanied by higher labour productivity, multitasking and multiskilling as well as greater stability in the workforce. »
Par contre, pour un autre tableau, la politique de salaire minimum national aura pour effet d’attirer un plus grand nombre de jeunes. « Consequently, enterprises will be able to cope with the shortage of labour. In addition, in the long run, the National Minimum Wage would help increase the purchasing power of the general workforce, eventually generating higher demand, d for consumer goods and services in the country. In that way, SME’s will be able to produce more goods and services thereby raising the Gross Domestic Product and at the same time contributing to economic growth assuming a positive and high Mauritian Marginal Propensity to Consume. »
Le secteur des export-oriented enterprises, qui traverse une phase difficile avec les effets conjugués de la roupie forte et la morosité sur les marchés d’exportation traditionnels, doit rechercher une somme additionnelle de Rs 1,1 milliard pour procéder à des ajustements avec l’imposition du salaire minimum. « This financial burden excludes the additional amount which will be required to adjust relatively in the various salary levels above the NMW. Taking into account the inclusion of pay components in the Minimum Wage, the financial impact will be lesser », ajoute le rapport.
« Mauritian households have  never been as indebted »
Avant d’arriver à établir ces propositions, le Sub-Committee on Finance and Economic Issues a passé en revue les principaux paramètres socio-économiques à Maurice, notamment la problématique de la pauvreté. Le constat s’établit comme suit : « Relative poverty in Mauritius as measured by the ‘proportion of households below the half median monthly household income per adult equivalent’ increased from 7.7% in 2001/02 to 7.9% in 2006/07 and 9.4% in 2012. Similarly, the proportion of poor persons in relative poverty increased from 7.8% to 8.5% and 9,8% during the same period (Statistics Mauritius, 2015). Hence, around 122 700 people live on less than Rs 5, 652 per month (the relative poverty line) in 2012. »
Poursuivant son analyse, le comité Paddia confirme que « the average income of households in relative poverty was Rs 9, 800 per month, ten times less than that of the richest 10% of households (Rs 97 400). The average monthly consumption expenditure of households in relative poverty was Rs 8 300, seven times less than that of the richest 10% of households (Rs 53 600). Further, one out of every five households (20%) in relative poverty was in debt. Among indebted households, poor ones disbursed around one-third of its income (Rs 3 200) on debt repayment per month. »
La répartition des dépenses des ménages constitue un point essentiel avec « the mean household consumption expenditure for a single member household being Rs 9 471 ». Pour un couple, cette moyenne est de Rs 19 290 pour passer à Rs 24470 pour un couple avec des enfants. La situation se complique sur le plan de l’endettement. « Further, it was noted that household debt and over-indebtedness are on the rise in Mauritius. In fact, Mauritian households have never been as indebted as they are today (Bank of Mauritius, 2014). Sobhee et al. (2016) found that debt level varies differently across different income levels in Mauritius. It has been reported that households were found to be more indebted when their income is low. In a similar vein, since educational attainment is found to be correlated with income, the more educated the respondents, the higher the amount of debt contracted. Out of the total number of households surveyed, 83 % were found to be indebted. The study also postulated that with the rise in income inequality and the increase in the lowest quartile of income earners, family budget constraints have become more binding especially for low income and middle income groups with more than three dependents », relève le sous-comité Paddia à ce chapitre.
Le NWCC, qui devra statuer très prochainement sur le quantum du salaire minimal, devra également tenir en ligne ce compte les facteurs suivants : « The level of the minimum wage relative to market wages ; the wage elasticity of demand for labour (the responsiveness of employment levels to wage changes), the poverty line and the type of income sharing that takes place at the household level. »
Les répercussions de l’adoption d’un salaire minimal se feront sentir à différents niveaux. « The implementation of a National Minimum Wage (NMW) would impact on the following different economic and social variables : Gross Domestic Product (GDP) ; Employment, Youth Unemployment and Foreign Labour, ; Household Consumption and Debt Behaviour ; Inflation ; Labour Productivity ; Gender Pay Gap ; Income Inequality ; Poverty and Wages. »