ENSEIGNANT À L’ATELIER MO’ZAR ET MALVOYANT : Hermans Pierre Louis, quelque chose de Ray Charles

Suite à des négligences médicales, cet habitant de Poudre d’Or est devenu malvoyant à l’âge de 14 ans. Comblé grâce à la musique, le guitariste enseigne aujourd’hui à l’Atelier Mo’Zar. Hermans Pierre Louis, 23 ans, évoque la cécité qui l’a conduit vers la gloire.
Accompagné de Valérie Lemaire, manager de l’école, pour le guider vers l’Atelier Mo’Zar, le musicien aux cheveux mi-longs ondulés se dirige vers son havre. Une fois sur place, c’est en pianotant quelques notes que Hermans Pierre Louis se dévoile. “La musique est toute ma vie. Sans elle, je n’aurais pas été épanoui. Elle a donné un sens à ma vie”, déclare le jeune homme à Scope. Farceur et souriant, il avoue : “Je suis un gentil garçon et j’aime chanter pour les filles.”

Un autre regard.
Ce n’est pas Valérie Lemaire qui dira le contraire. Le manager de Mo’Zar le connaît depuis cinq ans et affirme en riant : “C’est un piège à filles ! Hermans est avant tout un bon musicien, il est généreux et solaire. Cette chose qu’il a en moins vient après. C’est une belle personne, rare dans son genre”, dit-elle.
Bougeant la tête de gauche à droite en jouant au piano comme son idole Ray Charles, Hermans continue à se livrer à cœur ouvert. Il raconte qu’il n’a jamais songé à être musicien. Comme tous les enfants, il avait des rêves. Le sien était d’être journaliste car il aime raconter et écrire, ou avocat pour pouvoir défendre les gens. Mais le destin en a décidé autrement. À 14 ans, il se retrouve malvoyant à 95% suite à des négligences médicales, et sombre dans le désespoir pendant deux ans.
Face aux remarques désobligeantes et aux regards des autres, le garçon a voulu changer les choses pour que les gens le regardent autrement. “Un handicapé est celui qui a tous ses cinq sens et ne fait rien avec. C’est cela être handicapé”, dit-il. Grâce à la musique, les gens respectent l’artiste qu’il est devenu. La musique l’a libéré de son mal-être. C’est son cousin qui l’a inspiré. Hermans a commencé à jouer à la guitare, son instrument de prédilection.

José, le mentor.
Toujours souriant, Hermans Pierre Louis raconte qu’à 16 ans, il a appris la musique au Conservatoire François Mitterrand. Un an plus tard, il a rejoint l’Atelier Mo’Zar. Plus tôt, à dix ans, il avait rencontré José Thérèse, le fondateur de l’Atelier Mo’Zar, mais n’avait pas eu envie de faire partie de la troupe. Il a fini par céder quand il est devenu malvoyant. Dès le début et avant même qu’il ne fasse partie de sa troupe, José Thérèse a toujours cru en lui, en son talent, et l’a poussé vers la musique. Il lui a transmis son art pour que les gens le respectent, ainsi que l’amour du jazz et du blues.
La mort de José Thérèse a été un véritable coup dur pour le musicien. Son monde s’est écroulé et il ne savait plus vers quoi se tourner. “J’avais perdu mon mentor, mon confident, mon pilier, mon repère et mon grand frère. J’ai grandi avec lui et je suis devenu ce que je suis grâce à lui, à son savoir-faire. Cette perte a été douloureuse pour moi. Je vivais très mal son absence et j’ai fait une dépression.” Cette situation a été durement vécue par toute la troupe. Ils étaient tous livrés à eux-mêmes. Ils avaient perdu celui qui leur était d’un soutien indéfectible.
José Thérèse avait de grandes ambitions pour le jeune homme de 23 ans. Il avait voulu le faire partir en France pour étudier la musique en braille et se perfectionner. Les circonstances de la vie ne lui ont pas permis d’accéder à ce rêve. Cependant, Hermans a persévéré et n’a jamais baissé les bras. “J’apprends la musique dans la tête”, confie-t-il. Aujourd’hui, il enseigne la musique à l’Atelier Mo’Zar et également chez lui à Poudre d’Or.

Projets d’albums.
Depuis, grâce à son talent, le guitariste a fait son petit bonhomme de chemin. Il a joué avec quelques grands artistes internationaux, notamment Joss Stone (chanteuse de soul) et Jean Alain Roussel (pianiste de Cat Stevens et de Police et compositeur pour Céline Dion), pour ne citer que quelques-uns. En toute humilité, Hermans se souvient de sa toute première scène au sein de Mo’Zar. C’était pour la Journée mondiale du jazz. Il avait joué en compagnie de Mike Lapierre et Denis Serret. Un grand moment pour lui.
Le guitariste a joué dans plusieurs concerts avec Blackmen Bluz, Chicco Martino et OSB, entre autres. Hermans a participé au Carnaval de Madagascar avec Philippe Thomas, Ivan Bazile et 21 élèves de l’Atelier Mo’Zar. Il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il a deux projets d’albums : le premier avec Yannick Nanette et le second avec Steven Bernon. Ils ont tous les deux étaient conquis par sa voix et ses talents de guitariste. “J’ai toujours voulu travailler avec Yannick Nanette. C’est un rêve devenu réalité.”
Hermans finit par prendre sa guitare et chante Zoiseaux de Cassiya dans une version blues. L’artiste est complètement habité quand il joue et a un faux air de Damien Elisa lorsqu’il chante. “Je m’accepte comme je suis. J’ose rêver et je le vis…”

Pas de chien guide à cause de la loi
Pour aider Hermans Pierre Louis à être encore plus indépendant, l’Atelier Mo’Zar fait tout ce qui est en son pouvoir. Toutefois, à cause d’une loi non amendée à Maurice, ils ne peuvent pas faire venir un chien guide pour l’aider. “Nous essayons de l’aider du mieux que nous pouvons, mais c’est compliqué. Nous avions envie qu’il ait un chien guide; ce n’est hélas pas possible à Maurice”, confie Valérie Lemaire.