Avant de revenir sur les enseignements de la partielle de Belle Rose/ Quatre-Bornes, un mot s’impose sur la campagne. Elle fut particulièrement belle et on ne peut que souhaiter que les joutes à venir se déroulent dans le même esprit. À part le tonitruant Roshi Bhadain qui a mené une campagne de dinosaure avec sa caravane bruyante et ses coups fourrés de dernière minute, et la posture victimaire permanente adoptée par Tania Diolle et qui est devenue fi nalement un peu lassante, il faut dire un très grand bravo à Arvin Boolell, à Nita Juddoo, à Jack Bizlall, à Dhanesh Maraye et à Kugan Parapen pour la manière dont ils se sont comportés tout au long de la campagne. Aucun faux pas. Aucun dérapage. Juste quelques petites maladresses sans conséquence de la part des néophytes. C’est le côté vraiment rafraîchissant de cette partielle.

Oui, la campagne était longue et c’est vrai que c’était une bataille des oppositions. Et que les acrimonies n’avaient aucune raison d’être exacerbées. L’on peut aussi supputer que l’atmosphère aurait été bien différente si d’aventure le MSM avait eu le courage de se mettre de la partie pour récupérer le siège qui était le sien, mais qu’une campagne se déroule de manière aussi civilisée et paisible est extrêmement réconfortante pour la démocratie.

En l’absence du porte-voix du MSM qu’est la MBC et qui a étalé sa mesquinerie et sa petitesse jusqu’à censurer le discours du vainqueur Arvin Boolell et de son leader, les journaux, les sites et les radios privées ont fait ce qu’il fallait pour que cette élection sans réel enjeu intéresse le plus grand nombre. Le taux d’abstention aurait été encore plus élevé si les médias indépendants n’avaient pas gardé le débat vivant au quotidien. Les résultats maintenant. C’était la première participation des travaillistes à une élection depuis leur débâcle aux élections générales. À terre, leur leader Navin Ramgoolam, confronté à de multiples affaires judiciaires, les rouges avaient fait l’impasse sur les municipales de juin 2015, laissant leur ancien partenaire de décembre 2014 le soin d’aller confronter seul Lalians Lepep. C’est dire que la partielle du N°18 avait sonné comme une occasion de revanche pour le PTr.

La personnalité d’Arvin Boolell a été, certes, déterminante, mais l’ampleur de la victoire laisse penser qu’il était celui qu’il fallait élire, en comparaison aux jeunes pousses alignées par les autres partis, pour corriger un gouvernement qui a installé un Premier ministre qui n’avait pas été annoncé durant la campagne électorale et qui est chaque semaine secoué par un nouveau scandale. On peut même prendre le pari que pas mal de ceux qui avaient voté le MSM et plébiscité sir Anerood Jugnauth et qui rejettent les conditions dans lesquelles il a laissé la place à son fils ont été mettre une petite croix auprès du nom d’Arvin Boolell. C’est d’ailleurs comme ça que fonctionnent les vases communicants.

Le deuxième grand gagnant de la partielle n’est autre que Jack Bizlall. Il a réussi exploit de devancer le candidat du PMSD dont le parti dispose de neuf députés à l’Assemblée nationale et dont le leader occupe le poste constitutionnel de chef de l’opposition. Comme à Beau Bassin/Petite Rivière en décembre 2014, Jack Bizlall a sauvé sa caution. Sa performance est imputable à ses combats syndicaux qui, aujourd’hui, vont bien au-delà
des classes sociales défavorisées. Il défend tout à la fois les cleaners, les licenciés de la boutique hors taxe, que le personnel d’Air Mauritius. Pas de caution récupérée en revanche pour Dhanesh Maraye et Tania Diolle du MP, dont le président voyait, à la limite de l’injure, comme une « remplaçante » de Vidula Nababsing. Le MP a rempli sa mission et ce n’est pas un hasard que sa candidate ait, bien avant l’issue du scrutin, reçu les félicitations de Navin Ramgoolam.

Roshi Bhadain a, lui, démontré qu’il ne possède aucun flair politique et que son ego surdimensionné l’a empêche écouter les bons conseils d’Arvin Boolell et de Xavier Duval de ne pas abandonner son siège. Le PMSD, lui aussi, tombe de haut. Parti du gouvernement le 19 décembre 2016, Xavier Duval, adoubé leader de l’opposition, ce qui confère une visibilité certaine, doit se rendre à l’évidence. Parti de gouvernements successifs depuis 2005, il fait le dur apprentissage d’un combat dans l’opposition. Il s’emploiera désormais probablement à sa consolidation en attendant de devenir le wagon d’une locomotive qui se dirige vers l’hôtel du gouvernement.

L’autre grand perdant de cette joute est sans conteste le MMM, qui avait fait le pari du renouveau, de la jeunesse et de la féminisation de la politique plutôt que d’aligner des candidats plus connus et expérimentés. La démarche était louable en soi dans la mesure où les critiques n’arrêtent pas de pleuvoir contre les dinosaures. C’est un pari perdu et c’est une défaite de trop. Une deuxième place plus honorable dans les circonstances qui ont prévalu aurait été un moindre mal. D’autant que, seul, contre Lalians Lepep, alors composé du MSM, du ML et du PMSD, il avait fait un peu plus de 30% aux municipales de 2015 et qu’il n’a fait que 15% à cette partielle. Il a une dernière chance de se réinventer d’ici à 2019. Après, ce sera trop tard. Sa direction doit commencer par écouter les conseils de ceux qui lui veulent du bien et qui sont en dehors des instances au fonctionnement un peu désuet et qui fait que les militants restent entre eux au lieu d’aller à la rencontre des gens. Le MMM doit aussi se demander si son offre politique correspond aux attentes de la population. Déjà, ceux qui ont 40 ans ne connaissent pas le MMM, ni son combat ni son histoire, maintenant les jeunes ! Jean-Claude de l’Estrac a sans doute raison : le MMM n’est pas mort. Mais il est très certainement malade. Il faut maintenant poser le bon diagnostic et appliquer le remède qui s’impose quand bien même douloureux.