ENTRAÎNEUR JEAN-MICHEL HENRY : Oomph a gagné à la loyale

Oomph a étrenné son titre de meilleur 3-ans de l’exercice 2017 par la plus belle des façons en survolant ses sujets samedi. Une victoire sans discussion dans un 1500m de Benchmark 56 (C4) qui a été accueillie par son entourage comme la réponse parfaite pour faire taire toutes les rumeurs qui ont couru autour de ce petit champion du tandem Cédric Ségeon-Jean-Michel Henry, conséquence du drift dans sa cote — de Rs 350 au call over à Rs 550 samedi — avant le départ de cette épreuve principale de la 25e journée.

Cédric Ségeon, on a vu un Oomph en démonstration samedi. Cela vous a visiblement fait très plaisir ?
Je ne vous dirai pas le contraire. Oomph est un coursier avec lequel on a pris beaucoup de soins. Il n’avait pas couru depuis cinq semaines et il a fait une course de rentrée comme on attendait.

Gagner avec autant d’aisance avec un cheval caractériel comme le vôtre n’est pas donné à tous les coursiers. On ne l’a pas vu trop tirer comme il en a l’habitude…
Le cheval n’a pas tiré dans la descente cette fois. Il a certes lâché son mors à la rue du Gouvernement. C’est à partir de là que j’ai commencé à le réveiller. Aux 400m, en revanche, il s’était déjà positionné derrière Act Of Loyalty. Je cherchais un bon dos et je l’avais trouvé. C’était quelque part notre plan de bataille.

À 400m du but, étiez-vous confiant que votre coursier fonçait vers une troisième victoire d’affilée ?
Quand il a lâché le mors, j’étais un peu inquiet. Mais Oomph est ainsi. Il le faisait le matin du training des fois. Mais il a un turn of foot que beaucoup de chevaux n’ont pas au Champ de Mars. Je savais que dans la ligne droite il allait produire plus que ce qu’il avait donné avant le tournant.

Certains prétendaient que le cheval n’était pas à son top samedi. D’où peut-être le drift noté dans sa cote ?
C’est malheureux, très grave aussi à mon avis de penser ainsi. Je l’ai souvent répété, ce n’est ni le jockey ni l’entraîneur, encore moins le propriétaire de chevaux, qui font la cote. Nous, jockeys, nous subissons la pression. De temps en temps, on est convoqués par les commissaires de courses pour venir s’expliquer avant la course. Si la cote d’Oomph est passée de Rs 350 à Rs 550, et si les bookmakers et les parieurs ont cru qu’Act Of Loyalty est meilleur que mon coursier, c’est leur choix. La meilleure réponse est venue finalement de la piste.

Oomph qui gagne à la régulière, comme un champion, cela apporte du baume au coeur de son entourage…
J’ajouterai même qu’Oomph a gagné à la loyale. Il avait déjà battu Act Of Loyalty dans la dernière manche du championnat des 3-ans. On sait que mon cheval est difficile à monter, qu’il peut manquer le départ (il l’a fait plus d’une fois), qu’il peut être victime de traffic jam, car il est un attentiste. Samedi, il est sorti assez bien des boîtes. Et comme la course était bien lancée, j’avais des raisons d’espérer. J’ai tout le temps "traqué" le coursier de Gujadhur. J’ai fait la même chose que Steven Arnold avait faite la fois dernière, quand il a quitté la corde pour me suivre. Cette fois, je suis sorti des barres pour me mettre one off dans son sillage. Et Oomph a encore bien conclu.

Vous prenez Rs 5 000 d’amende « for making a celebrating gesture in an excessive manner » La rançon du succès…
C’est dommage. C’est même triste. Je suis un jockey expérimenté. Je ne crois pas que j’ai été exubérant. J’ai remporté 170 victoires au Champ de Mars. Je ne suis jamais tombé dans l’excès dans mes célébrations de victoire. Là, c’était une course importante pour moi, pour nous à l’écurie. Surtout que les gens parlaient de mal de moi avant la course eu égard à la baisse dans la cote d’Oomph. Toute la pression était sur mes épaules. J’étais heureux dans mon expression quand j’ai passé le but (à nouveau) en vainqueur. Une façon pour moi de faire taire les mauvaises langues. J’ai eu une sensation que personne d’autre ne peut ressentir quand il n’est pas sur le cheval. Sachez que je n’ai jamais été charged sous ce règlement (MTC Rule 53 (j)).

Peut-on dire que c’est pour vous la plus belle des trois victoires d’Oomph chez nous ?
Toutes ses victoires ont été belles. Évidemment, dans la course des 3-ans, il y avait moins de chevaux de qualité peut-être. Mais Act Of Loyalty y était et quelques petits chevaux sur lesquels je rendais beaucoup de poids. En revanche, ce qui m’a plu samedi, c’est qu’Oomph a couru les 1500m plus détendu. La fois dernière, il avait beaucoup tiré sur le parcours. Pour moi, maintenant on peut viser un peu plus loin sur la distance.

Jusqu’où pensez-vous qu’Oomph peut-il aller ?
Cette question, il faut la poser à mon entraîneur. Mais Oomph est un jeune qui a encore besoin de gravir les échelons. Il ne faut pas brûler les étapes. Il ne faut surtout pas lui donner des courses dures pour rien. Aujourd’hui, il est content. Il a besoin d’un peu de repos.

Samedi, vous aviez aussi trois autres montes…
Elysian Park a couru en progrès, mieux que la fois dernière. Il est un sujet délicat qui a déjà saigné. Sa troisième place en C7 est encourageante pour l’avenir. Il est bien dans les petites divisions. Jambamman vieillit. Il a commencé en 0-25 pour monter jusqu’à 51. Il a atteint ses limites. Donnie Brasco aussi vieillit et trouve la compétition très dure. Tout comme Right To Tango.

Vous avez ramené neuf gagnants en 25 journées. Ce score vous convient-il ?
Je n’ai aucun objectif fixe cette année. On essaye de monter un groupe sympa autour de Jean-Michel pour 2018. On a gagné cinq victoires dans des courses principales, c’est mieux que prévu. Oomph a été couronné meilleur 3-ans et a signé à lui seul trois victoires. C’est une grosse satisfaction. Les propriétaires ont fait de gros efforts dans l’achat de nouveaux chevaux. On espère que la saison prochaine sera meilleure.


JEAN-MICHEL HENRY : « C’est un petit phénomène »
C’est un Jean-Michel Henry visiblement libéré qui s’est confié après l’écrasante victoire d’Oomph samedi. Pour lui, il ne fait pas de doute, « Oomph est un petit phénomène. Il a raté deux fois le départ, mais il gagne toujours. » Il souligne dans la foulée la grande patience de l’entourage de ce champion des 3-ans « pour que le cheval coure dans la plénitude de ses moyens. Cela fait plaisir de le voir gagner. J’espère que ce troisième succès en appellera d’autres. » L’entraîneur dira qu’après sa course des 3-ans, Oomph a eu un petit break qui lui a fait le plus grand bien. « Il avait besoin d’un peu de repos. Il a pris son temps. On lui a donné un travail léger et il a prouvé toute sa classe samedi. »
Que peut-on attendre de lui maintenant ? « Je crois qu’il peut aller de 1365m à 1500m-1600m. Pas plus. Il a besoin d’un train sélectif pour s’exprimer. Plus il se frotte à de meilleurs chevaux, mieux ce sera pour lui. We take one race at a time. » Cet établissement avait annoncé la couleur en s’offrant l’épreuve d’ouverture de la 25e journée avec Black Gambit. « Ce coursier nous est arrivé de seconde main. Je dis un grand merci à la famille Taher, propriétaire de Black Gambit. Ce cheval a eu tout son temps pour se préparer. Tous ses galops ont été généreux. Sa première ligne l’a aidé samedi. Deux jours plus tôt, il avait fait un très bon spurt. On avait alors un silent hope. C’est la première victoire que je remporte pour les Taher cette année. C’était aussi une très belle monte de Rakesh (Bhaugeerothee). Il a eu la bonne inspiration de garder sa position vis-à-vis d’Agincourt. C’est peut-être à ce moment-là qu’il a gagné sa course. »