ENTRE ABU DHABI ET KOWEÏT CITY: Mort de sa passion

Un avion de la compagnie aérienne émiratie de transport de fret Etihad Cargo a été contraint de dérouter vers l’aéroport international de Koweït City après que le commandant de bord de l’appareil, le Mauricien Patrice Grenade, qui détient la nationalité canadienne, a fait un malaise après une heure de vol. Il n’a malheureusement pas pu être réanimé.

L’avion, un Boeing 777-200 F, vol EY927, qui effectuait la liaison entre Abu Dhabi (Émirats arabes unis) et Amsterdam (Pays-Bas) avec une cargaison de fret et seul l’équipage à bord, avait décollé vers 5h20 du matin, heure locale, et se trouvait en vol depuis peu de temps lorsque le copilote a demandé à dérouter vers l’aéroport international de Koweït City, le commandant de bord venant de faire un malaise.
L’avion s’est posé quelques instants plus tard, sans autre incident et les équipes médicales sont aussitôt montées à bord. Malheureusement, Patrice Grenade, 51 ans, un ancien pilote d’Air Mauritius jusqu’en 1998, était déjà mort quand les médecins ont pu le prendre en charge. Une enquête a été ouverte afin de déterminer la condition physique de l’homme et les causes de sa mort.
Patrice Grenade laisse derrière lui deux fils et une épouse, tous au Canada, où il a grandi. Marié à une Mauricienne, il est revenu au pays et a pris de l’emploi chez Air Mauritius. C’est dans les années 1990 qu’il décide de voler vers d’autres cieux et quitte la compagnie aérienne nationale. Depuis, ce professionnel reconnu de l’aviation a parcouru le monde. Chez ses proches, c’est le souvenir d’un être simple, joyeux, qui dévorait la vie et qui était surtout toujours souriant. Sportif, il n’avait pas d’antécédents cardiaques. D’où le choc en apprenant son décès. 
Week-End s’est tourné vers un de ses anciens collègues d’Air Mauritius, le pilote chevronné Dominique Paturau, qui se dit attristé par ce décès subit. « C’était un excellent professionnel, qui a quitté Air Mauritius par choix, pour d’autres cieux. Nous avons plusieurs fois volé ensemble il y a longtemps, sur de nombreuses destinations, dont l’Australie, Inde, l’Afrique du Sud. La dernière fois que je l’ai vu, cela remonte à trois-quatre ans, à l’aéroport international OR Tambo de Johannesburg, où nos avions étaient garés côte à côte. Nous sommes descendus et avons eu une conversation. Patrice été en pleine forme. C’était un gars superbe, d’une grande gentillesse. Ce sont principalement ses anciens collègues de MK qui s’en souviendront. Il est parti très jeune, c’est très choquant et chagrinant. »
Pas de quoi s’inquiéter
Dominique Paturau, qui a eu une longue carrière dans la compagnie nationale, explique que ce genre d’incident est extrêmement rare et que c’est une situation stressante, mais tous les pilotes sont préparés à cela. « En gros, il n’y a pas forcément ce qu’on appelle un protocole, mais en formation, tous les pilotes sont amenés à un exercice de simulation en cas de malaise dans le cockpit. Les procédures à suivre pour que le malade en question — pilote ou copilote — ne puisse pas faire obstacle aux commandes. Il faut repousser le siège du malade et l’allonger vers l’arrière. Il faut alors que l’autre pilote fasse la check-list lui-même — demander s’il y a un médecin à bord — et dans le pire des cas envisager un atterrissage immédiat sur l’aéroport le plus proche en assumant toutes les procédures nécessaires. »
À la question de savoir si le copilote est capable d’assumer l’atterrissage tout seul, Dominique Paturau assure qu’un copilote a la même formation qu’un pilote et qu’il peut tout à fait mener à bon port un avion. « D’ailleurs, entre le commandant de bord et le copilote, généralement lors de chaque vol, il y a un partage pour savoir lequel fera le premier leg et lequel fera le vol retour », rassure-t-il.
Dans un vol commercial, selon Dominique Paturau, l’on fait appel à un médecin qui est à bord et aux autres membres du personnel pour gérer la situation. Mais dans un vol cargo où il n’y a pas de passagers, l’un des deux pilotes valides ne peut que compter sur une troisième personne, ou deux autres, des loadmasters responsables de la cargaison et la charge sur l’avion-cargo.
S’il n’a jamais vécu l’épisode de la mort d’un collègue en vol, par contre, Dominique Paturau a connu la mauvaise expérience de deux décès de passagers en vol et cela n’est pas réjouissant non plus. « Le premier cas était sur un vol vers Londres, alors qu’on venait de survoler Nairobi. Il s’agissait d’un passager homme, en classe affaires, déjà souffrant et qui se rendait à Londres d’ailleurs pour des soins. À la demande du commandant, un médecin à bord était venu à la rescousse du malade pour établir s’il fallait revenir sur l’aéroport le plus proche, mais il était déjà trop tard, la personne était décédée. L’autre cas, c’était celui d’une indienne un vol vers Bombay, qui s’était enfermée dans les toilettes. Après une heure, le personnel a demandé au commandant de bord ce qu’il fallait faire et finalement décision fut prise d’ouvrir la porte. Mais elle était déjà morte. Dans tous les cas, sur les vols normaux, il y a souvent un médecin à bord et des trousses de secours, etc. C’est au commandant de bord de décider comment gérer la situation s’il y a un malade ou un problème semblable. »