ENTREPRENEURIAT—Quand un ingénieur découvre les 300 vertus des bred mouroum

Ces malheureux qui, à en croire un populaire séga des années 1980, n’avaient d’autre choix que de consommer des bred mouroum, cette manne des pauvres d’antan, doivent très bien se porter aujourd’hui, car cette brède recèlerait 300 vertus ! Rien qu’à dire : “Enn bon bouillon bred mouroum avek la tete poisson”, réveillera les papilles (nostalgiques) de beaucoup d’hommes et de femmes d’un certain âge, puisqu’il faut bien l’avouer : les moins de 30 ans ignorent la saveur spéciale de ce mets. En effet, quel jeune, de nos jours, oserait savourer un plat avec un oeil écarquillé de poisson qui le fixe ? Devenues si rares, les bred mouroum poussent à l’état sauvage, et on en trouve encore souvent dans des cours, laissées à l’abandon, devenues sans doute plantes d’agrément... Une manne des pauvres, disions-nous, mais riche en bienfaits et ce n’est que récemment que les Mauriciens l’ont su. À Goodlands, Vinay Kanhye, un ingénieur de profession, s’est documenté sur les bienfaits de la plante et s’est lancé, il y a deux ans, dans le commerce du mouroum. Après avoir reçu il y a tout juste deux semaines la certification biologique d’Ecocert, celui-ci envisage de diversifier ses produits.
Sur un de ses terrains sur 2 arpents (il en possède au total 8), Vinay Kanhye contemple ses 3000 plantes de mouroum (Moringa Oleifera de son nom scientifique) dont la récolte a été faite le matin. Ici, les arbres sont émondés après chaque récolte. Ils font pour certains environ 2m de hauteur et leurs jeunes feuilles ébouriffées sont de couleur vert tendre. Le moringa, qui grandit rapidement lorsqu’il est semé ou coupé, est utilisée pour traiter divers maux, comme le diabète, la tension artérielle, les infections de la peau, les douleurs gastriques, les mycoses, etc. Il y a deux semaines, cet habitant de Goodlands a reçu la certification biologique d’Ecocert, spécialiste français de la certification des produits issus de l’agriculture biologique. Le Senior Project Manager chez GIBB Mauritius a établi sa production dans un champ à l’abri de toute pollution et entourée d’une végétation dense et variée.
Il dit n’utiliser jamais d’engrais chimique ou d’herbicide. “Nous n’utilisons aucun produit néfaste pour l’environnement. Seulement les déchets organiques, notamment les branches des brèdes mouroum pour le compostage afin de répondre totalement aux critères de l’agriculture biologique”, affirme Vinay Kanhye. Cet homme qui a mis en culture au total 8 arpents de bred mouroum, détient environ 12 000 plantes. Sa plantation lui assure une production d’environ 200 boîtes de 60g par jour. “Il me faut 15kg de feuilles pour 1 kg de poudre”, précise-t-il.
C’est à quelques centaines de mètres de là, à la rue Mlle-Jeanne, que Vinay Kanhye a lancé son entreprise il y a deux ans à l’étage de la maison familiale. Ce mardi après-midi-là, dans une grande pièce, des feuilles de moringa qui ont été lavées et essorées attendent d’être complètement séchées sur les tamis des huit étagères et des quatre bacs posés au sol. Avant de compléter l’opération qui consiste à les sécher pendant 1 heure à 50°dans un dehydrater et les réduire en poudre dans un grinder et enfin les empaqueter.
Tout est comestible
Six personnes se livrent à cette activité: la mère de Vinay Kanhye, sa belle-soeur, sa nièce et d’autres membres de sa famille dont les tâches parcellaires consistent en le lavage, le séchage et l’emballage. Cinq autres personnes s’adonnent chaque matin à la cueillette dans les champs qui se trouvent à Goodlands. Tout est comestible chez le moringa: les fleurs, les jeunes gousses, les rameaux, les feuilles, les graines et les racines. S’étayant des études publiées par le Mauritius Research Council (MRA) et la John Hopkins University, il déclare “qu’en plus, ses feuilles contiennent sept fois plus de vitamines qu’une orange, deux fois plus de protéines et trois fois plus de calcium qu’un verre de lait, trois fois plus de potassium que la banane”.
Tout est parti d’une visite à Londres avec son épouse et ses enfants. Tandis qu’il s’était pris d’une grosse fatigue, il se rend dans une Health shop où on lui conseille des infusions de moringa. “Les feuilles de moringa m’ont permis de reprendre des forces le lendemain matin même. Au Royaume-Uni, cette plante fait l’objet d’un véritable engouement”. C’est après avoir examiné scrupuleusement la boîte qu’il découvre qu’il s’agit en fait de bred mouroum.
L’homme, pour ainsi dire, contracte la “bredmouroumanie”. S’entichant de cette plante médicinale cultivée chez nous, il décide de se documenter sur le sujet. De retour à Maurice, il découvre que de nombreuses études ont été publiées sur les bienfaits de cette plante, notamment par Le Mauritius Research Council (MRC) et l’université de Maurice, mais il est étonné que personne n’a pensé jusque-là à en faire quelque chose avec cette ressource végétale qui compte autant d’apports nutritionnels que thérapeutiques.
Bientôt en gélules
Ainsi, enthousiasmé par les qualités de cet “arbre magique”, il décide d’en promouvoir les bienfaits, en lançant en 2014 sa propre entreprise Kanhye Health Foods Co. Ltd. Il veut lui donner un avenir plus large et y croit malgré les doutes de ses proches. “J’ai choisi d’investir dans cette culture parce que c’est une plante nourrissante et qui soigne divers maux. En plus, c’est un légume très connu et apprécié chez nous”, dit-il. Un an plus tard, il réalise sa première production. La vente de ses produits est rentable. Il réalise sa plus grosse vente au Salon de la Santé 2015. Aujourd’hui, sa production ne cesse de croître. “En 2015, nous produisions en moyenne 1800 sachets par jour, soit 45 à 60 boites. Avec notre fully-automatic machine, qui fabrique les sachets d’infusion qu’on a récemment acquise, nous faisons 1800 sachets l’heure, soit entre 180 à 200 boîtes par jour”, dit-il. L’entreprise propose aussi des feuilles de mouroum en poudre dans des contenants de 50g ou 100g.
Cette année, après avoir obtenu le label “Bio”, Vinay planifie de diversifier sa production afin de permettre à son entreprise d’imposer sa marque au niveau international: “J’envisage de commercialiser les infusions avec différentes saveurs, comme la citronnelle ou le lemongrass. Nous allons aussi proposer le moringa en gélules”, dit-il. L’entreprise écoule ses produits dans les supermarchés, mais aussi dans les Health shops et spas. Concernant son utilisation, il indique que “la poudre du moringa peut être consommée avec un bol de céréales, dans un yaourt, ou incorporée à un plat. Mais pour bénéficier de tous ses bienfaits, il est conseillé de faire une cure, de consommer, par exemple, deux tasses d’infusion par jour”.
Aujourd’hui, face à la grosse demande, les 8 arpents ne suffisent plus et le pionnier de l’infusion mouroum à Maurice fait un appel aux petits planteurs mauriciens afin de le rejoindre dans cette aventure.


“Un réservoir de nutriments”
Diminuer les risques de cancer et de diabète, apporter au corps toutes les vitamines et nutriments nécessaires, telle sont les propriétés du moringa, communément appellé “arbre miracle” tant ses propriétés sont incroyables. Il agit ainsi contre les radicaux libres et protège les différentes cellules de votre corps.
Le Mauritius Research Council, l’Université de Maurice, la John Hopkins University ont publié des études qui démontrent l’efficacité de la plante, par exemple contre le développement du cancer, pour réguler le taux de cholestérol dans le sang, le diabète, mais aussi la tension artérielle. Voici de quoi éclaircir sur les idées reçues : “Beaucoup de personnes croient encore que les bred mouroum font grimper la tension artérielle. C’est une fausse croyance. En fait, c’est le sel ajouté à la préparation des plats qui en est la cause. Le moringa est efficace dans le traitement de la pression artérielle, et aide à la régulariser”, Vinay Kanhye.
Dans une étude publiée, il est écrit que “les feuilles du moringa sont un réservoir de nutriments. Il renferme la vitamine A qui agit comme un bouclier contre les maladies ophtalmologiques et cardio-vasculaires, la vitamine C qui combat une multitude de maladies telles que les rhumes et la grippe, le potassium, très important pour le fonctionnement du cerveau et des nerfs, le calcium, ce nutriment qui sert à bâtir les os et les dents fortes et prévient contre l’ostéoporose, et les protéines qui maintiennent toutes les cellules de notre corps. En dehors de toutes les richesses, les feuilles fraîches de moringa contiennent par gramme 3 fois plus de fer que les épinards et autant de protéine que les œufs. Il contient 7 fois plus de vitamine A que les carottes, 3 fois plus de potassium que les bananes et 4 fois plus de calcium que le lait. Précisons également que le moringa contient du sélénium, du zinc et les 10 acides aminés.”
Par ailleurs, le moringa peut servir à purifier les eaux en détruisant 90 à 99% des bactéries. Ses graines contiennent 40% d’huile. Cette huile se rapproche d’une huile supérieure comme l’huile d’olive.