ENTREPRISE - LUCKY WOMEN ENTREPRENEURS COOP SOCIETY : Quand la persévérance paie

Lucky Women Entrepreneurs Coop Society est une des rares sociétés coopératives composées uniquement de femmes ayant réussi leur business. Après dix années d'existence dans le domaine de l'alimentation, cette société est très sollicitée pour ses snacks sucrés et salés, qu'elle fabrique à Union Park. Sa présidente, Bindya Mahadew, également présidente de la Mauritius Women Entrepreneurs Cooperative Federation Ltd depuis deux ans, est aujourd'hui une femme comblée : Lucky Women Entrepreneurs Coop Society progresse et elle considère l'avenir avec beaucoup d'optimisme. « J'étais femme au foyer il y a dix ans, aujourd'hui j'ai plein de commandes. Je suis confiante dans l'avenir, mais il faut innover », déclare la gagnante de la Mauritius Excellence Award for Cooperatives 2016.
Ce n'est pas sans persévérance et l'esprit d'innovation que Bindya Mahadew a obtenu le Mauritius Excellence Award for Cooperatives en 2016, elle qui n'avait jamais pensé devenir entrepreneur. Après son School Certificate, elle voulait poursuivre des études de comptabilité, mais l'argent faisait défaut à sa famille. Bindya Mahadew s'est mariée et sa belle-mère ne voulait pas qu'elle travaille. Elle s'est alors dit « why not start a business at home? ». Ce qui lui donnerait aussi le temps de s'occuper de sa maison, de sa famille et de ses deux enfants.
Tout a commencé un matin de 2007 lorsque Bindya Mahadew est allée visiter la Caravane de l'entrepreneuriat qui passait par son village. « J'y ai vu pas mal de choses très intéressantes. J'étais femme au foyer et je voulais créer un petit business, mais mes tâches ménagères me prenaient trop de temps », raconte-t-elle. Cependant, le directeur du National Institute for Cooperative Entrepreneurship (NICE) l'a conseillée quant à la création d'une PME, sa gestion et le marketing du business. Bindya Mahadew était convaincue. « Il m'a encouragée à me lancer dans le business en profitant des “incitations” que le gouvernement offrait aux entrepreneurs, telle l'allocation de Rs 10 000 pour démarrer. En plus, le gouvernement vous aide à enregistrer votre société, il vous conseille du début à la fin et fait même un suivi », indique Bindya Mahadew.
Cette aspirante-entrepreneure est rentrée à la maison et a discuté de l'idée de la création d'une société coopérative avec ses belles-sœurs et sa mère, qui étaient engagées, depuis quelque temps dans un petit business de fabrication de snacks à mi-temps. Elles ont décidé de développer le business de gâteaux salés et sucrés à l'occasion des événements familiaux. « Nous étions toutes bonnes du côté de la cuisine et de l'alimentation. Nous prenions déjà de petites commandes, mais nous n'avions pas de nom, nous n'étions pas reconnues. Nous nous sommes dit “let's give a try” », explique notre interlocutrice.
Ainsi est née la Lucky Women Entrepreneurs Cooperative Society, qui est composée de cinq femmes. Cette société propose des snacks végétariens que sont les “mawa samoussa”, “laddoo”, “goulab jamoun”, “barfi”, “rasgoolla”, “sutarfin”, “maspain végétarien”, “nan khatain”, entre autres. « Cela fait dix ans que cette société existe et je suis vraiment fière d'être une entrepreneure », relate Bindya Mahadew.
Foires coopératives
Cette société coopérative a démarré avec un “business plan”, un capital, un compte à la MPCB, Rs 500 pour l'enregistrement du business et des livres de compte. Chacun des cinq membres a apporté sa contribution pour réunir la somme de Rs 5 000 avant que ne démarre le business à travers des foires coopératives. Mais ça ne marchait pas tout le temps. « Nous avons fait notre propre marketing et nous avons commencé à recueillir des commandes que nous préparions à la maison avant de les livrer. Désormais, nous n'avons plus le temps de participer à des foires. Nous ne dépendons plus des foires, car nous avons constitué, de bouche-à-oreille, une bonne base de clientèle pour des activités religieuses, des événements familiaux et publics. Là, Divali approche, nous avons plein de commandes, nous n'en prenons plus », fait ressortir Bindya Mahadew. Déçue au début, elle a cherché et trouvé son propre marché. « Nous avons de la chance », avoue-t-elle.
Petit à petit, le business grandit et la société améliore la qualité de ses snacks, après avoir obtenu des “feedbacks” de ses clients. « Zot telman satisfe ki zot rod ankor. Je peux dire qu'en dix ans de travail, nous n'avons eu aucun reproche. Nos gâteaux sont tous frais. Nous respectons les normes de qualité que nous nous sommes nous-mêmes imposées », dit-elle. Côté formation, Bindya Mahadew dit avoir appris le métier sur le tas, comme ses autres membres.
Chacune d'elle a sa spécialité : si une est spécialiste de “laddoo”, l'autre connait bien préparer des “goolab jamounn”. Et lorsqu'elles ont besoin de bras additionnels pour honorer une grosse commande, elles font appel à d'autres membres de leur famille. Bindya Mahadew veut agrandir le business, mais elle manque de main-d’œuvre. Toutefois, elle ne souhaite pas recruter des personnes de l'extérieur de son milieu familial, de peur que ça ne marche pas. Elle dit craindre des problèmes de comportement et de mentalités. Même si son but avoué est de créer des emplois pour les femmes, elle n'est pas pressée de le faire.
« Il faut s'habituer avec les étrangers d'abord, avant de les engager. Si nous arrivons à grandir notre business, il va falloir recruter pour pouvoir honorer nos commandes. Nous ne pourrons faire autrement, mais il nous faut un emplacement convenable donnant sur la route principale. Il faut aussi voir du côté de la compétition, car même si le business marche bien aujourd'hui, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Il faut bien réfléchir avant de prendre des risques. Nous aurions aussi besoin de finances et d'investissements, mais ce ne sera pas pour l'immédiat. Nous nous contentons, pour l'instant, d'honorer nos commandes que nous obtenons de toutes les régions du pays », souligne notre interlocutrice.
Volonté
Bindya Mahadew affirme avoir persévéré, car rien n'est facile dans la vie. Sa société coopérative « fonctionne à merveille », bien que beaucoup d'autres sociétés coopératives ne vivent que quelques mois avant de mettre la clé sous le paillasson à cause de mauvaise gestion. Selon elle, il n'est pas facile de regrouper cinq personnes de différents caractères et de regarder dans la même direction. Les choses peuvent se gâter entre elles s'il y a des disputes et des conflits. Bindya Mahadew a été témoin de telles disputes durant la décennie passée dans le domaine. Si certaines femmes sont débrouillardes, il y en a d'autres, avoue-t-elle, « qui se déclarent entrepreneures, mais sont paresseuses ». Elle poursuit : « Zot atann bizness vinn kot zot dan lakaz. Il faut toujours faire des efforts, malgré les difficultés qui se présentent au début. Si vous avez la volonté de persévérer, vous allez réussir. Si vous voulez progresser dans la vie, vous allez le faire, malgré les difficultés ». Pour elle, se lier au mouvement coopératif donne une certaine valeur à sa vie. « Il y a des risques à prendre, mais ils vous font grandir », conclut-elle.