ENVIRONNEMENT - CHINE : Un ex-braconnier à l’aide des derniers tigres

Il y a treize ans encore, Liang Fengen vivait de son braconnage, n’ayant alors aucun scrupule à abattre ses victimes. Depuis, il s’est transformé en garde forestier. Une reconversion qu’il dédie aux derniers tigres de Sibérie, qu’il espère sauver de l’extinction.
C’était un chasseur sans scrupule qui n’hésitait pas à tuer une ourse devant ses petits. Aujourd’hui, il arpente sans fusil les montagnes du nord-est de la Chine avec une mission : protéger les derniers tigres de Sibérie encore en liberté dans le pays le plus peuplé du monde.
Depuis qu’il a remisé sa carabine voilà treize ans, Liang Fengen n’a pas croisé une seule fois le fameux tigre qu’il est censé protéger. Et pour cause : il n’en resterait que 540 à l’état sauvage sur une zone immense répartie entre le nord-est de la Chine, l’Extrême-Orient russe et peut-être même la Corée du Nord.
M. Liang, 61 ans, doit se contenter de traquer déjections et traces de pattes du tigre de Sibérie, le plus gros félin répertorié à la surface du globe. Un mâle peut faire plus de 3,5 mètres de long, avoir une taille de 1,20 mètre au garrot et peser jusqu’à 350 kilos.
“Quand je repense à ce que je faisais, c’était vraiment cruel”, admet l’ancien braconnier, qui vit dans une petite maison au pied des montagnes de la province du Heilongjiang, frontalière de la Russie. Sa conversion a été rendue possible par les efforts d’associations comme le Fonds mondial pour la nature (WWF), qui cherchent à mettre à profit la connaissance du terrain d’anciens braconniers.

Braconnier de nuit.
Chaque matin à l’aube, le garde forestier entame sa randonnée quotidienne à la recherche d’indices qui permettront aux zoologistes d’estimer où en sont les derniers tigres et surtout leurs proies : une carcasse de chevreuil dévoré ici, des crottes de sanglier là… Le tigre de Sibérie a bien failli disparaître dans les années 1940, quand il n’en existait plus qu’une quarantaine d’individus.
Ce félin colossal reste “en grand danger d’extinction”, menacé par les braconniers qui cherchent à vendre à bon prix ses os – prisés de la pharmacopée traditionnelle – et prélèvent les autres animaux dont le tigre se nourrit. Liang Fengen parcourt la forêt en tenue de camouflage. L’hiver, il doit braver une température qui descend allègrement sous les -30 degrés.
Les déjections de tigre qu’il recueille sont utilisées pour détecter l’ADN des animaux. M. Liang est équipé d’un GPS qui lui permet d’indiquer exactement où se trouvent les différents indices qu’il a trouvés – une façon de suivre les trajets parcourus par les fauves.
Le terrain n’a pas de secret pour ce nouvel ami des tigres, qui parcourait la montagne dès l’enfance, chassant l’ours et le sanglier pour s’amuser mais surtout pour survivre. Durant les pénuries alimentaires de l’ère maoïste, sa famille avait toujours suffisamment à manger grâce aux sangliers que Liang et son père rapportaient à la maison. “Pour moi, les animaux étaient là pour être abattus”, dit-il. “Et puis petit à petit, j’ai changé.”
Le changement fut assurément très progressif : recruté comme garde en 2004 par le Bureau des forêts de Suiyang, il reprenait subrepticement la nuit son ancien métier de braconnier… Mais sa reconversion n’est pas passée inaperçue. “Tout le monde savait dans le pays que Liang était le meilleur des braconniers”, raconte Jin Yongchao, un responsable du bureau du WWF pour le nord-est de la Chine. Quand il a changé de métier, “ça a influencé beaucoup de monde”.

Alcool à base… d’os.
D’après M. Jin, dans la seule province du Heilongjiang, une trentaine de chasseurs ont comme lui troqué le fusil pour l’uniforme du garde forestier. Quant à Liang Fengen, il a la foi du converti. “Tant que mes jambes me portent et que le Bureau des forêts a besoin de moi, je continuerai à protéger les tigres de toutes mes forces”, promet le sexagénaire.
La Chine compte aussi quelque 200 élevages de tigres de Sibérie, dont beaucoup font polémique. Comme le parc de Hengdaohezi, où un canard vivant est amené à l’aide d’un câble au-dessus d’un bassin où évoluent des tigres. Quand le câble lâche le malheureux volatile, ce dernier atterrit dans la gueule d’un tigre affamé, pour la plus grande joie des visiteurs qui mitraillent la scène à l’aide de leurs smartphones.
“Nous sommes les meilleurs spécialistes mondiaux de la reproduction des tigres de Sibérie”, assure Liu Changhai, le patron du parc, qui se félicite de la naissance de cinquante petits en avril dernier. Mais son parc et d’autres élevages chinois sont critiqués par les écologistes, qui n’y voient que de vulgaires “fermes à tigres”, exploitant les félins à des fins mercantiles, sans se soucier de les relâcher dans la nature.
À Harbin, la capitale de la province du Heilongjiang, un autre parc se vante de détenir la plus grande ménagerie mondiale de tigres de Sibérie, avec plus de 500 animaux. Les tigres sont présentés lors de spectacles de dressage et les visiteurs se passent les petits de main en main.
Des militants écologistes soupçonnent les élevages de vendre les fourrures et les os des tigres après leur mort. L’alcool à base d’os de tigre est recherché en Asie pour ses présumées vertus médicinales, bien que le commerce des os de tigres soit interdit depuis 1993. Liu Changhai dément que son élevage ait d’autre objectif que la remise en liberté des animaux. “C’est notre souhait le plus cher”, assure-t-il.

ANTARCTIQUE
Famine chez les bébés manchots

Selon des scientifiques, la quasi-totalité des poussins d’une colonie qu’ils observaient en terre Adélie a succombé à la faim au début de l’année. Tous ont succombé, sauf deux poussins. Plusieurs milliers de bébés, issus d’une colonie de 18,000 couples de manchots, sont morts de faim cette année, après la dernière saison de reproduction (entre fin 2016 et début 2017).
La découverte a été effectuée par des scientifiques français du CNRS, dans ce groupe qui vivait sur l’île de Petrels, en terre Adélie. Hormis les deux bébés manchots survivants, ils n’ont retrouvé que des corps d’animaux affamés et des œufs non-éclos. Ces chercheurs, soutenus par le Fonds mondial pour la nature (WWF), observaient depuis 2010 cette colonie. Selon eux, l’étendue inhabituelle de la banquise a contraint les parents à aller plus loin chercher leur nourriture. Leur progéniture a succombé à la faim.
Selon les spécialistes, c’est la seconde fois en quatre ans qu’une telle hécatombe se produit, alors qu’en cinquante ans d’observation, aucune mort de ce type n’avait été constatée à cette échelle. Lorsqu’un tel événement s’était produit en 2013, les scientifiques du CNRS à l’origine de la macabre découverte – dont le chercheur français Yan Ropert-Coudert, qui observait cette colonie alors constituée de plus de 20,000 couples – avaient estimé que cette mort était due à l’accumulation record de glaciers, à un “épisode pluvieux sans précédent”, ainsi qu’à une rapide baisse des températures.
Face à cette configuration à laquelle ils n’étaient pas habitués, les pingouins, contraints de parcourir 110 km de plus pour trouver de quoi se nourrir, étaient décédés ou n’avaient pu revenir à temps pour s’occuper de leurs enfants. Enfin, la pluie avait laissé les poussins trempés, alors qu’ils doivent rester au chaud pour espérer survivre.
Selon Yan Ropert-Coudert, en 2010, un glacier nommé Mertz s’est brisé, avec pour conséquence des changements environnementaux. “Les conditions sont réunies pour que cela se reproduise plus fréquemment à cause de la rupture du glacier Mertz en 2010, qui a changé la configuration de la mer devant la colonie”, a-t-il dit. Mais “d’autres facteurs doivent être réunis pour avoir une année zéro”, a ajouté le chercheur, citant les niveaux de la température, la direction et la force du vent, l’absence de polynie, poche d’eau libre au milieu de la banquise.