ENVIRONNEMENT - ESPÈCES MARINES : Les petits rougets se font rares dans les lagons

Mais où sont passés les petits rougets ? Ces poissons dont beaucoup de Mauriciens raffolent en friture manquent à l’appel cette année dans certaines régions de l’île, à l’instar d’Albion, Pointe aux Sables, Cassis, Poudre D’Or, Pointe des Lascars ou Goodlands. Les autorités, elles, affirment n’avoir rien remarqué d’anormal. Or, le constat est là. D’aucuns remarquent que les petits rougets sont nettement moins nombreux que les années précédentes.
Si à chaque début d’année, les lagons sont submergés de pêcheurs qui attrapent des petits rougets par milliers, cette année la pêche a été pauvre dans plusieurs endroits de l’île, en particulier dans le nord-ouest du pays. “Ki pou al lapes ? Kouma linn rentre bann la inn pass lasenn ar li. Mo abitie al rod krab kan la mer sek. Avan kan mo marse mo truv rouze partou. Sa lane la pann trouve mem”, confie un amateur de pêche de Pointe aux Sables. À Albion, même constat. “Tou le lane mo al lapes et sak fwa mo amenn par santenn lakaz. Sa lane mo pann gagn okenn”, se lamente un amateur de pêche. À Cassis également, la frustration est grande. “Il n’y a pas de rougets. C’est très bizarre. D’habitude il y a plein de gens qui en pêchent à partir de février mais je n’ai pas vu personne en attraper cette année”, témoigne un pêcheur de l’endroit.

 
Un manque qui affecte tout l’écosystème des lagons car le rouget est un des éléments essentiels de la chaîne alimentaire. En effet, ces petits poissons sont la nourriture préférée de beaucoup de poissons carnivores comme la carangue, le capitaine ou le batardé. Avec moins de rougets dans nos lagons, ces poissons préfèrent aller chasser en pleine mer. Du coup, la pêche à la senne dans le lagon en pâtit.
Quant aux raisons de ce manque de rougets dans les lagons, les avis divergent. Certains pensent que c’est la pollution qui en est la cause principale. “La pollution venant du port est responsable, à mon avis. L’eau est toujours sale dans les villages avoisinants.” D’autres l’attribuent au braconnage qui se fait souvent au vu et au su des autorités. “Bann la inn grat ti rouze la ar la senn 3 dwa depi linn rantre komansman lane. Nepli ena ditou”, confie un pêcheur de Poudre D’Or. Dans le nord-ouest, notamment à Pointe aux Sables, c’est le même constat. Dès que les petits rougets sont entrés dans le lagon, des braconniers ont jeté leur dévolu sur eux à coups de filets. “C’était un massacre en début d’année. J’ai vu des gens passer des filets jour et nuit. Pour moi il est normal qu’il n’y en ait plus.”

De 1 500 tonnes à 600 tonnes en 10 ans.
Si les autorités disent ne pas avoir remarqué ce manque, elles admettent cependant qu’il y a une nette diminution des prises dans le lagon. “10 ans de cela, nous pêchions entre 1 000 et 1 500 tonnes de poisson par an. Il y a eu une baisse considérable ces dernières années. L’année dernière nous n’en avions pêché que 600 tonnes”, informe Lindsay Mootoosamy, Divisional Officer au Centre de recherche d’Albion.

La vallée de Ferney, nouveau nid du pigeon rose
Le jeudi 22 juin dernier, 12 pigeons des mares ont été relâchés dans la vallée de Ferney. Une initiative du groupe Ciel en collaboration avec la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) et le National Parcs Conservation Service (NPCS), et qui bénéficie du soutien financier du GEF Small Grants Programme du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Ces 12 oiseaux viennent s’ajouter aux 18 de la même espèce déjà relâchés depuis le début de l’année avec comme objectif d’y créer une sous-population d’au moins une centaine de pigeons.
Il s’agit d’un pas de plus dans le projet de sauvegarder ce pigeon endémique de Maurice, dont la survie ne pourra être assurée qu’en augmentant sa population et en créant des sous-populations dans des endroits différents. “La population actuelle est de 350 pigeons répartis dans le Parc national et sur l’île aux Aigrettes. La vallée de Ferney sera ainsi la huitième. Il est important de créer ces sous-populations. Quand tous les oiseaux sont dans un même endroit, s’il y a une maladie ou une catastrophe naturelle, il y a un risque que l’espèce disparaisse”, dit Nicolas Zuël de la MWF.
Si la vallée de Ferney a été choisie pour cette relâche, c’est en raison de la bonne qualité de forêt qu’on y trouve et qui devrait permettre au pigeon rose de se reproduire et s’épanouir. “Auparavant il y avait des pigeons roses. L’habitat est donc déjà là, avec une bonne canopée et pas trop d’espèces exotiques. Les pigeons ont besoin d’une forêt assez mature avec de grands arbres et une canopée fermée pour pouvoir faire leur nid et se nourrir”, explique Nicolas Zuël. Dans les années à venir, des pigeons des mares pourraient également être relâchés à Bras d’Eau, Chamarel ou encore dans la vallée d’Osterlog. Rappelons que la grosse cateau verte avait été relâchée l’année dernière au même endroit alors que le merle cuisinier, une autre espèce endémique de Maurice, y a également élu domicile.

Mathieu Malherbe récompensé pour son projet sur les geckos endémiques
Mathieu Malherbe, 24 ans, Conservation & Research Officer à Casela, a récemment obtenu le Best Paper Award à la conférence annuelle de la Pan-African Association of Zoos and Aquariums (PAAZA), qui s’est tenue en mai dernier. Sa présentation était axée sur un projet de conservation sur les geckos diurnes endémiques de Maurice qui, rappelons-le, sont des espèces en danger d’extinction.
Phelsuma guimbeaui.
Sa présentation est en fait basée sur un projet actuel sur lequel il travaille à Casela et qui tient en trois points : la reproduction des geckos, un programme de reforestation ainsi qu’un programme d’éducation et de sensibilisation. “On va essayer de faire se reproduire ces espèces de geckos endémiques. On a déjà le Ornate Day Gecko qu’on a placé dans des terrariums en plastique mais nous voudrions surtout travailler sur le Phelsuma Guimbeaui qui est notre espèce de gecko la plus en danger. D’après les estimations, il devrait n’en rester que 200 à Maurice, répartis en 30 sous-populations, sachant qu’une sous-population équivaudrait à un arbre. On a la chance d’avoir une sous-population à Casela mais il demeure assez dur à capturer”, explique-t-il.
Mathieu Malherbe explique que beaucoup d’éléments font que nos geckos endémiques sont en danger d’extinction. “L’arrivée des espèces envahissantes notamment à travers le marché d’animaux de compagnie provoque le déclin de nos geckos. Les caméléons et les geckos de Madagascar, par exemple, entrent en compétition directe avec nos geckos endémiques en ce qu’il s’agit d’habitat et de nourriture. Sans compter la prédation dont ils sont victimes de la part de certaines de ces espèces exotiques. Notre but est d’aider nos geckos à agrandir leur population et ainsi améliorer leurs chances de survie mais aussi d’éduquer la population mauricienne sur nos écosystèmes.”
Terrariums.
Selon le Conservation & Research Officer, d’ici trois à cinq ans, les terrariums de Casela auront produit suffisamment de geckos pour envisager leur réintroduction dans la nature alors que le projet éducatif et de sensibilisation pourra démarrer dès cette année.
Notons que les fonctions de Mathieu Malherbe à Casela sont de s’occuper des animaux en danger du parc, de créer des programmes de reproduction et de sensibiliser les visiteurs aux dangers que rencontrent les différents écosystèmes.
Mathieu Malherbe était parti en France dans le but de devenir vétérinaire. En découvrant l’éthologie, qui est l’étude du comportement animal et humain, il décide de changer de filière. Il est détenteur d’une licence en biologie des organismes, des populations et des écosystèmes et également d’un master en éthologie appliquée. Il avait déjà travaillé sur l’Orante Day Gecko au sein de la Mauritian Wildlife Foundation lors d’un stage en préparation de son master.

Pointe aux Caves
1er juillet : manifestation en mer et sur terre

Le Kolektif Say No to Petroleum Hub, avec la collaboration de nombreuses associations et ONG, organise le samedi 1er juillet à partir de 15 h, sur le site identifié pour la construction du petroleum hub à côté du phare d’Albion, un grand rassemblement citoyen. Cela, afin d’amener les dirigeants politiques à prendre conscience du danger d’un tel projet. “Nous allons montrer au gouvernement que nous ne sommes pas d’accord et qu’il y a tout un peuple qui est réuni contre ce projet”, explique Jean-José Bax, un des porte-parole du Kolektif Say No to Petroleum Hub. Le collectif s’insurge également de l’opacité qui règne autour du projet et du fait que les autorités ignorent toutes ses sollicitations et requêtes. “Face au mutisme du gouvernement sur ce projet, le collectif, fort des informations qu’il est parvenu à glaner, dévoilera ce jour-là une impression 3D du projet. Les Mauriciens pourront dès lors découvrir ce que le gouvernement leur cache depuis plusieurs mois maintenant”.
Si un rassemblement est prévu sur la terre, des kayakistes seront également présents dans l’eau afin de montrer leur opposition à ce projet. Patrick Haberland invite ainsi les kayakistes à se joindre à lui ce jour-là. “C’est un endroit unique que beaucoup d’athlètes utilisent pour beaucoup de disciplines telles que la marche, le VTT, l’escalade, la plongée ou le kayak, un atout extraordinaire pour le sport de plein air. De plus, régulièrement on voit des raies et des dauphins à cet endroit. C’est un endroit à préserver. J’invite les kayakistes à se joindre à nous le 1er juillet.”
Des groupes de VTT et d’escalade, entre autres, seront également présents. Deux artistes engagés, Désiré François et Bruno Raya, se produiront sur scène ce jour-là.