Site touristique et patrimonial incontournable, le Jardin de Pamplemousses a perdu ses attraits au fil des années. À maintes reprises, ici même dans nos colonnes, l’alerte a été donnée pour « Sov nou jardin » au vu de la disparition de plusieurs espèces végétales ou encore des nénuphars en proie à une invasion d’escargots. En dépit des quelques mesures annoncées par le Sir Seewoosagur Ramgoolam Botanical Garden Trust (SSRBGT), il y a deux ans, l’état dans lequel se trouve le jardin contraint aujourd’hui les autorités à avoir recours à l’ingénieur horticole, jardinier-paysagiste de renommée internationale, Gilles Clément pour une évaluation. Lequel est d’avis que « le jardin n’est pas en état de dégradation mais de stagnation » en raison, selon lui, d’une mauvaise administration du jardin, ces 15 dernières années.
Lors d’un point de presse, vendredi, Gilles Clément a livré ses premières observations qui feront l’objet d’un rapport qu’il soumettra dans un mois. Il tire la sonnette d’alarme sur la mauvaise qualité de l’eau dans le bassin principal des nénuphars. Une situation qui dépasse le cadre du jardin et relève de la qualité de l’eau « disqualifiée biologiquement » dans la région. Selon l’expert, cela découle de la façon dont on s’occupe des terrains agricoles ainsi que de l’eau grise provenant notamment des maisons de la localité qui rejoint le courant d’eau et pollue le bassin. D’où son appel pour que les autorités réagissent à cette urgence qui est de revoir le système de filtrage d’eau dans la région.
Pour l’ingénieur horticole, jardinier-paysagiste, « la situation au Jardin de Pamplemousses n’est pas irréversible. » Après une semaine d’observation sur le lieu, il dit avoir constaté de nombreux changements en déphasage avec le rôle botanique du Jardin, dont l’asphaltage des allées, le nivellement du sol aux abords des canaux, le non-entretien de certains sites, mais aussi des stèles au-devant des plantes mises en terre par certaines personnalités « qui donnent un aspect de cimetière » au Jardin de Pamplemousses. Il a ainsi élaboré les grandes lignes d’un rapport qui établira les mesures concrètes qui doivent être enclenchées afin de donner au Jardin sa dimension internationale et de le réhabiliter en tant que lieu de conservation. Parmi les mesures préconisées :
– l’aspect paysagé, avec également le désasphaltage des allées et une harmonisation des panneaux signalétiques
– le redéfinition du contenu
– le point pédagogique, visant à ce que le Jardin soit en liaison avec différents centres de recherche internationaux dans le monde
– la charte graphique
– les produits dérivés avec un point magasin où le public peut accéder aux documents sur l’histoire du Jardin, ses plantes, les hommes de renom liés au lieu
 – la mise en place d’un coin restauration
– la possibilité de vendre des produits qui seraient fabriqués au Jardin
– le contenu du Jardin
– le personnel, dont de vrais jardiniers qui ne sont pas des techniciens de service, et également les guides qui méritent une formation adéquate et d’être constamment associés au Jardin.
S’agissant de la sécurité, Gilles Clément est d’avis que le Jardin de Pamplemousses est assez sûr comme endroit. S’il déplore le vol des tortues, il estime que les caméras ne sont pas forcément utiles. Outre d’enlever le grillage qui clôt les tortues et les cerfs, il conseille une sensibilisation du public au respect de l’environnement. Idem en ce qu’il s’agit des chiens errants qui, pour lui, ne sont pas un danger pour les visiteurs.
L’expert recommande aussi la création d’une pépinière, avec les espèces de plantes typiques à Maurice, qui fera du Jardin de Pamplemousses un Observatoire botanique de l’océan Indien.