ENVIRONNEMENT - SENSIBILISATION MARINE : L’homme qui volait dans l’océan

Il ne nage pas, il vole. Pierre Frolla a en effet décidé de côtoyer les grands animaux marins en s’en approchant de très près. Raison pour laquelle cet athlète a opté pour le wingsuit, discipline qu’il aura adaptée afin de “planer” dans l’océan.
C’est l’histoire d’un champion qui a décidé de faire de la plongée autrement, pour approcher au plus près les grands animaux marins. Un rêve devenu réalité grâce à une idée de génie : s’inspirer de la discipline du wingsuit pour planer dans l’océan. Entre 1996 et 2007, Pierre Frolla, né à Monaco il y a 42 ans, est d’abord athlète de haut niveau. Il enchaîne les records en apnée. Quatre de France, deux d’Europe et encore quatre au niveau mondial.
Puis, las de cette “recordite” comme il dit, il prend conscience de la nécessité de sensibiliser le public à la fragilité du milieu marin. “Mais je voulais le faire de façon différente de gens tels que Nicolas Hulot, en continuant à plonger et en cherchant à aller au contact des plus gros animaux, cachalots, raies manta ou requins, pour réaliser des choses qui touchent les gens”, confie-t-il.
Il crée alors plusieurs écoles de plongée en apnée ou en scaphandre à Monaco, tournées vers cette thématique environnementale et ouvertes aux enfants dès l’âge de 8 ans. La dernière, inaugurée en 2013 avec la princesse Charlène, est dédiée au sauvetage en mer.
Mais Pierre Frolla ne veut pas se limiter aux sorties avec les enfants de ces écoles. Avec une marque leader dans le domaine de la plongée, il développe d’abord une combinaison dans un souci esthétique, avant d’imaginer un produit lui permettant de pratiquer différemment sa discipline.

Oiseau ou poisson ?
Amateur de chute libre, il a suivi avec intérêt l’essor du wingsuit, ce sport qui consiste à décoller d’une falaise et à voler comme un oiseau. Il décide alors de s’en inspirer pour sa combinaison. “Pouvoir ne faire aucun effort et parcourir en apnée de longues distances”, tel est l’objectif.
Un premier prototype est conçu il y a quatre ans. La combinaison en néoprène couvre le corps et se déploie aussi entre les jambes et sous les bras. “C’était super pour glisser en descendant. Mais sans mes palmes, j’avais toujours besoin de quelqu’un pour me remonter”, explique le quadragénaire.
Ces derniers mois, Pierre Frolla a trouvé la solution chez un autre partenaire. Grâce à quatre petites cartouches de gaz de 38 grammes vissées à des percuteurs, qu’il déclenche quelle que soit la profondeur, il peut remonter seul à la surface, aidé par une poche gonflable placée dans le dos, sous la combinaison. L’innovation de son Oceanwings (“ailes pour l’océan”, le nom de sa combinaison) tient donc à la fois à la forme, au procédé de remontée et au matériau utilisé, un néoprène très souple qui permet de moins flotter et donc de glisser plus facilement dans les courants.
La sensation procurée par cette combinaison révolutionnaire, seul Pierre Frolla peut en parler aujourd’hui, car il n’existe que trois prototypes, qui sont tous à sa taille. Et comme il se définit volontiers comme “un sportif, un artiste et un pédagogue, mais pas un commercial”, il s’empresse d’ajouter qu’aucune commercialisation n’est envisagée.
“Le but, c’est de s’approcher au plus près des animaux, sans avoir besoin de faire des mouvements avec les bras et les jambes, et donc d’inverser la tendance : de susciter leur curiosité et de les faire venir à moi”, explique-t-il. Selon la force du courant, la plongée en apnée est plus ou moins rapide (elle dure de trois à quatre minutes), avec l’impression de voler si ce courant est très fort, ou simplement de planer entre deux eaux dans des mers plus calmes.
À terme, Pierre Frolla envisage d’autres usages pour cette innovation : pratiquer des biopsies sur des animaux, les identifier plus aisément et effectuer diverses expérimentations. En attendant, lui qui parcourt toute l’année les plus belles mers du monde pour dispenser son savoir se prend pour un poisson volant dans les eaux turquoise de Monaco.

NICARAGUA : À la rescousse des tapirs
Au Nicaragua, le tapir est en voie de disparition. Quelques passionnés ont décidé de tout faire pour sauver l’espèce. C’est ainsi qu’ils ont mis en place un programme de reproduction dans l’enceinte d’un zoo de Ticuantepe.
Treize tapirs se prélassent dans la broussaille d’un zoo à Ticuantepe, dans l’est du Nicaragua, après avoir dévoré des feuilles et des fruits. Tous sont nés dans le cadre d’un programme de reproduction pour tenter de sauver l’espèce. De couleur brune, ces animaux trapus à courte trompe ont vu le jour dans un espace clos à quelques kilomètres du turbulent volcan Masaya. Ils consomment chaque jour neuf kilos de feuilles, de fruits et d’aliments pour chevaux, sont pesés régulièrement et surveillés avec des caméras.
Un programme de reproduction aux petits soins, dirigé par l’expert en faune sauvage Eduardo Sacasa. “Ici, ils sont bien alimentés”, souligne-t-il. À tel point que Pamka, un mâle de trois ans qui jouit d’un grand enclos arboré, a été mis au régime “car il est très gros”.
Lui et ses douze congénères ignorent qu’au dehors le danger les guette : il ne reste plus au Nicaragua que 800 tapirs de Baird, l’une des cinq espèces au monde et le plus grand mammifère d’Amérique centrale. Le tapir de Baird est classé en danger d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
C’est même le quadrupède “le plus menacé” de disparition au Nicaragua, relève M. Sacasa, “en raison de la déforestation à tout va, de l’avancée des terres agricoles, de la vente illégale et de la chasse (illégale elle aussi), car la population les mange”. Vivant dans la jungle de la côte Caraïbe, cet animal paisible et herbivore est aussi la proie de félins comme le jaguar et le puma.

Animaux sédentaires.
Alors au zoo de Ticuantepe, on essaie de le reproduire. Non sans mal car le tapir a une longue gestation (14 mois) et ne met au monde qu’un bébé à la fois. Trois femelles sont actuellement enceintes, dont Rosita, douze ans, et Pueblana, neuf ans – chaque tapir a été baptisé. Bientôt Schtroumpf, Maya, Yoltic ou encore Kiwi seront libérés progressivement dans leur milieu naturel.
Mais pour cela, il faut l’assurance qu’ils ne seront pas exterminés, prévient Eduardo Sacasa. Ainsi, un couple devait être relâché il y a trois ans, mais au dernier moment l’opération avait dû être annulée, les conditions de sécurité ayant été jugées insuffisantes.
Tilba, un mâle de deux ans supposé s’adapter plus facilement en raison de son jeune âge, doit effectuer bientôt son entrée en scène : l’armée le transportera par hélicoptère jusqu’à une réserve de la côte Caraïbe, difficile d’accès par voie terrestre. Là-bas, l’équipe du programme de conservation a repéré une femelle avec laquelle il pourrait se mettre en ménage.
Eduardo Sacasa a commencé à étudier le comportement des tapirs il y a vingt ans avec un expert de l’université américaine du Michigan, Christopher Jordan, en mettant en place un suivi des animaux grâce à des colliers satellitaires et 150 caméras placées dans la jungle. Son ambition ? Développer encore le programme de conservation et “présenter au gouvernement les alternatives pour sauver le tapir”.

Danger immédiat.
À l’échelle de l’Amérique centrale, il resterait environ 3,000 tapirs de Baird, selon les organisations de défense de l’environnement. Un chiffre qui pourrait chuter de 80% dans les prochaines années “si des mesures de conservation ne sont pas mises en place”, s’alarme l’UICN dans un rapport, alors que cette population a déjà “diminué de plus de 50% au cours des trois dernières générations”.
Ces animaux à la petite trompe, qui leur sert à attraper de la nourriture, pèsent 200 à 300 kilos, vivent entre 15 et 40 ans et sont plutôt sédentaires, se déplaçant dans un rayon de seulement neuf kilomètres. S’attaquer à leur lieu de vie les met directement en danger. Or, plus de 70% des zones forestières d’Amérique centrale ont disparu en 40 ans, victimes de la déforestation ou d’altérations, selon l’UICN. Et le tapir a aussi été “constamment chassé”, prisé notamment pour son cuir mais aussi pour sa chair.
Au Nicaragua, les tapirs qui vivaient dans les régions de la côte Pacifique ont déjà disparu, explique à l’AFP le géographe Jaime Incer, conseiller du gouvernement sur les thèmes environnementaux. Le phénomène risque de s’accentuer encore car le pays perd chaque année 50,000 à 60,000 hectares de forêts, dit-il.
Le tapir est l’un des 28 mammifères menacés par la dégradation de l’écosystème nicaraguayen, comme le fourmilier, le jaguar, le puma, le singe hurleur ou le sapajou capucin, selon Eduardo Sacasa. Le projet pharaonique de canal du Nicaragua, qui traversera le pays de part en part pour faire concurrence au canal de Panama, ne va pas arranger la situation, s’inquiètent les écologistes. Ce chantier long de 278 kilomètres affectera 17 espèces en danger, dont le tapir, admet le rapport d’impact environnemental du groupe chinois HKND, son promoteur.