ÉRIC JURET : Blanc-Blanc, l’homme aux talents multiples

Le Réunionnais Éric Juret, qu’on surnomme Blanc-Blanc depuis sa jeunesse, était à Maurice ces derniers jours pour officier en tant qu’ingénieur du son pour le concert The Mauritian Tribute to Pink Floyd. Une pointure dans le domaine, il a cependant délaissé ce métier depuis plusieurs années pour se consacrer à d’autres projets notamment en tant que directeur du Théâtre du Tampon. Il est également directeur du IOMMA et chanteur dans un groupe de hard rock. Rencontre.
Avec Éric Juret, l’expression avoir plusieurs cordes à son arc pend tout son sens. Nouvellement nommé directeur du Théâtre Luc Donat au Tampon, l’homme de 52 ans est aussi directeur du IOMMA, accessoirement chanteur dans le groupe de hard rock Nazca, et tourneur – il a notamment lancé le festival “La Nuit des virtuoses”, qui voit des instrumentistes de très haut niveau se produire à l’île sœur, ou encore fait venir Steve Lukather, le célèbre guitariste du groupe Toto. Sans compter ses passages de temps à autre derrière la console pour embrasser de nouveau sa passion d’ingénieur du son, métier qu’il a exercé pendant 25 ans. “Je ne le fais quasiment plus sauf en quelques occasions. Je l’ai fait pour Meddy Gerville par amitié et depuis dix ans pour un festival au Zimbabwe, le HIFA.”
Blanc-Blanc.
Après avoir travaillé comme ingénieur son pendant 25 ans, Éric Juret a mis sa passion de côté pour se consacrer à la direction artistique, notamment au Théâtre Luc Donat du Tampon où il a été assistant directeur pendant de longues années avant qu’on le lui cède les rênes de la direction en début d’année. Grand fan de Pink Floyd et grand ami de Thibault de Robillard qui a souvent joué au sein de Nazca, Éric Juret ne pouvait refuser l’opportunité de retourner à ses premières amours pour le concert hommage à Pink Floyd prévu à Casela le samedi 1er juillet. “C’est un challenge, dans les concerts de Pink Floyd, il y a beaucoup d’instruments, de voix et d’effets à gérer”. Il tient à signaler que son travail a été facilité par une astuce trouvée par le guitariste mauricien. “Thibault a mis un processeur vocal à disposition de chacun des chanteurs sur scène, ce qui leur permet de déclencher eux-mêmes les délais (écho) dont ils ont besoin pour des passages spécifiques. Sans cela, j’aurais eu besoin d’une deuxième personne pour gérer toutes les subtilités. Donc, il y a une partie des effets que je ne vais pas gérer du tout. C’est un bonheur en fait”, sourit-il.
Si on le surnomme Blanc-Blanc à La Réunion, c’est en raison des tenues de sport qu’il portait lorsqu’il jouait au football avec ses amis. “Avant d’aller à La Réunion en 1976, je vivais en Guyane française. Là-bas, je jouais au tennis et, à cette époque-là, il fallait être habillé tout en blanc. Quand je suis arrivé à La Réunion, j’ai arrêté le tennis et je suis allé jouer au foot et je continuais à m’habiller en blanc puisque c’étaient les seules tenues de sport que j’avais. J’étais le mec en blanc, quelqu’un a dû dire “blanc-blanc” et c’est resté”, relate-il.
“Dans ce métier, c’est le savoir être qui est important.”
S’il répond encore une fois à l’appel de la sono, c’est qu’il se passionne pour ce métier qu’il a pratiqué pendant environ 25 ans. “J’adore ce métier-là, c’est une vraie passion. Ça a été mon premier métier. J’ai eu l’occasion de faire de belles choses comme de mixer l’album Diego pour Cassiya et également m’occuper du son dans certains de leurs concerts. J’ai aussi travaillé avec Patrick Pontgahet, Percy Arouff, Jenny Mackay, Robert Duvergé ou encore Jean-Michel Pouzet. J’ai fait des comédies musicals au Plaza aussi bien que des concerts et des festivals à Maurice”, dit-il.
Pour Éric Juret, le métier d’ingénieur du son est un maillon essentiel dans la musique ou toute autre discipline qui nécessite sa participation comme le théâtre. “Il faut être diplomate. Il faut savoir communiquer avec les gens avec qui tu travailles. Dans ce métier,c’est le savoir être qui est important. Je dis toujours aux ingénieurs du son que quand un groupe vient sur scène, c’est vous qui êtes responsables de leur son. C’est comme une maman qui vous confie son bébé. C’est une responsabilité énorme. C’est sa musique, c’est son projet. L’ingénieur du son est responsable de cela, il peut très bien détruire ce truc-là s’il n’est pas consciencieux.”
Chanteur de hard rock.
En sus de cela, Blanc-Blanc pense que ce n’est pas la taille de la console de son qui fait un bon ingénieur son. “Certes, il faut connaître les machines et savoir s’en servir mais les machines ne restent que des outils. Il ne faut pas s’enfermer sur un type d’appareil. Il faut savoir aller à l’essentiel, il faut que le son ne soit pas trop fort et que les gens entendent ce qu’ils ont besoin d’entendre. Ça sert à rien d’avoir une grosse console, on peut très bien faire un excellent travail avec une petite console. Ce n’est pas compliqué, c’est juste une histoire de bien comprendre ce pourquoi on est là.”
Hormis ses consoles de son, Éric Juret est également chanteur au sein du groupe de hard-rock Nazca. Groupe qui prépare d’ailleurs la sortie de son nouvel album qui devrait intervenir dès cette année. “Nous avons lancé deux albums jusqu’ici avant de faire une longue pause lorsque les membres ont dû se consacrer à leurs métiers respectifs. Avec Nazca on fait du hard rock. Le nom du groupe est en fait une ville au Pérou connue pour ses géoglyphes. J’aime bien les groupes qui portent le nom de villes ou d’États comme Kansas ou Chicago. Dans le groupe je faisais de la basse et je chantais en même temps. On a longtemps essayé de trouver un chanteur. On n’a pas trouvé un chanteur mais on a trouvé un bassiste, du coup je suis resté au chant. Finalement ça me va bien, je suis très content de chanter.”
Outre son rôle de directeur de théâtre, sa formation d’ingénieur son et son statut de chanteur de rock, Éric Juret est également directeur du Marché des Musiques de l’Océan Indien (IOMMA). Une autre responsabilité qu’il prend plaisir à avoir et qui rejoint son amour pour la musique. “Je ne fais pas tout ça pour dire que je fais plein de trucs. Tout est lié, c’est l’amour que j’ai pour la musique que j’ai décliné en plusieurs compétences.” Il souligne d’ailleurs qu’il est prévu que l’IOMMA envoie des formateurs d’ingénieur son à Maurice prochainement.

La Nuit des virtuoses.
Blanc-Blanc est également à l’initiative de La Nuit des virtuoses, un festival dédié aux instruments de musique qui a fêté cette année ses dix ans d’existence. “Le festival vise à mettre en lumière les musiciens, enlever le chanteur et dire aux gens qu’il y a des gens très talentueux derrière. On voulait proposer au public réunionnais des musiciens de très haut niveau qui viennent du monde entier. Cette année, on a eu quelqu’un qui joue sur des verres. C’était exceptionnel. Nous avons aussi accueilli Jacob Collier, un génie du jazz qui joue de plusieurs instruments et qui est un excellent compositeur. Il a été découvert et est produit par Quincy Jones lui-même. Il faut dire que ce festival est ouvert à tout type d’instruments et tout style de musique. Ça commence à être bien apprécié, ça a bien pris sa place dans le paysage culturel. Il y a des gens qui pleurent en partant, c’est ça que je recherche moi, de l’émotion. À la fin, je demande à tous les artistes de venir jouer en même temps sur un morceau du répertoire réunionnais. D’ailleurs il n’est pas impossible qu’un jour on fasse un morceau mauricien, c’est une idée qui me vient comme ça, là.”