Plus d’un mois après la disparition soudaine de son fils de 27 ans, Marie Noëlle Marie, 49 ans, ne comprend toujours pas comment le médecin de service de la salle 2-3 de l’hôpital de Flacq a pu faire une erreur monumentale en délivrant un certificat de décès erroné. Si jusqu’ici cette mère de famille de la cité CHA de Bel-Air-Rivière-Sèche, était encore sous le choc et n’a pas réagi plus tôt, elle se révolte depuis qu’elle a saisi la mesure de ce qu’elle qualifie d’erreur capitale, sans compter que, selon les témoignages glanés, son fils Louis Mike Christophe, plus connu comme Kevin, 27 ans, serait mort seul sans aucune considération de la part des infirmiers. D’ailleurs, c’est un voisin qui en rendant visite à son père malade, s’est aperçu du décès de Kevin et a alors alerté les infirmiers avant d’en informer Fabio, le frère du défunt.  
Rencontrée à son humble domicile à Bel-Air-Rivière-Sèche, Marie Noëlle Marie, mère de deux enfants — feu Kevin et Fabio, 23 ans—, ne mâche pas ses mots à l’égard du traitement infligé à son fils. Si le médecin du Casualty de l’hôpital de Flacq l’avait informée de la gravité de l’état de santé de son fils, le 18 octobre, soit le jour de son admission, qui souffrait depuis juin dernier d’une infection pulmonaire des suites de complications liées à la prise de drogue, rien ne laissait présager que ce dernier allait mourir. Si Marie-Noëlle se décide enfin à extérioriser sa colère, ce n’est pas parce qu’elle estime que le décès de Kevin aurait pu être évité. Au contraire dit-elle : « Si ti so ler ek Bon Die inn oulé li, mo aksepter. Mai se pou temoigné ki tretman bann malere gagner dan lopital. Tro gran souffrans pou garde sa pou mwa. »  
En effet, son aîné a été admis le 18 octobre avant d’être admis à la salle 2-3 de l’hôpital. Il souffrait d’une infection pulmonaire. Durant les trois jours suivant, selon Marie-Noëlle, Kevin s’est, il se plaignait qu’il était laissé pour compte sur son lit d’hôpital. « Li dir mwa ki bann infirmiers pas vini kan li apel zot. Li ti pe touffé et pa donn li oxygen. Laiss li soufer kumsa mem », se souvient-elle douloureusement. Le matin de son décès, soit le 21 octobre, Kevin allait mieux tout comme la veille. Elle lui avait rendu visite le 20, ainsi qu’une tante, le jour fatidique. Vers 8 heures, ce jour-là, un ami rendant visite à un proche, témoignera que les infirmiers de service se sont occupés de tous les patients en salle, sauf Kevin. « Dayer, linn dir zot be kifer zot pas pe okip sa patient la? Ek bann la inn repon: Laiss li plis tard dokter pou passer », raconte Marie-Noëlle.
Plus tard, en début d’après-midi, soit vers 13 heures, une autre connaissance de la localité en visitant son père malade, s’approchera de Kevin pour prendre de ses nouvelles. Sauf qu’il constatera avec stupeur que ce dernier était inerte et ne réagissait pas. « Se sa garson la kinn ale dir bann infirmiers ki mo garson inn mort. Linn sonne mo neveu tout de suite. Lerla mo lotre garson Fabio ek mo neveu inn ale lopital vit vit pou pren le corps », souligne-t-elle.
« Mo pas compran kifer kan ler manze, pann bouge li. »
Sur place, Fabio soutient que le corps de son frère était froid, ce qui laisse supposer qu’il était mort depuis assez longtemps et non vers 13h30 comme atteste le certificat de décès délivré. Or, non seulement les infirmiers se sont montrés hostiles, mais ils parlaient anglais entre eux. Et lorsqu’ils ont constaté que le neveu les comprenait, Marie-Noëlle précise qu’ils se sont alors mis à parler bhojpuri pour qu’il ne les comprenne plus. De plus, elle a du mal à saisir pourquoi les infirmiers ont dit à son fils Fabio et son neveu de s’occuper du corps eux-mêmes alors qu’il devrait y avoir du personnel pour le faire.
Le certificat de décès délivré par le médecin de service attribue la mort à une septicémie des suites de cette infection pulmonaire. Sauf qu’au lieu d’inscrire le 21 octobre, c’est le 21 septembre qui y figure. Face à l’émoi provoqué par le décès de Kevin, le neveu de Marie-Noëlle ne verra pas cette erreur. C’est le coronaire qui, après être venu récupérer la dépouille et entamer les démarches administratives pour l’acte de décès, constatera cette bourde. C’est toujours le coronaire qui avisera le service hospitalier qui rectifiera le tir.
Cinq jours après, Marie-Noëlle se rend à l’hôpital pour rencontrer le surintendant et lui faire part de sa doléance. « Li dir li pou rapel moi, mais 40 zours inn passé, mo enkor pe atan so call », déplore cette dernière. Et d’ajouter sur un ton furibond : « Mo pas compran kifer kan ler manze, pann bouge li. Eski se mwa ki ti pou ale trouver ki mo garson inn mort ler mo ale rann li visite lapre midi? Se seki mo pansé vue ki bann infirmiers pas ti pe pran li compte mem. »  
Cette mère de famille affligée souhaite qu’à travers son histoire, le service hospitalier réserve un meilleur traitement aux « petites gens » comme elle. « Si mo ti ena kass, mo ti pou get avocat pour gagne la zistiss, mais mo pena moyen. Mo ena zis mo leker mama ki pe saigné ek mo la voix », dit-elle, les larmes aux yeux. Soupçonne-t-elle que son fils a été laissé pour compte par ce qu’il était un toxicomane? « Mo pas cone. Mo esperer non. Tou himain bizin gagne soin ki li merite. Tou himain ena drwa so dignité », insiste-t-elle.
C’est en évoquant son affliction et son exaspération devant l’inhumanité du médecin de service et des infirmiers que des gens de bonne foi lui ont conseillé de se rendre à la police et d’adresser une correspondance au ministère de la Santé pour qu’une enquête soit initiée sur les dessous de toute cette histoire. Ce qui ne saurait tarder.
Nous n’avons pu joindre le surintendant de l’hôpital de Flacq.