‘ESSENTIAL SOCIAL INFRASTRUCTURE’: Pour nos enfants des longères

Enfin la bonne nouvelle : la construction de maisons pour les habitants des longères de Baie-du-Tombeau démarre. On y trouve deux longères, les « longères Blancs » et les « longères Tôles ». Les longères Blancs avaient été construites à l’intention des victimes de cyclones. Les longères Tôles sont les maisons faites de bois et de tôle qui s’y sont annexées. Quelque 150 familles ont été recensées, mais, de fait, on y dénombre bien plus. Nous le savons, ce que certains appellent des « squats » sont les pires et les plus dangereux des environnements si l’on tient compte du bien-être même de nos enfants. La grande majorité de ceux qui y habitent sont des survivors, des providers qui luttent pour subvenir à leurs besoins. Notre pays à un 1,3 million âmes n’est pas d’une grande superficie. Idéal donc pour lancer en ces lieux un projet pilote de Universal Basic Income. J’entends les cris d’ONG en recherche constante de fonds et qui n’hésitent pas à clamer : « Mais on va les rendre dépendants.» Le message implicite dans ce contexte : « Donnez-nous ces fonds ». Il est urgent de disposer de tout un groupe à caractère pluridisciplinaire pour plancher sur le Universal Basic Income à Maurice. Mark Zukerberg (Facebook) est un des derniers grands entrepreneurs à proposer cela comme solution en vue de lutter contre la pauvreté. Voir www.basicincome.org.
Tous les enfants naissant dans ce pays ont les mêmes droits. Le gouvernement se doit de les protéger et de leur assurer un environnement pleinement humain. Ils ne sont pas responsables de ce que font leurs parents. Il ne peut exister de no man’s land au sein de notre République. En 2000 je proposais de ne plus parler de « squats » mais de zones d’habitation provisoire ou tout autre nom plus adapté qui serait sous le contrôle d’une instance spécifique. Cette Authority ferait appel aux entreprises et aux ONG pour construire dans chacun de ces lieux une structure légère pouvant répondre aux besoins des habitants. Ce que l’actuel directeur de la National Housing Development Company (NHDC), Gilles l’Entêté, appelle une « Essential Social Infrastructure for the Residents ».
Le premier projet pilote dans cette optique, financé par des donateurs, a été mis en place avec le concours du Lions Club de Quatre Bornes par le biais de leur «Projet Longères» à Baie-du-Tombeau. Conçue par un de leurs membres qui en a supervisé la construction, la structure du centre dédié aux enfants et leurs parents est démontable, comme l’a demandé le directeur de la NHDC. Cette structure sera transférée là où le besoin se fera sentir quand la construction des maisons démarrera dans les longères. Cette « Essential Social Infrastructure for the Residents » est composée de deux conteneurs, d’une grande varangue bien protégée et des facilités connexes.
Ces centres démontables apportent une bouffée d’air frais dans une atmosphère souvent étouffante. Ceux-ci pourraient accueillir dans la journée une garderie d’enfants assurant déjeuner et utilisant des moyens pédagogiques modernes de 9h à 16h30. On pourrait apprendre de l’expérience des Centres Éveil. Le projet Centre Éveil requiert des infrastructures importantes et accueille plus d’une vingtaine d’enfants de 9h à midi, ce qui ne permet malheureusement pas aux mamans de travailler.
Par ailleurs, le Centre Éveil des Longères de Baie-de-Tombeau n’accueille que 9 enfants venant des Longères sur 24. Encore une fois on se retrouve avec un projet pour les enfants les plus en danger qui finit par être utilisé par les moins démunis parce que pas adapté aux conditions de vie des longères. Il est aussi question des exigences des financeurs de projets dans ce contexte. Ceux qui mettraient sur pied ce type de centres doivent en garder un certain contrôle pour s’assurer que toutes les organisations, dont les ONG, qui veulent soutenir les résidents puissent l’utiliser et aussi les déplacer si nécessaire. Un regroupement d’habitants, d’ONG et de mouvements ainsi que ceux qui érigeraient le Centre veilleraient à ce que celui-ci soit utilisé au maximum.
Combien a coûté le centre des longères de Baie-du-Tombeau?
On m’a souvent posé la question. Comme l’indique une lettre en date du 12 juillet 2017 de Marc Yan, Président du Lions Club de Quatre-Bornes, le Centre lui-même a coûté près de Rs 600,000, en excluant les conteneurs, pour le Centre Éveil qui exige avec raison des normes strictes. Si on considère que le centre pourrait être déplacé si nécessaire dans un autre lieu, l’investissement en vaut la peine. Quant aux transferts, on pourrait faire appel aux entreprises de construction, qui pourraient ainsi apporter leur contribution.