À Maurice dans le cadre d’un programme de partage musical, la troupe américaine Soul inscribed a animé un atelier à l’intention de ceux qui fréquentent l’école de musique Sing again (créée par la chanteuse Linzy Bacbotte), le mardi 15 mars, au J&J Auditorium, à Phoenix. Parmi les techniques introduites, le beatbox, une performance vocale de percussions à travers la bouche, les lèvres et la langue.
Ils sont nombreux à avoir répondu présents à l’appel de la troupe américaine Soul inscribed pour un échange musical. Réunis dans la petite salle à l’arrière du bâtiment du J&J auditorium où, depuis le début de l’année, des cours de chant leur sont dispensés, les élèves de l’école de musique Sing again écoute attentivement leurs hôtes. En ce mardi pas comme les autres, à 16h30, Baba les introduit au beatbox. « Move your tongue very fast », lance-t-il. Debout dans un cercle, la petite troupe de Linzy Bacbotte suit les instructions. « Now do some vibrations with your lips. » Ensuite, Baba leur demande d’essayer d’émettre un son. Duv enchaîne avec une démonstration qui allie beatbox et chant.
Les participants sont ensuite invités à se mettre en binôme pour s’exercer à la concentration et au rythme. Un exercice qui semble difficile au départ, mais une fois compris, qui est mieux maîtrisé. Le secret : « Ne pas se laisser distraire et se concentrer sur ce que fait son partenaire. » Baba hausse la difficulté en y introduisant deux autres personnes. L’exercice se fait maintenant à quatre. Après quelques ratages, les stagiaires commencent à se comprendre.
S’ensuivent quelques exercices respiratoires pour mieux comprendre le fonctionnement des organes lorsqu’ils chantent ou jouent d’un instrument à vent. « Blow the air. You will see it is hot air that is coming out… don’t be afraid. Feel your tongue. » Le saxophoniste Sean Nowell leur explique : « When you play saxophone, you use lots of air. Every part of your body has air and it vibrates. » Par la suite, il passe aux tons et à l’harmonie. Pour terminer, la troupe propose un petit spectacle suivi d’un échange sur leur expérience. Des mots inspirants qui pousseraient n’importe qui à s’adonner à sa passion.
« Peu de sommeil et beaucoup de travail, en groupe et en solo », fait ressortir Baba Israël, qui explique les ingrédients pour devenir bon musicien. « Le tout, c’est d’être sincère dans ce qu’on fait », poursuit-il. Pour se faire, Baba livre un de ses secrets aux stagiaires : le “free writing”. « Je vous recommande de pratiquer cette technique tous les jours pendant trois à quatre minutes. Écrivez tout ce qui se passe dans votre tête sans réfléchir et sans lever la plume de la feuille. Ne vous souciez pas des fautes, de trouver le mot approprié ou de l’écriture. » Baba indique que c’est une technique qui l’aide à se libérer des tensions qui l’empêchent d’avancer dans son art. « Faites ensuite le tri. Gardez l’essentiel et retravaillez le texte pour en faire une chanson. » Le saxophoniste évolue de la même manière. Plusieurs heures de travail au quotidien avec au moins une heure d’improvisation. « Record yourself and listen to it afterwards… You can make a song out of it. » Il encourage chacun de trouver sa propre voie et de ne pas essayer de copier ceux qui ont réussi. Hormis l’apprentissage, cette rencontre a également donné du courage aux stagiaires.
« Latelie-la serye net », lance Benji Heroseau, 25 ans, qui s’est joint à l’école de chant de Linzy Bacbotte depuis août 2015. Au départ, ce jeune habitant de Petite-Rivière, qui aimait chanter, avait « un problème au niveau de la tonalité ». Mais maintenant, « ça va beaucoup mieux ». Cet après-midi lui a permis de découvrir les secrets du beatbox, une technique qui l’intriguait depuis petit. « C’était très intéressant, mais difficile aussi », affirme-t-il.
« They are inspiring », exprime la jeune Laeticia Constantin, élève en Upper VI au Lorette de Curepipe. Issue d’une famille de musiciens et de chanteurs, elle s’est jointe à Sing again il y a trois ans et a eu l’occasion de côtoyer des professionnels du métier. « Ceux-là sont vrais. Ils arrivent à nous communiquer leur passion pour ce qu’ils font. Avoir du talent est une chose, mais pouvoir le partager en est une autre », déclare-t-elle. Notre jeune interlocutrice a pris du plaisir à pratiquer le beatbox en cet après-midi, mais ne souhaite pas particulièrement poursuivre avec cette technique. « J’ai déjà essayé, mais comme j’étais nulle, cela ne m’a pas intéressée. On a appris les techniques aujourd’hui, c’était très intéressant. Mais je préfère le chant. Cependant, je vois qu’on peut faire des choses extraordinaires en mélangeant le beatbox et la voix. » Mélina Félicité, élève en Lower VI au collège Notre-Dame, abonde dans le même sens. La jeune fille a rejoint Sing again il y a trois ans, tout comme Sévrine Macaque, élève en Form V. « On a appris à faire des sons avec la bouche, c’était vraiment extraordinaire. »
Sing again a vu le jour il y a trois ans et accueille des passionnés de chants de tout âge. C’est ainsi que Christian Young Ten, 64 ans, s’y est joint à sa retraite. « L’atelier était très intéressant, mais il faut maintenant pratiquer les techniques apprises. Si on ne le fait pas, on risque d’oublier », indique-t-il. « Nous avons appris beaucoup de choses que nous ne connaissions pas », renchérit Madeo Abajee, de Curepipe. Membres de la chorale de son église, Madeo Abajee, tout comme Antoine Hin Chan, chanteur en mandarin, a choisi de s’inscrire à Sing again pour reprendre les bases du chant. Depuis, tous deux avouent avoir beaucoup progressé en suivant les techniques enseignées par Linzy Bacbotte.