ÉTIENNE SINATAMBOU : Un, Deux, Trois… Tuite

Au lieu de se faire tout petit après les incidents à Résidences Barkly, le porte-parole controversé du Sun Trust verse dans une provocante condescendance
  • « Mo ena madam dan lakaz, mo ena zanfan, mo pa orfelin mwa. Mone al laba, domaz ki dimounn pa fine apressye ki mo’nn deranze. D’où je viens on dit merci », déclare le ministre, qui récuse le sauve-qui-peut illustré de lundi

Étienne Sinatambou s’est une nouvelle fois fait remarquer. Rien de bien surprenant pour un personnage connu pour son comportement arrogant et autoritaire, et qui depuis qu’il a été désigné porte-parole du gouvernement n’arrête pas de faire dans la provocation et la polémique. Le dernier épisode en date est la réunion tenue avec les habitants de Résidences Barkly lundi 4 septembre pour discuter du projet Metro Express et de la démolition de maisons le vendredi 1er septembre précédent et s’est terminée en eau de boudin, des ministres étant contraints de quitter précipitamment les lieux sous forte escorte policière.
Toute la presse a témoigné de la tension qui régnait et des conditions dans lesquelles il y a eu un véritable «bouré mam» du Premier ministre adjoint Ivan Collendavelloo, du ministre du Tourisme et député de la circonscription Anil Gayan et de son colistier, le PPS Alain Aliphon et, celui plus spectaculaire, du ministre de la Sécurité sociale et de l’Environnement, Étienne Sinatambou, qui a eu toutes les peines du monde à s’engouffrer dans la berline du numéro 2 du gouvernement, qui avait déjà démarré en trombe pour quitter rapidement les lieux avant que le chauffeur de la VIPSU ne ralentisse pour l’embarquer in extremis.
Si tout le monde a vu ce qu’il a eu de très expressif et éloquent dans les journaux et sur les réseaux sociaux, Étienne Sinatambou, contrairement à ses collègues du ML qui ont préféré se faire oublier après la déconvenue publique de lundi, a, lui, convoqué la presse mercredi 6 septembre en compagnie de son collègue Alain Aliphon pour donner sa version des événements.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le porte-parole du gouvernement désigné par Pravind Jugnauth est particulièrement gonflé. Non, il ne s’est pas sauvé. Non, il n’a pas eu chaud. En fait, il a juste voulu prendre place dans la voiture d’Ivan Collendavelloo pour pouvoir « blague-blaguer ». Son interlocuteur désigné n’était visiblement pas au courant puisqu’il n’a pas demandé à son chauffeur d’attendre sa seigneurie.
Non seulement il tente de nier l’évidence, mais il a été jusqu’à prendre de très haut les habitants de la Résidences Barkly, qui auraient omis de se prosterner devant son altesse, qui a sacrifié de son précieux temps pour les rencontrer et qui ne l’auraient même pas remercié pour s’être ainsi dérangé. Comme s’il n’était pas payé pour être à l’écoute des problèmes de Lepep et d’y apporter des solutions.
Plus suffisant que ça, tu meurs !
Et le ministre a profité de sa conférence de presse-démenti pour faire une révélation de taille. « Mo ena madam dan lakaz, mo ena zanfan, mo pa orfelin mwa. Mo’nn al laba, domaz ki dimounn pa finn apresye ki mo’nn deranze D’où je viens on dit merci », a aussi lancé Étienne Sinatambou pour déplorer l’attitude des habitants de Résidences Barkly.
Apparemment, il serait le seul à avoir femme et enfants à la maison. Pire ! Ce qu’il laissait clairement entendre, c’est que ces gens-là sont des mal polis qui ne viennent pas du même milieu que lui. Plus suffisant que ça, tu meurs ! Et dire qu’il s’était offusqué, lui, le ministre de Navin Ramgoolam que Sunil Dowarkasing, alors député du MSM, lui rappelle lors d’un débat sur une motion portant sur la compensation aux descendants d’esclaves, que les esclavagistes étaient de toutes les couleurs et qu’il y en a eu même du nom de Sinatambou.
Mais Étienne Sinatambou, c’est une constance dans l’outrance. On l’avait un peu oublié, jusqu’à ce qu’il se rappelle à notre bon souvenir depuis qu’il a été investi du rôle de porte-parole du gouvernement et qu’il se croit autorisé à annoncer une structure de « réglementation des médias ». C’est vrai que depuis qu’il avait coanimé l’émission Question Time entre 2012 et 2014 sur une radio privée, il s’est autoproclamé expert du paysage audiovisuel.
À chaque sortie, son florilège d’énormités. Pour défendre le projet de train sur rail de surface, il va décréter que le métro ne laissera personne sur « l’arrêt d’autobus ». Il s’empresse pour se porter garant de Showkutally Soodhun, qui a affirmé que s’il avait le revolver de son garde du corps, il aurait descendu Xavier Duval au Parlement même et décrète « péna case ladan ».
À l’Assemblée nationale, ce n’est guère mieux. Il est souvent au cœur des conflits, comme le 4 juillet, lorsqu’il a accusé Shakeel Mohamed d’avoir fait des gestes obscènes dans sa direction. Ce à quoi le chef de file du PTr a rétorqué : « I have no wish whatsoever to show my private parts to M. Sinatambou. »
C’est au PTr en 1999 qu’il fait ses premières armes politiques et qu’il devient un des pions importants de Navin Ramgoolam. C’est lui qui est envoyé au front pour s’opposer à tous les projets du gouvernement MSM-MMM à Bel Ombre et à St-Félix, et qui est surtout en première ligne pour dénoncer le projet Illovo, même s’il s’installera sans vergogne sur les terres obtenues de ce deal à Ébène.
Devenu un élément incontournable du dispositif Ramgoolam, Étienne Sinatambou se présente aux élections de septembre 2000 dans la circonscription N°16, mais il mord la poussière. En 2005, il a failli être de nouveau renvoyé dans le karo kann, mais il est repêché comme best loser.
Il est bien nommé ministre des TIC, mais son mandat est entaché de pas mal d’incidents impliquant des focntionnaiers de même que sa garde rapprochée, comme en témoigne un incident survenu à Phœnix où son chauffeur l’aurait laissé en plan avec sa voiture de fonction, excédé qu’il était par son comportement agressif. Le Premier ministre finira par geler les activités des conseils d’administration de certains corps paraétatiques tombant sous la responsabilité du ministre Sinatambou. Ses agissements devenaient tels que Navin Ramgoolam profitera d’un remaniement ministériel en 2008 pour le rétrograder au poste de Deputy Speaker.
Il n’y a pas que sur le plan politique que le ministre a défrayé la chronique. En juin était appelé en cour un procès en réclamation de Rs 10 millions dans une affaire immobilière dans le Nord qui remonte à 2010 et il a réclamé auprès d’une banque des millions: ’un stagiaire introuvable aurait contrefait sa signature.
« Je dors nu  »
Le ministre Sinatambou aime aussi se mettre en scène, parler de sa vie privée. Du moins lorsque ça l’arrange. En 2009, le ministre a été l’objet d’une plainte formelle de sa deuxième épouse, Manisha, à la police pour violence dont des « scratch marks at the elbow », selon le OB officiel et elle avait même bénéficié d’un Protection Order.
Il se tiendra à carreau et se fera oublier, jusqu’à ce qu’il rencontre sa nouvelle dulcinée, Sandyana, et qu’il rejoigne ensuite le Sun Trust. Un retour à la lumière. Avec son épouse, il devient plus people, pousse la chansonnette, pose volontiers avec elle, comme dans des émissions de téléréalités insipides et abêtissantes. Interrogé ainsi par le biographe attitré des Jugnauth, Azalen Koomalen Runghen, alors du Groupe Le Défi, qui a été récompensé d’un job à la MTPA, il se lâche complètement, met au placard sa pudeur et révèle en octobre 2013 que  « je dors nu. » Kim Kardashian n’a qu’à bien se tenir !
On ne sait pas si c’est cela qui a inspiré des personnes mal intentionnées, mais en février 2014, sa femme Sandhyana, qui est accessoirement organisatrice du concours Miss Créole, est l’objet d’un chantage au téléphone de personnes disant disposer de photos compromettantes d’elle et qui lui réclament de l’argent (Rs 200 000) pour les lui restituer. Elle monte un plan avec la police pour confondre ses maîtres chanteurs. L’exercice est concluant, les malfrats dénonçant le commanditaire comme étant un certain François Écroignard, ancien attaché de presse de Rama Valayden.
Étienne Sinatambou, le lauréat qui est devenu avocat puis notaire, ministre puis Deputy Speaker, avant de redevenir ministre, c’est un parcours qui aurait pu être un sans-faute, mais il semble décidément vouloir s’arranger pour braquer tout le monde sur son passage. D’où il vient, habillé ou nu, cela doit être la norme.