JONATHAN CHICOT

C’est ce qu’affirmait Shakespeare! Me suis-je déjà posé la question : « Qui suis-je au juste ? » Au psaume 8, le Psalmiste demandait, « Qu’est-ce que l’homme ? », « Qui suis-je Seigneur ? Pourquoi en moi ce goût d’inachevé ? » demandait Michel Quoist dans sa prière ! « Connais-toi toi-même », était la devise de Socrate. Aristote, lui, affirmait que l’homme est un « animal raisonnable (doté de raison) ». C’est ce qui nous différencie en premier des autres animaux. L’homme est un être pensant, capable de formuler une pensée/une réflexion et aussi de porter un jugement sur celle-ci. L’homme a une conscience, possède l’intelligence, est capable de trancher quand il y a une décision à prendre et ne dépend pas que de l’instinct. Ce même philosophe disait aussi que l’homme « est un être sociable ; la nature l’a fait pour vivre avec ses semblables ». L’homme étant grégaire (et non pas solitaire) est appelé à vivre/cohabiter avec d’autres. De plus, l’homme est un être relationnel (une relation dans l’horizontalité ; l’autre et moi, et aussi une relation dans la verticalité ; l’Autre et moi).

Pratiquer l’altruisme, la complémentarité est le propre de l’homme. L’homme est aussi capable d’aimer et d’être aimé ! Ne pas aimer, c’est en quelque sorte cesser de vivre car peut-il y avoir de vie si le cœur ne bat plus ? Avoir une vie vertueuse en accomplissant de bonnes et belles choses, c’est la manière dont Aristote définit l’Ethique et dont la fin est le bonheur auquel l’homme aspire. « Tout le monde cherche à être heureux même celui qui va se pendre sauf qu’il se trompe de chemin », disait une religieuse. L’homme est aussi sexué ; non pas uniquement parce qu’il possède un sexe, mais parce que tout son être l’est. « La sexualité t’atteint et te différencie dans ton corps, mais aussi dans ton caractère, ta psychologie, tout ton être », disait Michel Quoist. J’exerce ma sexualité dans toutes mes relations et pas uniquement dans l’union sexuelle avec mon conjoint. Vivre de ma sexualité, c’est être !

Par ailleurs, l’homme est un être inachevé et imparfait. Il est appelé à cheminer vers son achèvement, son unité. Il participe directement à sa création et à la construction de sa personne, pas sans l’aide des autres ! L’unification de son être (bien qu’il constate ses limites) doit être prioritaire avant d’envisager de concrétiser une relation durable avec autrui. Paradoxalement, ce que celui-ci parfois préfère c’est « s’éclater » (au lieu de s’unifier), c’est en tout cas ce qu’aiment bien dire les jeunes qui vont en boîte par exemple. L’homme, pour avoir la vie, est appelé à sortir de lui-même comme le bébé qui sort du ventre maternel, et à quitter ses zones de confort sinon « il meurt ». C’est quand tu meurs qu’on te met dans une « boîte » (référence au fait d’aller en boîte). Chaque retour sur soi est un arrêt de sa croissance : c’est le ʺ non-êtreʺ ! Par contre, mourir à son ‘moi’ égoïste, à ses envies désordonnées, à ses culpabilités, à ses résistances, c’est s’ouvrir en même temps à la vraie vie ! C’est tout simplement être ! « La réalité humaine », montre Martin Heidegger, « se perd souvent dans la vie inauthentique, la « banalité quotidienne » et le “bavardage”. Mais elle peut aussi se retrouver dans son authenticité et s’ouvrir, ainsi, au mystère et à l’Etre, source de toutes choses. »

D’autre part, l’homme est fait de ces trois dimensions – cœur, corps et esprit (âme) – et celles-ci doivent s’harmoniser même s’il y a une hiérarchie à respecter.

« L’homme bien construit est à trois étages :

Au troisième, le spirituel,

Au deuxième, le sensible,

au premier, le physique.

Les trois étages se tiennent, communiquent, réagissent l’un sur l’autre, mais leur hiérarchie doit être respectée ; le physique est en bas, c’est le moins noble – le spirituel est en haut, c’est le plus beau », expliquait Michel Quoist.

L’être humain, puisqu’il possède une âme (la dimension spirituelle), est « capax Dei » Capable de Dieu, capable d’entrer en relation avec Dieu. On ne parle pas de la goutte d’eau dans l’océan mais plutôt de l’océan ; Dieu choisit comme demeure notre cœur ! « Certains pensent : Dieu est inutile, il suffit de s’unir à tous les hommes dans une immense fraternité. Or peut-il y avoir des frères s’il n’y a pas de père, et qui peut être le Père commun sinon le Créateur de toute vie ? Si tu veux être frère de tous les hommes, il faut que tu acceptes d’être fils, de vivre et de recevoir la vie de Dieu – et plus tu seras fils, plus tu seras frère. » (Michel Quoist)

Dieu sait tout de moi parce qu’il m’a créé et me veut du bien. « Tu me scrutes Seigneur et tu sais quand je m’assoie, quand je me lève… » Psaume 138 « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. » Isaïe 43.

Parents, dans l’éducation que vous donnez à vos enfants, incluez non pas uniquement l’aspect académique et intellectuel mais aussi la dimension humaine et spirituelle. « Elever un fils, c’est lui donner de quoi manger, mais aussi de quoi être. » (Michel Quoist).

Dans une société de consommation comme la nôtre, il nous faut passer de la logique de prendre à la logique de recevoir ! En recevant j’accueille à la fois le don et le donateur avec beaucoup de gratuité et de reconnaissance. Prendre, c’est s’approprier du don comme si cela m’était dû et faire fi du donateur. Savoir aussi donner et se donner car « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. » Actes 20, 35.

« L’essentiel à transmettre, c’est cette merveilleuse découverte : aux quatre coins du monde, de toutes les langues, de toutes religions, de toutes idéologies, vivent des hommes et des femmes nés pour se donner au service du prochain, prêts à ne mesurer aucun sacrifice pour aider, vraiment et enfin, à construire un monde plus juste et plus humain. » Dom Helder Camara. Rejetons toutes ces structures qui déshumanisent. N’ayons pas peur d’être ! Oui prônons l’être plutôt que le paraître. Etre c’est enfin s’accepter tel que l’on est (avec ses qualités, ses rêves, ses réussites, ses failles et ses limites et savoir que l’on est unique et aimé pour ce que l’on est) !