Lundi, l’organisation Prévention, Information et Lutte contre le Sida (PILS), qui oeuvre depuis trois mois déjà pour qu’une étudiante camerounaise ne soit pas déportée parce que séropositive, a appris que son deuxième appel aux autorités locales avait été rejeté. Ce matin, une lettre a été officiellement déposée au Prime Minister’s Office (PMO), à Port-Louis, avec en annexe une pétition en faveur du respect des droits de l’étudiante, signée par 84 organisations locales et internationales. Nicolas Ritter, directeur de PILS, espère « avoir peut-être enfin l’attention du Premier ministre puisque nos multiples appels sont restés vains jusqu’ici ».
Vivant actuellement dans la crainte permanente d’être renvoyée sans ménagement dans son pays alors qu’elle comptait poursuivre des études en Hospitality Management, Cynthia (prénom fictif), étudiante camerounaise d’une trentaine d’années, confesse que, « mon dernier recours, ce sont les efforts soutenus de PILS, qui m’aide à ne pas lâcher prise ». Le calvaire de Cynthia a commencé quelques jours seulement après avoir débarqué à Maurice, fin février dernier. Admise dans une institution tertiaire de l’île, elle s’est soumise à une batterie de tests sanguins, selon le protocole en vigueur. C’est là qu’elle devait apprendre qu’elle positive au VIH. « Les officiers du bureau du Passport and Immigration Office (PIO) m’ont fait comprendre sans ménagement que selon la loi du pays, je ne disposerais pas d’un visa étudiant et que je devrais rentrer chez moi. Sans pouvoir réaliser le rêve pour lequel ma famille et moi avons travaillé très dur… »
Depuis, PILS multiplie les démarches auprès des autorités concernées pour éviter son expulsion. « Hélas, nous essuyons des refus à chaque fois. Aucune porte ne s’ouvre, et ce bien que nous ayons attiré l’attention sur le fait que l’Immigration Act, sur laquelle s’appuient les autorités pour faire expulser Cynthia, renvoie une image très négative de Maurice sur le plan mondial, allant à l’encontre du respect des Droits de l’Homme », déclare Nicolas Ritter, directeur de cette ONG.
Ce matin, PILS a donc décidé d’enclencher les grandes manoeuvres. De fait, une lettre officielle a été déposée au PMO « car nous espérons que le Premier ministre sera sensible au drame humain que vit actuellement Cynthia ». Et, dans le même souffle, « nous souhaitons une nouvelle fois attirer l’attention sur l’impératif de revoir l’Immigration Act afin d’être en phase avec les conventions ratifiées par le gouvernement mauricien », ajoute-t-il. Des copies de la lettre remise à sir Anerood Jugnauth ont été envoyées à l’Attorney General, Ravi Yerrigadoo, ainsi qu’au ministre des Affaires étrangères, Étienne Sinatambou, le ministre de la Santé, Anil Gayan, et l’Acting Secretary of Home Affairs, N. K. Ballah.
PILS rappelle avoir « maintes et maintes fois, depuis fin février dernier, attiré l’attention des autorités locales sur l’injustice dont est victime Cynthia, mais en vain ! » Et d’ajouter : « Nos partenaires internationaux et régionaux sont sidérés par le silence du gouvernement mauricien autour de cette affaire. C’est dans cette perspective que tous ont spontanément signé cette pétition pour signifier à Maurice que l’opinion internationale a été alertée et que ce n’est pas bon pour l’image du pays… »
Dans la correspondance, PILS soutient que la décision de déporter Cynthia « est discriminatoire et franchement déraisonnable, car elle porte atteinte aux principes mêmes de la liberté individuelle ». L’ONG sollicite sir Anerood Jugnauth pour que des amendements soient apportés à l’Immigration Act de 1970 « afin qu’une telle injustice ne se reproduise plus et que la décision de déporter Cynthia soit revue par le Premier ministre qui, estimons-nous, a un sens très poussé de la justice sociale et d’humanité. » L’ONG souligne qu’elle « ne s’arrêtera devant aucun obstacle pour respecter les droits humains de Cynthia ».
Ainsi, avancent Nicolas Ritter, directeur, et Nilen Vencadasmy, président de PILS, « Cynthia envisage des actions légales pour contester cette décision d’expulsion si rien n’est fait après cette dernière démarche auprès du PM et PILS la soutiendra entièrement dans cette affaire. » Une équipe d’hommes de loi et l’organisation SPEAK, travaillent de concert pour étudier tous recours juridiques possibles.
Parmi les organisations internationales signataires de cette pétition qu’a circulée PILS : Aids & Right Alliance for Southern Africa (ARASA), AIDES (France), Coalition Plus (union d’associations francophones dont le groupe Sida Genève de Suisse, REVS + du Burkina Faso, Kimirina de l’Équateur, ARCAD/SIDA du Mali, ARAS de la Roumanie, COCQ SIDA du Canada, l’ALCS du Maroc, GAT du Portugal, l’IDH de la Bolivie et l’ANSS du Burundi), AIDS Legal Network, Ravane Océan Indien, Global Network of People Living with HIV (Amsterdam), Delhi Network of Positive Living People (Inde), Health GAP (New York), HIV Justice Network du Royaume-Uni et des associations basées en Amérique du Sud, au Canada, en Europe et de nombreuses associations du continent africain.