L’enquête de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) dans le cadre de l’opération Goldfinger au sujet de l’Euro-Loan de 1,1 million accordé par la State Bank of Mauritius à l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, aborde un tournant crucial. En marge d’un deuxième Judge’s Order sollicité et obtenu par l’ICAC pour forcer la State Bank of Mauritius à fournir des compléments d’information sur cette transaction bancaire, les premiers officiels de la banque ayant traité la demande d’emprunt accordé le 11 septembre 2015 ont été entendus par l’ICAC. Le principal attrait de ces interrogatoires porte sur les conditions et modalités de cet emprunt de Rs 45 millions pour financer des opérations d’achat d’or, pour ne pas dire des spéculations, sur le marché international.
Le fait que l’ICAC a dû avoir recours une deuxième fois en une semaine à des ordres de la Cour suprême pour faire progresser l’opération Goldfinger constitue une indication du bras de fer engagé au sujet de l’accès à des informations de nature cruciale et délicate venant des archives de la State Bank of Mauritius. D’autre part, des indications recueillies de sources officieuses laissent comprendre qu’un panel d’hommes de loi, mené par un ancien juge de la Cour suprême, a été constitué à la mi-semaine en vue de « brief » et d’encadrer de manière systématique les employés de la State Bank of Mauritius, susceptibles d’être convoqués par l’ICAC pour être entendus sur l’Euro-Loan Saga de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Cette décision aurait été avalisée dans les plus hautes sphères de la banque et diversement commentée à l’Hôtel du gouvernement d’autant plus que lors de la réunion du conseil des ministres de vendredi dernier, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a déclaré qu’aucun Cover-Up ne sera toléré dans n’importe quelle affaire.
Alors que jusqu’ici, au moins quatre représentants de la State Bank of Mauritius ont déjà été interrogés par l’ICAC, un coup de frein a été noté pour aujourd’hui. Trois officiels de la banque faisaient partie de la liste de témoins sont attendus aujourd’hui. Ces rendez-vous ont été tout bonnement annulés en raison de l’indisponibilité des conseils légaux de la banque. Il semblerait que les réponses fournies ne seraient nullement à la satisfaction des enquêteurs de l’ICAC.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès de diverses sources indiquent que les conditions et les modalités de cet emprunt en euros avec des intérêts de 1,5% annuellement demeurent au coeur des préoccupations. Ainsi, le traitement avec ce taux de 1,5%, qui avait été ramené de 1,9% après interventions et négociations, n’est accordé que très rarement, le précédent bénéficiaire n’étant autre qu’un ténor du barreau.  Ce détail a été divulgué lors des séances d’interrogatoire de ce début de semaine.
Toutefois, l’ICAC veut percer le mystère des circonstances dans lesquelles la demande initiale pour des « further securities » pour garantir le prêt de 1,1 million d’euros accordé à Vishnu Lutchmeenaraidoo n’a pas été traduite dans le Loan Agreement du 11 septembre 2015. Les enquêteurs veulent aussi comprendre par quel tour de magie, l’imposition des Fixed Charges and Floating Charges s’est transformée en une dérogation de tout enregistrement des Charges auprès du Registrar General, la State Bank of Mauritius accordant la faveur à l’ancien ministre que « this charge shall be unregistered at the discretion of the Bank ». Et ce n’est pas n’importe quel client de la banque, qui peut se prévaloir d’un tel avantage.
Un aspect crucial de l’enquête de l’ICAC est axé sur les tractations menant au déboursement des 1,1 million d’euros sur le compte de l’ancien ministre des Finances suite à un appel téléphonique à la State Bank of Mauritius dans la matinée du 11 septembre 2015 pour l’exécution de cette opération bancaire. L’existence d’un trust, soit le SVL Trust, attend d’être vérifié formellement car le projet envisagé initialement était de faire le versement de cet Euro-Loan dans les comptes de ce Trust. Mais, la décision fut renversée subséquemment lors de différents appels téléphoniques et l’ICAC pourrait recourir à un ordre de la Cour suprême en vue de vérifier la séquence des appels téléphoniques reçus par la State Bank of Mauritius dans cette affaire…