L’enquête initiée par l’Independent Commission Against Corruption dans le cadre de l’opération Goldfinger, avec l’Euro-Loan Saga de 1,1 million, aborde un tournant en cette fin de semaine. Même si du côté du QG au Réduit Triangle, l’on se fait réticent pour des confirmations d’éléments d’informations, tout semble indiquer que la prochaine cible majeure pour au moins une interrogatoire devrait être le Special Adviser en ICT au ministère des Finances, Independent Non-Executive Director de la State Bank of Mauritius et président du Sugar Insurance Fund Board (SIFB), Uday (Vivekanand) Lochun. Toutefois, l’ICAC a fait comprendre officiellement au Mauricien, ce matin, que la convocation de ce bras droit de l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, dans la circonscription de Piton/Rivière-du-Rempart et aux Finances, n’est pas pour aujourd’hui. En parallèle, hier, l’ICAC a amorcé l’étape des interrogatoires Under Warning des officiels de la State Bank of Mauritius, la série se poursuivant également aujourd’hui. Dans la conjoncture politique et dans le sillage de la déclaration publique du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, à Labourdonnais, hier soir, à l’occasion de son anniversaire, des spéculations sont mûres quant à la présence ou l’absence du nouveau ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, aux délibérations du conseil des ministres de demain avec pour principal dossier à l’agenda les recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB) en faveur des fonctionnaires et des employés des corps para-étatiques.
Ceux qui affirment avoir une « Inside View » de l’Euro-Loan Saga de 1,1 million accordé par la State Bank of Mauritius à l’ancien ministre des Finances, soutiennent que tôt ou tard, un Special Adviser nommé par Vishnu Lutchmeenaraidoo au ministère des Finances, en l’occurrence Uday Lochun, devrait intéresser les limiers de l’ICAC, engagés dans cette enquête. En effet, le dénommé Lochun, qui a été très actif dans les rangs de l’Alliance Lepep dans la circonscription de Piton/Rivière-du-Rempart (N° 7) lors de la campagne des législatives de décembre 2014, siège en tant qu’Independent Non-Executive Director sur le board de la State Bank of Mauritius depuis juin 2015.
Uday Lochun se trouve dans le viseur de l’ICAC car celle-ci voudrait obtenir confirmation si la demande de prêt en faveur de Vishnu Lutchmeenaraidoo pour un montant d’un million d’euros, puis porté à 1,1 million, avait été le premier dossier majeur qu’il a piloté en tant que directeur de la banque. Compte tenu de la levée du secret bancaire suite à un Judge’s Order émis par le juge Iqbal Maghooa, les fichiers concernant cette demande d’emprunt indiquent que l’Independent Non-Executive Director avait inscrit le mot « Approved » dans le dossier de la banque en date du 27 juillet 2015, soit avant même les discussions au sein du Credit Committee de la State Bank of Mauritius, instance ratifiant les demandes des prêts de cette envergure.
D’autres zones d’ombre, comme la réduction unilatérale du taux d’intérêt de 1,9% à 1,5% sans inscription des Fixed Charges ou encore le déboursement officiel le 9 octobre 2015 avant même la signature de l’accord, qui a été faite le 17 novembre dernier alors que la Sanction Letter est en date du 11 septembre 2015, attendent d’être éclaircies par les enquêteurs de l’ICAC.
Dans l’entourage d’Uday Lochun, l’on ne cache pas le fait que celui-ci pourrait être entendu par l’ICAC  mais il ajoute que « le Special Adviser au ministère des Finances est victime d’une vendetta, voire même d’un complot car il voulait y mettre de l’ordre ». Du côté de l’ICAC, l’on a fait comprendre que la convocation d’Uday Lochun , n’est pas « in the cards today » sans aucun autre détail officiel au sujet de l’évolution de l’opération Goldfinger.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien laissent comprendre que depuis hier, l’ICAC est passée en « Under Warning Mode » pour les interrogatoires des membres du personnel de la State Bank of Mauritius. Deux ou trois premiers banquiers ont déjà subi cette épreuve alors que pour l’exercice en cette fin de semaine, des Top Guns de la State Bank of Mauritius, dont des membres du conseil d’administration, pourraient faire un détour par le Réduit Triangle pour les besoins d’enquête.
Une des questions préoccupant l’ICAC : les mesures prises par les Top Bankers pour satisfaire les Guidelines imposés par la Banque de Maurice au sujet du LPV, qui aurait dû être de 70% du capital pour les investissements alors que dans le cas de Vishnu Lutchmeenaraidoo, il est monté à 139% et par rapport aux précautions à prendre avec des Politically Exposed Persons (PEP), paramètre si cher à la Banque centrale.
Sur le plan politique, il devient de plus en plus évident que le « Stalemate » depuis l’admission de Vishnu Lutchmeenaraidoo en clinique pour une bronchite il y a un mois, soit depuis le 1er mars dernier, devrait se décanter dans les jours à venir. Rares sont les observateurs attitrés, qui s’attendent à voir le nouveau ministre des Affaires étrangères faire « preuve de diplomatie » pour participer aux délibérations du conseil des ministres de demain avec le rapport le PRB « High on the Agenda ». La déclaration de sir Anerood d’hier soir pour ses 86 ans devrait, semble-t-il, précipiter un dénouement quant à ce bras de fer au sein du gouvernement. À ce matin, Vishnu Lutchmeenaraidoo n’avait pas encore repris son poste aux Affaires étrangères.
Mais à ce stade, il est difficile à dire quelle forme et quel timing prendra la fin de l’épisode de Vishnu Lutchmeenaraidoo au sein du gouvernement de l’Alliance Lepep, avec sa promesse électorale de « deuxième miracle économique »…