Désormais, c’est la guerre ouverte au sein du gouvernement avec pour toile de fond l’Euro-Loan Saga de 1,1 million d’euros dans le cadre de l’opération Goldfinger, qui court sur sa quatrième semaine. Du jamais vu et des relations entre membres du gouvernement de Lalyans Lepep, qui ont atteint un point de non-retour, notamment après le double événement de la journée d’hier, soit l’affidavit juré par le ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, avec des attaques frontales contre son collègue du Cabinet, le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, et des échanges des plus houleux lors de la réunion du comité parlementaire de la majorité gouvernementale. Le fait inéluctable est que pour la première fois, pour ne pas dire l’unique fois, un Sitting Senior Cabinet Minister, en l’occurrence le No 5, Vishnu Lutchmeenaraidoo, fait l’objet depuis hier après-midi d’un Report on Departure, un quasi-mandat d’arrêt, logé par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) au Passport and Immigration Office. Cette démarche a été initiée suite au refus du juge de la Cour suprême, Asraf Caunhye, siégeant en référé, hier après-midi, d’accéder à une injonction logée Ex-Parte par les conseils légaux du ministre, dont l’avoué Appa Jala, contre la convocation de l’ICAC pour interrogatoire Under Warning d’hier.
Ce matin, le scénario en vue d’amener Vishnu Lutchmeenaraidoo dans l’Interrogation Room de l’ICAC au Réduit Triangle dans les meilleurs délais, soit aujourd’hui même, se déroulait à deux niveaux. D’abord, il y a eu un échange de correspondance entre les limiers de l’ICAC et le Leading Counsel du ministre, Me Maxime Sauzier, Senior Counsel, au sujet de la convocation du ministre des Affaires étrangères pour le début de l’interrogatoire. Le Senior Counsel a tenu à souligner qu’il « est dans l’ignorance totale quant aux procédures engagées, hier, pour réclamer une injonction de la Cour suprême ». L’affidavit juré par Vishnu Lutchmeenaraidoo est rédigé par les soins de Me Appa Jala, l’avoué qui avait fait servir précédemment au groupe Le Mauricien deux mises en demeure de Rs 100 millions chacune au nom de Vishnu Lutchmeenaraidoo.
Devant l’insistance de l’ICAC au sujet de la présence du ministre des Affaires étrangères dans les locaux de la Commission anticorruption aujourd’hui même, Me Jaykar Gujadhur, avoué au sein d’ENS Africa, a été dépêché au Réduit Triangle pour négocier un sauf-conduit de 24 heures en faveur de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Pendant une heure au moins, l’avoué Gujadhur a tenté de convaincre les enquêteurs de l’ICAC que le ministre des Affaires étrangères se présentera demain matin à 9 heures en compagnie de son panel de conseils légaux pour répondre aux questions sur l’Euro-Loan Saga de 1,1 million d’euros à des intérêts fixes de 1,5 % sans aucune inscription sur ses propriétés immobilières au Registrar General.
À la mi-journée, les responsables de l’ICAC étaient encore en consultations en vue de décider de la marche à suivre devant cette nouvelle demande de renvoi. Leur principale appréhension porte sur les risques d’une répétition de ce qui s’est passé dans la journée d’hier. L’ICAC avait accédé à une demande de renvoi de la part de Me Sauzier vu qu’il n’avait pas eu le temps de consulter son client. En cours d’après-midi, Vishnu Lutchmeenaraidoo avait tenté de bloquer tout le processus avec une demande d’Injonction et d’Habeas Corpus contre l’ICAC. La crainte du jour est que cette dernière pourrait se retrouver avec une nouvelle astuce judiciaire, soit une mise en demeure.
D’autre part, aucune des sources interrogées par Le Mauricien dans la matinée n’a confirmé si la Political Hot Potato de Vishnu Lutchmeenaraidoo a déjà été transmise par l’ICAC aux Police Headquarters en vue de permettre au commissaire de police, Karl Mario Nobin, d’exercer ses prérogatives sous la Constitution au titre des Powers of Arrest. Des sources proches de l’ICAC avancent que la Banking Documentary Evidence, obtenue sur la base de trois Judge’s Orders successifs en quinze jours et des témoignages des Top Guns de la State Bank of Mauritius Ltd, constitue la charnière du dossier à charge en vue de confondre l’ancien ministre des Finances sur les tractations sur les conditions avantageuses de l’Euro-Loan. D’ailleurs, ce matin, Me Robin Ramburn, un des conseils légaux de State Bank of Mauritius Ltd, a accompagné une banquière en vue de déposer des dossiers complémentaires dans le cadre de cette même enquête.
En marge de ces consultations formelles autour du prochain rendez-vous, l’ICAC a pris les devant avec une mesure de précaution. Dès lundi soir, le Sitting Senior Member of Cabinet, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a fait l’objet d’un Report on Departure Notice, constituant un quasi-mandat d’arrêt et qui a été logé formellement auprès du Passport and Immigration Office. La raison de cette démarche est que le ministre des Affaires étrangères serait détenteur d’un double passeport mauricien et français. Cette décision a été entérinée juste après la confirmation du rejet de la demande d’injonction par la Cour suprême hier après-midi. L’une des rares VVIPs ayant subi un tel traitement de Report on Departure n’est autre que l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam, 24 heures avant son arrestation par le Central CID dans le cadre de l’opération Lakaz Lerwa Lion, le vendredi 6 février 2015.
Du jamais vu encore au sein d’un gouvernement, avec la teneur de l’affidavit juré par Vishnu Lutchmeenaraidoo pour contester son arrestation par l’ICAC. Ceux qui ont eu accès à ce document légal fixé électroniquement et Ex Parte, n’hésitent pas à confirmer que les différents paragraphes de l’affidavit représentent des attaques frontales de ce ministre contre un autre ministre, en l’occurrence Roshi Bhadain, ministre des Services financiers. Il emboîte le pas à son ancien collègue de l’Environnement, Raj Dayal, dans l’opération HELICAC, en faisant état d’un complot ourdi avec la presse pour justifier son arrestation par l’ICAC.
Sur la base des allégations formulées dans l’affidavit, le juge Caunhye n’a pas jugé pertinente son intervention en faveur du ministre Lutchmeenaraidoo dans le travail de l’ICAC et n’a émis aucune injonction. La teneur de cet affidavit ou encore les échanges virulents lors de la réunion du comité parlementaire de Lalyans Lepep d’hier, avec les ministres Lutchmeenaraidoo et Bhadain s’affrontant verbalement, sont présentés comme étant une « Open War » dans les tranchées de la majorité.
Tout cela s’est déroulé en présence du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, en prévision de la séance parlementaire. Le chef du gouvernement est intervenu pour rappeler que le problème dans la conjoncture concerne les dessous de cet emprunt de 1,1 million en soutenant : « Vishnu to pran to responsabilité to al divan l’ICAC »…