Depuis la mi-journée de mercredi, l’opération Goldfinger, avec l’Euro-Loan Saga de 1,1 million d’euros (Rs 45 millions) à des intérêts de 1,5% par an, connaît une accalmie. D’abord, principalement en raison de l’interruption de la séance d’interrogatoire de l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, par des limiers de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC). Et ce, pour une double raison : l’état de santé du ministre vu qu’il a été pris par une crise de toux, qui ne voulait nullement s’atténuer, et ensuite le refus du commissaire de police, Karl Mario Nobin, d’accéder à la demande de l’ICAC de placer le chef de la diplomatie sous contrôle judiciaire avec une inculpation provisoire. Entre-temps, l’escouade des membres de l’ICAC, travaillant sur cette enquête, en a profité pour approfondir Behind Closed Doors des éléments cruciaux, dont l’affidavit juré par Vishnu Lutchmeenaraidoo, le lundi 4 avril, pour réclamer une injonction contre son arrestation par l’ICAC. Mais les grandes manoeuvres devront reprendre dès le début de la semaine prochaine avec l’éventuel retour de l’ancien ministre des Finances à l’ICAC et également la convocation du Chairman du board de la SBM Bank (Mtius) Ltd, Nayen Ballah, qui est également le secrétaire aux Affaires intérieures.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent que la fin de la semaine a été consacrée à l’affidavit contesté de Vishnu Lutchmeenaraidoo et rejeté par le juge Asraf Caunhye, siégeant en référé dès lundi après-midi. Les détails faisant partie de la version des faits du principal concerné dans le document déposé en Cour suprême sont passés au crible et font l’objet de confirmation et de contre-vérification en vue de la prochaine étape des interrogatoires.
Si pour le montant de l’emprunt et les conditions de ce deal contracté avec la State Bank of Mauritius Ltd, Vishnu Lutchmeenaraidoo a fini par avouer que le montant est de 1,1 million d’euros à un taux fixe de 1,5% aux termes du Loan Agreement du 11 septembre 2015, l’ICAC s’intéresse désormais aux événements intervenant les 19 et 20 janvier de cette année, quand il aurait décidé, selon ses dires, de revoir le montant de l’emprunt de 1,1 million d’euros à 400 000 euros. L’ICAC a procédé à des vérifications des documents produits par le ministre, notamment la lettre du 19 janvier dernier et une copie du Statement of Accounts du 20 janvier avec la révision du montant de l’emprunt.
Les limiers de l’ICAC veulent établir de manière formelle les circonstances et les procédures adoptées pour ce « tour de passe-passe » au niveau de la State Bank of Mauritius Ltd pour que « the said loan be brought down at my request to Euros 400 000 to reduce my exposure ».  En principe, quant aux amendements à un emprunt ou encore un remboursement avant terme de tout emprunt même en partie, il y a des dispositions spécifiques à respecter et également des ajustements d’intérêts à la charge du client en vue de ne pas porter préjudice aux intérêts de la banque.
Or dans le cas présent et aux dires des Averments de l’affidavit de Vishnu Lutchmeenaraidoo, aucun de ces facteurs n’a été tenu en ligne de compte pour les opérations bancaires des 19 et 20 janvier dernier. Des extraits du paragraphe 15 de l’affidavit du 4 avril en témoignent comme suit : « on 19.01.2016, the said loan, at my request was reduced from EUROS 1.1 Million to EUROS 400,000. On 20.01.2016, the sum of EUROS 700,000.- was debited from my account and paid to the State Bank of Mauritius Ltd ».
Aucune mention des “interests accrued” ou encore de pénalité. Les explications de Vishnu Lutchmeenaraidoo sur cet épisode de même que les justificatifs de la State Bank of Mauritius Ltd s’avèrent déterminants pour la suite de l’opération Goldfinger. Ainsi, il n’est pas à écarter qu’en marge du nouveau rendez-vous de Vishnu Lutchmeenaraidoo la semaine prochaine, le Chairman du board de la banque sera également pour une audition au sujet de cette affaire.
Puis, il y aura les projets financés par les 400 000 euros déjà déboursés. Les documents obtenus par l’ICAC sur la base des trois Judge’s Orders obtenus sont d’une importance particulière pour confirmer des transactions sur le marché de l’or ou encore des opérations de spéculation sur le marché de change, et cela sans une Foreign Exchange Dealers Licence émise par la Banque de Maurice. Mais aucune des sources approchées par Le Mauricien n’a voulu confirmer ou infirmer ces détails, s’apparentant à des faveurs, à ce stade de l’enquête.
En parallèle, le commissaire de police, qui avait refusé de valider l’inculpation provisoire du ministre par l’ICAC, mercredi dernier, a voulu être rassurant. Jeudi après-midi, il a déclaré en substance que  « nous avons réclamé des compléments d’information à l’ICAC avant de prendre une décision. Ces compléments d’information viendront en temps et lieu. L’enquête est en cours et nous allons établir la vérité »…