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l À bord du trimaran «La Mauricienne», ce loup de mer de réputation internationale tentera de rallier Maurice avant 17h24 le 14 novembre pour établir un nouveau record de traversée en solitaire (8800 milles)

Le navigateur français Francis Joyon, parti depuis le week-end dernier de Port-Louis en Bretagne à bord de son trimaran La Mauricienne pour rallier Port-Louis (Maurice) en un temps record, a déjà accumulé un jour d’avance au passage de l’Équateur. C’est ce qu’indiquait en fin de semaine le site web de suivi assurant la couverture de cette traversée de quelque 8 800 milles en solitaire. Pour réaliser cet objectif, le navigateur chevronné et habitué du Trophée Jules Verne devra rallier les côtes de l’île Maurce dans l’océan Indien avant 17h24 (heure locale) le jeudi 14 novembre. Francis Joyon veut établir un autre temps de référence qui lui appartient, soit 26 jours, 4 heures et 13 minutes, remontant à dix ans. Toutefois, il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, car cette traversée de La Mauricienne est le premier acte de sa nouvelle campagne de records en Asie, nommée IDEC Sport Asian Tour.

Les dernières informations relayées par les collaborateurs de Francis Joyon à terre laissent transpirer une note d’optimisme avec l’entrée ce week-end de La Mauricienne dans l’hémisphère Sud. Tout semble indiquer que le navigateur français est déjà en avance sur ses précédentes marques pour la première partie du trajet engagée depuis samedi dernier à partir des côtes bretonnes. Néanmoins, le navigateur hors pair se prépare à être confronté à des conditions météorologiques en mer susceptibles de freiner sa progression.

Avant le passage de l’étape mythique de l’Équateur devant intervenir dans la journée d’hier, La Mauricienne avait parcouru 3168 milles sur le fond à 22 noeuds de moyenne au cours de ces six premiers jours, contre contre 3350 milles parcourus à 17 noeuds de moyenne en huit jours cinq heures et neuf minutes en 2009, donnant une idée de l’avance réalisée. Le site web officiel notait hier matin que « Francis (Joyon) goûte aujourd’hui, dans l’attente d’un ralentissement imminent, à un ciel clément et à une progression vent debout plus qu’acceptable. Il s’approche tranquillement de l’Équateur, situé à la mi-journée à quelques 350 milles de ses étraves et espère couper ce premier marqueur avec plus d’une journée d’avance sur son record de 2009. De quoi faire le bonheur du marin d’IDEC SPORT qui, à encore plus de 6000 miles de son but, peut légitimement se satisfaire de la fenêtre météo choisie, alors que dans son sillage s’étalent de vastes calmes autour de l’archipel du Cap Vert. »

Tout en se félicitant du travail de son équipe de collaborateurs, dont le conseiller météo Christian Dumard, le navigateur à bord de La Mauricienne laissait entendre que « non seulement les calmes se mettent en place derrière notre passage, mais nous avons aussi pu anticiper le développement orageux dans le sud Cap Verdien et trouver un petit trou de souris pour nous faufiler toute la nuit, en route quasi directe vers l’Équateur. Le pot au noir m’a souvent joué de sales tours par le passé. J’ai souvenir de nos passages en équipage lors du Trophée Jules Verne où nous avons connu les pires tourments, ciels d’encre, vent tourbillonnant à 360 degrés et orages d’une violence inouïe. Pour l’heure, je progresse toujours à près de 10 nœuds, vent de face. Je m’attends à être freiné plus tard dans la journée, et aussi la nuit prochaine. »

Toujours en anticipation à ce passage de l’Équateur, Francis Joyon concède qu’«avec ce ciel dégagé et ce vent encore relativement régulier, je prends aussi pas mal de temps pour dormir et récupérer, un luxe en cet endroit du monde où, habituellement, les vents instables en force comme en direction interdisent tout repos. Le bateau est en parfait état, et c’est aussi ma grande satisfaction au terme de cette première semaine. »

Dans cette nouvelle tentative de record de la traversée Port-Louis (Bretagne)/Port) Louis (Maurice), Francis Joyon s’est élancé le samedi 19 octobre à 11h11 (heure française) en coupant la ligne de départ située au large de la citadelle de Port-Louis (Morbihan). Homme de tous les records, le skipper d’IDEC Sport s’attaque à son chrono de référence sur La Mauricienne, établi en 2009 à bord du précédent trimaran IDEC. En 2014, Lionel Lemonchois avait tenté d’améliorer ce record, mais l’expérience s’était soldée par un chavirage au large du Brésil, preuve de la complexité de ce parcours de 8 800 milles semé d’embûches.

En s’attaquant une nouvelle fois au record de La Mauricienne, le chasseur de records effectue sa plus longue navigation en solitaire. « C’est à peu près l’équivalent de trois Route du Rhum », dit-il Francis. « À aucun moment on ne peut vraiment faire de route directe. Il y a dix ans, j’avais parcouru 10 000 milles réels, plutôt que les 8 800 de la route théorique. Ça va être intéressant de faire une navigation si longue sur ce bateau, de prendre le temps de le connaître encore davantage. »

Le record de La Mauricienne est le premier acte de l’IDEC Sport Asian Tour 2019-2010, une campagne de records inédite de près de 27 000 milles. « C’est une première de faire un trajet comme ça, avec des étapes dans différents pays. Il y a un parfum d’aventure », ajoutait-il le jour de son départ du Morbihan en Bretagne. Après Port-Louis (île Maurice), trois autres records suivront, en équipage cette fois :

l Acte 2 : Île Maurice – Hô Chi Minh (Vietnam) : 3 975 milles

l Acte 3 : Hô Chi Minh – Hong Kong : 920 milles

l Acte 4 : La Route du Thé, soit Hong Kong – Londres :          13 000 milles

Affaire à suivre avec encore 6000 milles à avaler en mer avant d’atteindre Port-Louis au plus tard dans la journée du 14 novembre.