EXPO DE FIROZ GHANTY : PORTRAITS DE MA MEMOIRE*

Lors du voyage le long de la route des portraits que présente Firoz Ghanty, notre regard  s’accroche aux teintes grises, bordées de blanc, soulignées de larges traits noirs, avant de prendre toute la mesure des personnages et des personnes qui ont marqué sa vie et d’arriver à la conclusion que cet homme – Firoz – n’a de cesse de chercher. La vérité sûrement. Comme tant d’entre nous, si tant est qu’elle existe…
Il y a dans ces œuvres, un choix. Qui s’est porté sur la décision d’en dire (ou d’en montrer) un peu plus sur la férocité avec laquelle il est habité par les questions de justice et d’ouverture au monde.
D’exposition en exposition, Firoz s’ose à la prise de risque de plus en plus grande. Celui d’en dévoiler davantage sur lui.
J’aime son travail, la persévérance de sa recherche, sa ténacité sur des questions profondes, qui nous font sourire jaune ou éviter du regard quelques tableaux. Et cette question lancinante autour de notre existence, qui est une manière d’appréhender son propre rapport à la vie. À travers ses œuvres et ses textes, Firoz Ghanty teste la solidité des liens, flirte avec les limites de la vie, donc de la mort, qu’il met en scène pour lui-même, et pour les autres au passage, histoire d’avoir un aperçu de ce qu’est « l’autre côté » pour lorsque sera venu le moment de partir.
Que c’est dur d’être vivant !…, vivre ne va pas de soi, Firoz le sait aussi. Comme d’autres évidemment, qui cherchent, testent, se brûlent les ailes, avant de reprendre la quête, inlassablement, car l’absence de sens – et donc la folie – guette. Du coup, il faut des balises, des marquages au sol, du souvenir, histoire de ne pas perdre le fil du temps qui passe et la trace de sa propre existence.
La première fois que j’ai écrit pour Firoz Ghanty, je ne le connaissais pas, je ne l’avais jamais rencontré. C’est son œuvre que j’ai d’abord rencontrée et j’ai alors débarqué sur sa drôle de planète ésotérico-érotiquo-brutale. Du brut en plein visage. J’en étais restée interloquée quelques heures avant de tenter d’appréhender, à ce moment-là, sa vérité, ses mystères et ses symbolismes propres.
Cette brutalité, parfois la crudité, ne m’a jamais paru comme de la provoc’. Elle me permet au contraire – mais il ne l’admettra jamais bien sûr – d’insister sur cette infinie douceur qui l’habite.
Car nous avons tous besoin d’amour, n’est-ce pas, et qu’au fond, la vérité, elle est celle-ci : tout n’a de sens que dans l’amour. La vie n’a pas de sens ! À charge pour nous d’en trouver un, différent pour chacun mais toujours dans le lien. D’amour. Car il n’en existe pas d’autre. La haine, on le sait bien, n’est pas le contraire de l’amour.
C’est donc d’amour dont il s’agit aujourd’hui, plus que dans n’importe quelle autre de ses expositions. Pas d’éclaboussures, ni de mondes obscurs qui s’enchevêtrent. Mais des visages qui se soulèvent à la lumière et qui viennent nous rencontrer. C’est aussi d’amour dont Firoz nous parle dans ses choix de personnes. Des personnes qu’il aime sans jamais le dire vraiment avec des mots. C’est le plus grand cadeau qu’il puisse faire de lui-même : peindre le portrait de ces 35 personnes qui sont les balises de sa vie et à qui, il rend hommage aujourd’hui. Il en manque un de portrait : le sien. Le plus important !
* (Exposition de Firoz Ghanty en cours à la Galerie Imaaya, Phoenix)