Fuyant le pathos, l’exposition montée par la curatrice indienne Zasha Colah, venue de Bombay, occasionne des remises en question profondes, donne à voir des oeuvres qui agissent sur le terrain de la réalité. Le public reste pantois devant les scènes de violence exprimée ou intérieure, l’expression de l’identité bafouée dans les oeuvres du collectionneur et directeur de l’Institut d’art contemporain de l’océan Indien (ICAIO). Ce désamorçage est l’une des exigences de la curatrice indienne qui aime la mise à distance, la conceptualisation dans les oeuvres indienne, pakistanaise, sud-africaine, zimbabwéenne, burundaise ou éthiopienne, exposées jusqu’au 17 juin dans l’espace de l’Institut dédié à l’art.
Dans cette nouvelle exposition organisée par ICAIO et intitulée « I love you Sugar Kane » (en référence à la musique et au cinéma), la question de la violence recouvre plusieurs aspects. Qu’il s’agisse de l’identité sexuelle ou religieuse, la misère, les mutilations, la forme de violence institutionnalisée qu’était l’esclavage, la stratégie plastique mise en place vise à pousser les spectateurs à regarder de près ce qu’ils voudraient ne pas voir : des questions raciales ou politiques, une destinée commune. Et c’est dans l’outrance de la matière que ces violences sont montrées le plus souvent. L’exposition est conçue pour transgresser les évidences, remettre en question la notion d’oeuvre. Zasha Colah pense que l’artiste doit bousculer les choses. Le public, lui, apprécie tout ce qui lui résiste, laissant tout jugement moral à la porte d’entrée. Il y a un mélange de calme et de tragique dans l’exposition qui nous est proposée. La violence est présentée dans une forme telle qu’il ne sera plus question de la subir, mais de la disposer, de l’interroger. Tout est une affaire de représentation. Du paysage intérieur de la conscience contemporaine.