EXPOSITION—De l'humour, du rêve et la passion pour les grands maîtres

L'illustratrice et peintre française, Emmanuelle Revel-Pellet revient à Port-Louis pour une deuxième exposition mauricienne, qui prend place cette fois-ci à la galerie de l'Atelier (rue Saint-Louis), du 16 au 28 février. L'an dernier, chez Agartha, elle avait surtout présenté des tableaux réalisés avant qu'elle ne vienne s'installer à Maurice. Cette fois-ci la collection mauricienne s'est étoffée d'une quinzaine de pièces qui mettent en situation des couples de touristes, dans différents sites mauriciens aux patronymes particulièrement évocateurs. Lorsque son travail ne se réfère pas à l'imaginaire, avec très souvent des clins d'œil aux chefs-d’œuvre de l'histoire de l'art, il s'oriente vers l'illustration humoristique.
L'Atelier exposera au total trente-trois tableaux d'Emmanuelle Revel-Pellet, qui se répartissent entre les illustrations à caractère humoristique sur Maurice et l'imaginaire avec les originaux d'illustrations qu'elle a réalisées pour différents albums pour enfants. Même si sa démarche n'était pas guidée au départ par ce mouvement, cette artiste se sent proche du "lowbrow art" aux États-Unis, en ce sens qu'elle entend à travers l'exposition d'originaux aussi travaillés que des tableaux, redonner ses lettres de noblesse à l'illustration.
Par opposition à l'attitude hautaine qui consiste à lever les sourcils avec dédain, le « lowbrow art » combat la conception élitiste des « beaux-arts » en se réappropriant les codes des media populaires (dessins animés, publicités, etc).  Dans la pratique, le style raffiné de ses tableaux et illustrations, l'usage de techniques de peinture tout à fait classiques et les multiples références aux grands maîtres, la rapprochent plus étroitement du « pop surréalisme » qui s'est dissocié plus tard du lowbrow, en combinant ses règles d'accessibilité et de contre-culture avec des thèmes plus fouillés, souvent versés dans le fantastique et le monde onirique. Un coup d'œil aux travaux de Marc Ryden ou Marion Peck par exemple, eux aussi illustrateurs pour la jeunesse, montre l'évidence de cette parenté, pour l'imaginaire mais surtout pour le goût du détournement et l'approche humoristique.
Il ne faut pas oublier aussi qu'Emmanuelle Revel-Pellet a enseigné les arts plastiques et l'histoire de l'art au collège et à l'université, et qu'en tant que professeure agrégée, elle a créé le service éducatif d'un musée des beaux-arts et pris en main l'action éducative du musée du Louvre, pour les étudiants du secondaire et de l'université. Aussi en tant que peintre recherche-t-elle la maîtrise technique des anciens en superposant par exemple de nombreux glacis semi-transparents pour obtenir des effets de profondeur, nuancer les ombres et reflets, donner chair à ses personnages… Georges de la Tour, Vermeer, Rembrandt, Hokusai, Léonard de Vinci… elle multiplie aussi les références aux grands maîtres, dans un esprit de partage et réinterprétation.
L'illustration ci-contre d'un couple au jardin des Pamplemousses, fait ainsi référence avec beaucoup d'humour et un grand décalage, au Adam et Eve de Lucas Cranach l'Ancien, ce peintre de la renaissance allemande. Pour Curepipe, l'artiste n'a pas résisté à la tentation de s'inspirer de Magritte. Ces tableaux font partie de la série mauricienne, où elle écorne gentiment la légèreté et l'artificialité des touristes qui vivent en total décalage avec les réalités du pays. Elle met en scène des couples dans différents lieux typiques, dont le toponyme invite au jeu de mots et au double sens.
L'autre grand volet de cette exposition relève de l'édition pour la jeunesse, pour laquelle ses tableaux sont tout aussi travaillés. L'artiste propose par ce biais une plongée dans l'imaginaire, le monde du rêve et des contes initiatiques, nous renvoyant certes au monde de l'enfance mais interrogeant aussi nos peurs d'adultes. Les gardiens de l'étoile, Le miroir de tes rêves, Le roi Crapaud… les quatre livres pour enfants qu'elle a réalisés jusqu'ici seront aussi proposés à la vente lors de cette exposition.