FABIENNE ST LOUIS (TRIATHLÈTE) : « J'ai remporté une bataille, on verra dans trois ans si j'ai gagné la guerre »

Après une semaine passée auprès de sa famille à Curepipe, Fabienne St Louis est rentrée en France hier soir poursuivre sa convalescence et sa rééducation suivant son opération subie en avril aux ganglions cancéreux situés au niveau des glandes salivaires de la parotide. Consciente qu'elle s'engage dans une nouvelle bataille, la triathlète estime que le pire est derrière elle. Elle saura si elle est définitivement hors de danger dans trois à cinq ans, ayant été mise sur surveillance durant cette période. « Là, ça y est, j'ai gagné une bataille. On verra dans trois ans si j'ai gagné la guerre », nous lance-t-elle avec conviction et son sourire qui ne laisse aucune place à l'angoisse, ni à des signes d'effondrement. Combative à souhait et courageuse, elle nous a accueillis chez elle hier matin, l'espace d'un court entretien. N'hésitant pas à revenir sur sa maladie et son avenir après sa récente participation aux Jeux Olympiques de Rio.

Peut-on se risquer à dire que le pire est déjà derrière s'agissant de votre maladie ?
Oui, je crois. Tout va mieux maintenant. C'est fini.
Vous le dites avec tellement de conviction…
En effet, il me reste cinq semaines de convalescence. Je rencontre mon kiné mercredi à Paris et ma rééducation débute la semaine prochaine durant trois-quatre semaines. Normalement, ça va aller vite. Jeudi de la semaine d'avant (1er septembre), je me suis fait opérer des tendons du pied gauche car je souffrais du syndrome des loges, une complication impliquant une rétractation des mes deux premiers orteils. Mais ma guérison est en bonne voie. C'est arrivé après ma première opération pour ma tumeur subie le 23 mars. On avait placé des repose-pieds sous les mollets et comme je portais déjà des bas de contention et que je n'ai pas de tissus graisseux sous la peau, on a oublié que mes gambettes sont très fines et que cela pouvait nuire à sa circulation sanguine. C'est dire que depuis cette date, j'ai toujours souffert de ma jambe gauche. Ensuite, j'ai subi une nouvelle opération le 18 avril, un curetage ganglionnaire pour ma maladie. Entre les deux interventions, je me suis entraînée pendant une semaine. Puis, j'ai eu deux semaines de convalescence avant de reprendre mes entraînements.

À ce stade de votre convalescence, que vous ont dit vos médecins ?
Ils sont tous unanimement confiants. On savait qu'il allait y avoir cinq semaines d'intervalle. La dernière opération s'est super bien passée. Ils m'ont laissé sortir dès le lendemain. Je n'ai pas eu d'hématome. J'ai même pu prendre l'avion. J'ai eu autour de moi une bonne équipe, de bons orthopédistes et presque les meilleurs kinés de Paris pour ma rééducation, tous des spécialistes.

Vous a-t-on aussi expliqué comment votre maladie s'est déclarée ?
J'ai demandé, mais on m'a dit que c'est simplement une malchance et que c'est tombé sur moi, et qu'il n'avait pas d'autre raison précise. Il n'y a également aucun facteur héréditaire.

Mais comment faites-vous pour rester toujours souriante en dépit de ce que vous avez enduré ?
(Elle garde toujours le sourire). C'est dans ma nature. Je suis toujours souriante. En apprenant la mauvaise nouvelle, je l'ai prise comme une étape à franchir. Bon, il y a eu des moments où j'ai craqué. Mais j'ai toujours été bien entourée de ma famille et mes amis. J'imagine ce que ce serait si je commençait à déprimer. C'est vraiment pas possible.

On imagine aussi que c'est désormais une nouvelle bataille que vous êtes en train de livrer. Une bataille totalement différente de celles que vous livrez d'habitude dans votre vie de sportive de haut niveau…
Là, ça y est, j'ai gagné une bataille. On verra dans trois ans si j'ai gagné la guerre. On m'a mis sur surveillance pendant trois à cinq ans. Si tous les résultats sont bons, ils vont me laisser tranquille.

Mais c'est tout de même un véritable scoop que vous avez offert à la BBC le vendredi 19 août, soit à la veille de votre course à Rio, en annonçant au monde entier votre maladie…
Effectivement, mais ce n'était pas une nouvelle très joyeuse. La BBC m'a contactée, car elle était sur place à Rio. Moi, je n'ai rien fait. Mais il y en a eu quand même certains qui me l'ont reproché. Ils oublient que j'étais malade et que ce n'était pas le moment pour moi de le crier sur tous les toits. Même certains membres de ma famille n'étaient pas au courant.

En sachant qu'il n'y avait rien de réjouissant dans votre aveu à la BBC, a-t-on pu en retour vous avoir proposé peut-être une aide ou un conseil quelconque pour soigner votre maladie ?
Non, non, car la BBC savait que j'étais déjà bien soignée en France.

Et maintenant, comment comptez-vous envisager l'avenir et quelle est votre priorité ?
Je vais prendre sur moi-même pour me faire soigner et attendre que tout redevienne normal. C'est tout ce qu'il y a à faire. Je vais me concentrer surtout sur mon état de santé et, espérons-le, recommencer bientôt à m'entraîner et déjà chercher un travail.

On croit savoir que vous aviez entrepris dès votre arrivée en France des études en Science-Politique. Puis, vous aviez également effectué des études de Science Technique des Activités Physiques et Sportives (STAPS). Cela ne devrait donc pas être bien compliqué…
Sauf si je n'ai jamais pu terminer l'une ou l'autre étude en raison de ma préparation et des compétitions que je devais considérer pour ma qualification pour les deux dernières olympiades à Londres en 2012 et Rio cette année. Par contre, j'ai réussi mon Brevet Fédéral Sportif (BFS) en triathlon en France avant de le réussir au plan international, soit l'ITU niveau 1, qui est reconnu par la Fédération internationale de triathlon.    

Envisagez-vous de vous lancer comme coach dans le triathlon ?
Non, je ne le pense pas. Je dois trouver autre chose en France. Il faut quand même que je gagne ma vie.

Et concernant votre carrière, reverra-t-on Fabienne St Louis nager, pédaler et courir à nouveau dans quelque temps ?
Oui, sûrement. Je vais me préparer avant car pour la première fois, je vais faire passer ma santé avant tout. Depuis le début, c'est toujours mon sport qui passait en premier.

À Rio, vous seriez allée jusqu'au bout de votre course, s'il n'y avait pas eu de syndrome des loges ?
Oui, je pense que j'y serais allée jusqu'au bout si je n'avais pas eu à abandonner après l'épreuve de natation. Mais il y a aussi beaucoup d'autres facteurs à tenir compte.

Pouvez-vous nous en parler ?
Il y a eu beaucoup de problèmes, notamment avec les dirigeants des fédérations mauriciennes qui étaient sur place et qui ne faisaient rien en faveur des sportifs. Je ne vais pas en parler, car pour moi c'est tellement dégoûtant.

Vous repartez donc en France poursuivre votre convalescence et votre rééducation. Que peut-on vous souhaiter ?
Que je retrouve toute ma santé et que 2017 soit meilleure que la présente qui été une année blanche. Mais je reviendrai voir la famille en décembre.


En bref
Fabienne St Louis, 28 ans, est arrivée en France alors qu'elle avait 19 ans. Durant ses dix années de carrière dans le haut niveau avec notamment deux participations aux JO de Londres et de Rio, elle a été sacrée sur quatre années d'affilée sous La Tour Eiffel au prestigieux Triathlon de Paris (2008-2011).
Après avoir débuté au Club de Lagardère Paris en 2007, elle a passé deux ans au Club Charente avant de rejoindre depuis novembre 2015 Châteauroux, club français de première division. Très jeune, elle a débuté le triathlon à 9 ans (1997) et a obtenu sa première médaille l'année suivante.