La situation macroéconomique « est très solide » à Maurice « mais il faut poursuivre dans la voie des réformes » afin de réaliser des gains en productivité et de compétitivité. C’est le constat dressé ce matin lors d’une conférence de presse par la mission du Fonds Monétaire International (FMI), dirigée par le Dr Mauro Mecagni, qui était sur le point de conclure ses discussions avec les autorités locales dans le cadre des consultations sous l’article IV du FMI. Selon les prévisions de la mission, le taux de croissance économique pour 2016 serait proche de 4%, par rapport à 3,4% en 2015. Entouré de ses proches collaborateurs réunis dans l’un des bureaux du ministère des Finances, le Dr Mauro Mecagni a d’abord donné lecture du communiqué qui sera publié sur le site internet du FMI concernant les principales observations et recommandations de la mission du fonds, indiquant que le rapport final sera présenté vers le 22 février 2016 au conseil d’administration du FMI. « L’économie mauricienne demeure résiliente », a soutenu le chef de mission, et ce malgré certains développements domestiques défavorables et un environnement international volatil. Maurice, a-t-il poursuivi, va, selon l’estimation de la mission, enregistrer un « respectable rate » de 3,4% en termes de croissance économique cette année alors que le taux d’inflation a tourné autour de 1% en novembre 2015. La mission Mecagni a constaté avec satisfaction que Maurice a pu maintenir le taux de déficit budgétaire à un niveau bas pour les premiers six mois de l’exercice financier, et ce en dépit des investissements consentis dans deux banques et de la dépréciation de la roupie. Le FMI observe que le déficit des comptes extérieurs a diminué et arrive à la conclusion que la situation macroéconomique « est très solide ». Toutefois, il considère que pour 2016 , au vu de l’état de la dette publique et de la nécessité d’une « fiscal consolidation », il est impérieux de continuer à adopter des réformes pour assurer une meilleure productivité. La mission demande aux autorités d’éliminer les goulots d’étranglement dans certains secteurs, dont celui de l’informatique. Parlant des perspectives pour l’année prochaine, le Dr Mauro Mecagni annonce que le taux de croissance économique sera de près de 4%, que le taux d’inflation tournerait autour de 3% et que, tenant compte d’un niveau d’importations plus élevé en 2016, le déficit des comptes courants de la balance des paiements pourrait atteindre 6,5% du Produit intérieur brut. Le FMI insiste également sur la nécessité de créer plus de « fiscal space » pour pouvoir faire face aux besoins futurs en termes de dépenses publiques, mais qu’une telle démarche doit être accompagnée d’une réduction de la dette publique. « Ce n’est pas une tâche facile », reconnaît le Dr Mauro Mecagni, car cela implique une rationalisation des dépenses courantes et un contrôle serré des dépenses de développement. La mission Mecagni s’est félicitée de la politique monétaire suivie par les autorités locales. Elle a salué les décisions pour éponger l’excès de liquidités dans le marché, estimant que cette politique doit se poursuivre. Le FMI se réjouit de la résilience du secteur financier mais considère que les réformes ne doivent pas s’arrêter, surtout sur le front de l’emploi, où le taux de participation des femmes est jugé « faible ». Le fonds est en faveur de l’investissement dans le secteur du transport international et du renforcement des capacités institutionnelles. Répondant ensuite aux questions de la presse, le Dr Mauro Mecagni a fait ressortir que la mission affiche un « conditional optimism » pour l’économie mauricienne. Les perspectives « ne seront brillantes que si l’on continue à adopter de bonnes politiques ». Revenant sur la situation de l’emploi, le FMI, a déclaré le chef de mission, prône une plus grande participation des femmes dans l’activité économique, ce qui apportera un certain équilibre concernant l’emploi au niveau des deux sexes, mais donnera, par ailleurs, un coup de pouce à la croissance. Le FMI soutient qu’il faut aussi tout mettre en oeuvre pour réduire le taux de chômage chez les jeunes, bien qu’il reconnaisse, là aussi, que « c’est une tâche difficile ». Et la mission de recommander : « Il faut maintenir, voire renforcer, les programmes d’embauche des jeunes et des femmes. » Le FMI est d’avis que l’investissement dans les télécommunications et l’infrastructure routière « needs to be boosted » et prend note des efforts qui sont déployés dans le secteur portuaire, qui pourrait finalement se révéler crucial au niveau de la politique de positionnement stratégique de Maurice dans la région. Interrogé sur la situation de la dette publique, le Dr Mauro Mecagni a indiqué que, par rapport aux normes régissant les économies émergentes, le niveau de la dette à Maurice paraît élevé, mais que la situation « n’est pas encore dramatique ». Il ne faut pas, a-t-il souligné, « que le niveau de la dette atteigne des proportions alarmantes, car cette situation aura pour conséquence une ponction sur les ressources du pays », qui auraient pu être dirigées vers des projets productifs. Le FMI se dit favorable à un contrôle des projets publics et estime que le gouvernement devrait rechercher la participation financière du secteur privé dans les projets d’intérêt national. « Il faut bien noter que nous ne recommandons pas une réduction draconienne des dépenses de développement, car cela pourrait affecter la croissance », a fait ressortir le chef de mission. En réponse à une question sur la politique de taux de change, le Dr Mauro Mecagni a estimé qu’il faut faire montre d’une « grande prudence » afin de ne pas affecter la compétitivité internationale de Maurice. S’agissant des entreprises publiques non performantes, la mission du FMI est également d’avis qu’il faut veiller à ce que les ressources financières ne soient pas gaspillées et qu’il faut considérer la situation de ces entreprises dans le cadre de la gestion du secteur public et de la dette publique en général.