Ce n’est pas parce qu’on est en fin d’année, que la période est aux réjouissances, au bilan 2017 et aux perspectives 2018 que certains sujets d’actualité doivent être minimisés et relégués au second plan. Non. Il y a des événements graves qui se déroulent et qui, non seulement interpellent, mais traduisent avant tout le dysfonctionnement de notre système.

A la tête du service pénitentiaire, on retrouve quelqu’un qui trouve parfaitement acceptable de faire danser le séga non pas à une fête de fin d’année en interne, ce qui aurait été tout à fait normal, mais pour “entertain” des invités étrangers. Et lorsqu’il est interrogé sur ces pratiques pour le moins “novatrices”, il répond avec une rare arrogance pour un fonctionnaire payé des fonds publics que “je fais ce que je veux”, comme si les prisons sont sa propriété personnelle et les détenues “ses choses”.

Tout aussi révoltante est la nouvelle affaire d’une voiture d’un haut gradé de la police, le même dont l’utilisation est financée par le contribuable, a été transformée en convoi de travailleuses du sexe. Il y avait déjà eu une première affaire. Une de trop pour l’image de la police, de l’officier concerné, du commissaire lui-même et du ministre de l’Intérieur. Un scandale que notre confrère Le Mauricien avait révélé le 25 juin 2016, un mois après les faits, alors que tout avait été soigneusement entrepris pour qu’il ne s’ébruite pas. Le “cover-up” était en marche.

Les faits étalés au grand jour étaient les suivants : dans la nuit du 26 au 27 mai 2016, alors que son père Tangavel Seerungen est le commissaire de police par intérim en l’absence du titulaire Mario Nobin, le fils Saven prend la BMW de papa et s’en va à la chasse du côte de la tabagie Coin Idéal à Rose-Hill. Il tombe sur une travailleuse du sexe. Il discute, il est servi, mais se pose alors un problème “d’honoraires” pour des prestations supplémentaires.

Le protecteur de la dame rapplique aussitôt pour que le prix convenu soit payé sur-le-champ. Le fils du numéro deux de la police, employé de banque, demande au couple de le suivre à un guichet automatique pour un retrait, mais il prétexte ensuite que son compte n’est pas suffisamment alimenté. Le protecteur, mécontent, décide alors d’embarquer tout le beau monde dans la voiture de l’Etat et ils mettent le cap sur Coromandel au motif que l’argent y serait plus facilement obtenu. En voyant passer une patrouille policière, le fils Seerungen appelle à l’aide. Les collègues de son père le récupèrent pendant que madame et son complice continuent leur virée dans la BMW de l’Etat après avoir aussi emporté le portable de leur “client”.

C’est alors que commence la grande machination pour couvrir le fils du haut gradé. La voiture de police est récupérée et ce n’est que plusieurs jours plus tard que le portable est discrètement déposé au poste de police de Rose-Hill. Pas d’arrestation, pas d’enquête, rien. Saven Seerungen consigne une déposition, mais un mois après, le 25 juin, pour dire qu’il se baladait tranquillement à minuit à Rose-Hill lorsqu’une dame lui a demandé un “lift” et que son ami a fait irruption avec un cutter pour lui voler son portable et une somme de Rs 1 000.

Tout est fait pour que rien ne transpire sur cette affaire. Jusqu’à ce que Rajesh Bhagwan pose une question à l’Assemblée nationale. L’interpellation est à l’agenda des travaux du 12 juillet 2016. Et, étrange hasard du calendrier, c’est la veille, le 11 juillet, que le couple est arrêté. Il donne la même version selon laquelle c’est le fils du haut gradé qui a approché la travailleuse du sexe pour des “services”. Les réponses de SAJ, alors Premier ministre et ministre de l’Intérieur, sont un classique du genre : il ne s’est rien passé. L’affaire est close.

Ceux qui, en interne, sont scandalisés par ce cover-up ne l’entendent pas de cette oreille et ils font filtrer des informations. Paul Bérenger obtient, après une Private Notice Question le 4 août 2016, un aveu de taille de SAJ selon lequel il y a bel et bien eu une tentative de cover-up, que le numéro deux de la police prendra un congé et que ce sera un Senior Magistrate qui se chargera de l’enquête. L’enquête n’a rien donné et cela n’a rien d’étonnant.

On peut penser que ceux qui ont voulu faire correctement leur travail ont été très frustrés et qu’ils avaient le fils Seerungen à l’oeil. Et ce qui devait arriver est arrivé. Le 24 décembre dernier, fiston prend la bagnole de fonction de papa et va faire une tournée et embarque une travailleuse du sexe avant d’aller passer à l’acte dans le véhicule officiel près de Royal Garden à Beau-Bassin. Une patrouille policière qui passait par là à 00 h 30 trouve étrange qu’en cette nuit de Noël une voiture garée là se signale par d’étranges mouvements.

Les agents embarquent contravenants, mais, au lieu d’être arrêtés, ils sont autorisés à partir après des interventions en haut lieu et d’un proche de la famille qui a été, depuis, transféré. Ce n’est qu’après que les détails croustillants de l’affaire ont fait le tour du pays que le fils est interpellé le 26 décembre. Bien qu’il n’était pas en mesure de fournir sa caution sur-le-champ et qu’il ne s’en est acquitté que le lendemain, il y a eu une nouvelle intervention pour qu’il ne goûte pas aux affres d’une petite nuit en cellule. Quant à la femme qui se trouvait avec lui, elle n’a été arrêtée que jeudi et libérée après avoir payé sa caution.

Tout cela ne serait qu’anecdotique et n’aurait constitué qu’un sujet de conversation du réveillon, si ce n’était pas encore une fois de trop que le fils du même haut gradé prenait la voiture de l’Etat pour son véhicule personnel pour une virée nocturne. Et le père qui refile encore et toujours la voiture officielle à son fils qui a un tel antécédent est toujours aux commandes? Only in Mauritius !

Josie Lebrasse