Le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) a réuni cette semaine des entrepreneurs horticoles, nouveaux et anciens, pour leur montrer les résultats des recherches que ses scientifiques ont menées ces derniers temps dans l’horticulture, particulièrement dans la culture de l’anthurium, du marygold, de la rose, du bambou, des fleurs exotiques et des feuillages. « C’est une grande opportunité pour les nouveaux et jeunes entrepreneurs de se lancer dans cette entreprise, et pour les anciens de parfaire leurs connaissances dans le domaine, tout en développant leur business », déclare Hiranee Gowreesunkur, Research Scientist au FAREI.

Le « marygold » (genda) est très apprécié des Mauriciens pour ses couleurs vives

Les recherches les plus importantes sont menées sur la culture de l’anthurium, domaine dans lequel, il y a une époque, Maurice était le deuxième producteur et exportateur. Cependant, elle ne l’est plus. Le pays exporte très peu d’anthurium et n’est même pas classé parmi les 50 premiers exportateurs au monde. Cependant, soutient Hiranee Gowreesunkur, « nous pouvons toujours regagner notre place ». D’où les recherches menées sur cette fleur en effectuant un croisement entre les mêmes espèces pour obtenir de nouvelles variétés. « Nous en avons déjà obtenu quatre que nous allons offrir aux planteurs en octobre prochain. Nous en avons identifié une dizaine, de grande et de petite taille, et aussi celles qui sont cultivées dans des pots, que nous allons offrir aux planteurs par la suite. Le travail se poursuit au FAREI pour obtenir de nouvelles variétés de cette fleur », explique-t-elle.

Outre le croisement des parents de l’anthurium, les scientifiques du FAREI ont aussi essayé de la cultiver dans des substrats autres que la bagasse, qui est de moins en moins disponible. Ils ont essayé la paille de coco et les “chippings”, constatant que l’anthurium fait mieux dans la paille de coco et qu’il donne de belles fleurs de meilleure qualité. Le FAREI recommande ainsi aux planteurs existants de transférer leur culture d’anthurium de la bagasse à la paille de coco.

Importation de fleurs

Toujours concernant l’anthurium, Hiranee Gowreesunkur évoque un problème pour l’introduction de nouvelles plantes de l’étranger à cause des maladies que ces dernières peuvent introduire dans le pays. « Heureusement, nous avons été autorisés à importer, à titre d’essai, des “plug plants” qui se trouvent déjà dans leur milieu naturel. Celles-ci sont meilleures car elles donnent des fleurs à partir de trois mois comparés à 18 mois pour les anciennes fleurs. On gagne ainsi du temps pour l’exportation. Passée l’étape de la quarantaine, nous allons bientôt les offrir aux planteurs », indique notre interlocutrice. Le FAREI essaye aussi de développer ses propres variétés d’anthurium. Ses scientifiques en ont trouvé six qui seraient intéressantes et qu’ils comptent propager en laboratoire avant de les offrir aux planteurs qui seraient intéressés.

Après l’anthurium, le FAREI travaille sur le marygold (genda). Hiranee Gowreesunkur indique avoir appliqué un nouveau fertilisant bio à base d’algues à cette fleur « qui nous a donné de bons résultats ». « Nous avons observé que la plante donne plus de branches et plus de fleurs, et ce, plus tôt. Le rendement est meilleur », souligne-t-elle, avant de faire le calcul suivant : « Un planteur achète une graine de genda au coût de Rs 5 l’unité. Il la met sous terre et la plante qui pousse lui donne un minimum de 200 fleurs en un cycle de quatre mois. Le prix de vente d’une fleur est de Rs 3 au minimum. Ce qui signifie que le planteur récupère son investissement de Rs 5 en vendant une ou deux fleurs seulement. Le reste, c’est son profit. Ce projet en vaut la peine. » Le FAREI encourage en ce sens les nouveaux entrepreneurs à cultiver le marygold.

Le FAREI propose quatre nouvelles variétés d’anthuriums aux planteurs

Les fleurs exotiques, dont l’oiseau du paradis et l’heliconia, qui sont de plus en plus demandées par les hôtels touristiques car elles tiennent plus longtemps — au moins 30 jours en vase — sont aussi à l’agenda des recherches de cette institution. Elles sont plus colorées, n’ont pas besoin de trop d’entretien et sont plus économiques. « La culture des fleurs exotiques représente une grande opportunité de business car on obtient beaucoup de fleurs et aussi de nouvelles plantes qu’on peut vendre », souligne Hiranee Gowreesunkur.

Le bambou

La scientifique parle aussi du gerbera, qui autrefois était importé en grande quantité. Tel n’est plus le cas maintenant car le pays est autosuffisant en cette fleur. Elle mène actuellement des essais sur les nouvelles techniques de culture du gerbera. « Cette plante a une durée de vie plus longue, soit deux ans, lorsqu’elle est cultivée dans des plates-bandes hautes d’environ 75 cm, qui permettent à ses racines d’entrer profondément dans la terre. De ce fait, elle donne un meilleur rendement en fleurs, soit une cinquantaine par plante annuellement », explique-t-elle.

Le FAREI s’est aussi lancé dans un projet de recherche sur le bambou. Hiranee Gowreesunkur précise que c’est une demande d’un entrepreneur qui souhaite aménager un jardin de bambous, tel un espace de méditation, qui l’a mené sur cette piste. « Nous avons ainsi collecté toutes les variétés de bambous qu’il y a à Maurice. Nous en avons trouvé 38, que nous avons plantées chez nous avant de commencer à les propager », dit-elle, avant de parler des avantages de cette plante, tels le contrôle de la température en absorbant le dioxyde de carbone et en émettant de l’oxygène dans l’atmosphère. Le bambou lutte ainsi contre la pollution et empêche l’érosion. Selon Hiranee Gowreesunkur, on peut fabriquer des meubles avec les grands bambous et même produire de l’énergie.

En guise de nouveau projet en gestation auprès du FAREI, il y en a un sur le chrysanthème que le pays importe beaucoup. « Nous voulons que nos planteurs se lancent dans ce domaine car nous ne produisons actuellement que 5 000 à 10 000 tiges annuellement. Nous avons beaucoup de demandes de la part des fleuristes et des hôtels. Il y a aussi des feuillages que le pays exporte à hauteur de 18 tonnes annuellement, ce qui rapporte environ Rs 7 M en devises. Il y a un bon potentiel pour continuer à cultiver le chrysanthème en vue de satisfaire le marché local, de même que les feuillages à des fins d’exportation », fait-elle ressortir. Il y a de grandes opportunités de business et d’entreprise pour la centaine de planteurs existants et pour les nouveaux qui seraient intéressés.