FARHAD DOWLUT (NOUVEAU MAIRE DE VACOAS-PHOENIX) : « Avec MedPoint, bann dinozor voulaient en finir avec Pravind Jugnauth »

Ancien membre du MMM, Farhad Dowlut, qui a adhéré au MSM depuis les élections municipales de 2005 et qui est aujourd’hui maire de Vacoas/Phoenix pour une période de deux ans, observe que « l’affaire MedPoint avait pour seul but de nuire au plus jeune leader de Maurice (Pravind Jugnauth, Ndlr) ». Dans l'entretien qu’il a accordé au Mauricien dans le cadre de son investiture, il évoque ses priorités pour la ville et inscrit son mandat dans une politique de continuité. De même, il dit accueillir favorablement le projet métro express.

Lors de votre discours d'investiture, vous avez parlé de « mandat de continuité ». Pouvez-vous nous en dire plus  ?
Nous continuons à travailler sur la base du programme énoncé lors de la campagne électorale. Certains projets ont déjà été concrétisés, d'autres ont été identifiés par l'ancien maire, Navin Ramsoondur, et je poursuis ce travail. Notre objectif est d'alléger la souffrance des habitants de la ville. Nos priorités sont le réasphaltage et la construction de routes, l'aménagement de drains et l'éclairage des rues. La ville de Vacoas/Phoenix s'étend sur 110 km2. D'une ville agricole, elle devient une ville d'habitation avec les nombreux morcellements qui voient le jour. La municipalité est appelée à soutenir ces développements.

Justement, concernant l'éclairage public, on constate que dans de nombreux lieux, même s’il y a des lampadaires, ils n'éclairent pas la route comme il se doit…
On a un projet pour remplacer toutes ces ampoules au sodium par des LED. Cependant, avec 10 000 lampadaires à travers la ville, cela ne pourra se faire tout de suite et tout d'un coup car cela nécessitera un investissement conséquent. On va d'abord mettre des points de lumière dans des lieux qui sont dans l'obscurité totale. Nous allons démarrer le changement des lampes sur trois axes principaux : de Candos à La Marie, de La Caverne à St-Paul et de Castel à Phoenix.

Pouvez-vous élaborer sur les autres projets  ?
Pour le réasphaltage, nous procéderons de manière intelligente en travaillant en étroite collaboration avec la Central Water Authority (CWA), la Road Development Authority (RDA) et le Central Electricity Board (CEB) qui, en ce moment, fait un gros travail de câblage. Nous n'allons pas faire de “patchworks” sur la route. Là où des travaux sont prévus, nous attendrons qu'ils soient tous terminés pour ne pas perdre de l'argent.

Des travaux de drains avaient été annoncés dans la région de la mosquée de Highlands. Qu’en est-il advenu  ?
Il y a un gros projet de raccordement des maisons au réseau de la Wastewater Management Authority entre la mosquée de Highlands et le kovil. Le projet a déjà été approuvé. L'entrepreneur qui a décroché le contrat devrait entreprendre une étude de faisabilité et, une fois terminée, les travaux démarreront. Cette route est gérée par la RDA. Les travaux achevés, la Local Governement Authority sera contactée et la route sera asphaltée. Priorité sera aussi accordée aux routes sur lesquelles a déjà été installé un “crusher run”. Phoenix a aussi été un endroit bien négligé.
Entre Mesnil et Phoenix, en passant par Saint-Paul, on a déjà entamé la construction de drains et de routes. À Mesnil, à Kalicharan Lane, il y avait un gros problème d’inondation, qu'on a toutefois résolu. Nous allons au cœur des difficultés pour trouver des solutions durables. Nous avons demandé une étude complète sur les lieux à risque à la National Development Authority (NDA) pour résoudre ces problèmes. Cela nous prendra entre deux et trois ans.
Concernant le bien-être maintenant, nous allons nous assurer que le public puisse jouir de nos centres sociaux de même que des gymnases de la ville.

Quelques centres sont dans un piteux état…
Oui, j’ai demandé une étude complète sur tous nos centres et les terrains de jeux dans le but de les améliorer. Certains centres et quartiers ont été abandonnés pendant un bon moment. Nous allons vers une politique d’intégration et travaillerons à partir de ce rapport. Nous construirons aussi des terrains de jeux synthétiques. Plusieurs projets arrivent en collaboration avec la NDA. Nous prévoyons, par exemple, un projet près du Gymkhana. Il s’agit d’un “open gym” et d'un terrain synthétique pour les enfants. Ils seront surtout destinés aux habitants de Rivière-Sèche de la Ward 5 de Phoenix. C’est une région résidentielle de Phoenix où les habitations sont construites des deux côtés d’une rivière, et les habitants n’ont pas un terrain de jeux. Sur la route Parisot Mesnil, nous avons aussi un projet de terrain synthétique. L’appel d’offres sera bientôt lancé.

Pourquoi le choix d’un terrain synthétique  ?
Là où il existe une belle pelouse, nous n’allons pas l’enlever. Cependant, dans certains endroits, le terrain n’est pas nivelé et les habitants ont fait des pétitions pour déplorer les risques encourus, notamment ceux de fractures. Sur la route Parisot, par exemple, le sol rocheux et spongieux n'est pas très approprié pour le gazon. De plus, l’entretien du terrain synthétique revient moins cher. Pour le gazon, il faut compter environ six mois de fermeture tous les ans. Il est important que les utilisateurs de ces lieux prennent conscience de l’environnement qui les entoure et respectent les habitants. On a eu quelques plaintes concernant des joueurs trop bruyants à certaines heures. Nous réglons ce problème.

Vous aviez évoqué un projet pilote de gestion des déchets…
Cette décision concerne le service sanitaire de la municipalité. Nous collectons 130 tonnes de déchets ménagers par jour dans la ville. C’est énorme. Les jours de marché, soit les mardis et les vendredis, c’est 30 tonnes de déchets additionnels qui sont produits et collectés. Quelque 90% des déchets du marché peuvent être compostés. À ce jour, notre rôle est seulement de collecter ces déchets. Sa gestion relève de la responsabilité du ministère de l’Environnement. Nous allons trouver un terrain d’entente pour un projet pilote de recyclage. Le terrain a été identifié, mais nous préférons attendre la finalisation avant de l’annoncer.

La municipalité pourrait également proposer des bacs de compostage aux habitants !
Comme c’est le ministère de l’Environnement qui gère la gestion des déchets, c’est lui qui gère aussi ce projet. Le gouvernement a déjà distribué 10 000 bacs de compostage et il arrive avec un deuxième programme. Au niveau de la municipalité, ce sera aussi très coûteux si nous nous embarquons dans un tel projet.
 
Vacoas est appelée à accueillir des projets d’envergure nationale, comme le métro. Comment se positionne la municipalité par rapport à cela  ?
Je n’en ai pas parlé lors de mon discours et je dois vous dire qu’on est fier que le métro passe par la ville. Nous aurons une rencontre avec le ministre des Infrastructures publiques, Nando Bodha, pour le tracé final. Selon le plan initial, il passera sur la route connue comme “Sime disik”, qui sort de Curepipe. Il passerait à côté du marché, plus bas, près de Jumbo, jusqu’au terrain de la SMF. On attend la confirmation du tracé. Ce projet changera la vie des habitants grâce à un moyen de transport moderne. Il favorisera la création d’emplois, la régénération du commerce et d'autres activités économiques dans la ville.

Est-ce que ce sera une piscine de niveau international, genre piscine olympique  ?
Non, c’est vraiment pour les habitants de Vacoas-Phoenix. Mais elle sera suffisamment grande et sera équipée de toutes les facilités nécessaires. Elle pourra accueillir l’organisation de compétitions pour les jeunes.

Le Premier ministre a annoncé la construction d’une piscine de niveau international dans la région de Côte-d’Or. Est-ce que cela veut dire qu’il y aura deux piscines à Vacoas-Phoenix  ?
Il faut savoir que Côte-d’Or est limitrophe de Moka. La piscine est un projet national placé sous l’égide du ministère de la Jeunesse et des Sports.

Parlez-nous de votre engagement politique...
J’ai débuté très jeune dans la politique avec le MMM. Je suivais mon père (Aboo Akheel Dowlut, un bijoutier très connu à Phoenix dans le temps, Ndlr) partout où il allait dans les meetings. J’avais été endoctriné par Paul Bérenger. Je me suis joint au MMM en 1980, à l’âge de 15 ans. J’ai même fait partie de la régionale du MMM à un moment donné. J’ai par la suite eu un différend avec un des députés du parti, qui ne faisait pas ce qu’il prônait dans ses discours. J’ai préféré partir. C’était au milieu des années 90’.
Je suis resté loin de la politique pendant un moment. En 2003, j’ai été élu président de l’association parents-professeurs de l’école du gouvernement de Phoenix. J’ai vu qu’il y avait beaucoup à faire au niveau de l’école. À l’époque, c’était le gouvernement MMM-MSM qui était au pouvoir. J’avais approché les députés de la circonscription. Le vice-Premier ministre, Showkutally Soodhun, était un élu de la circonscription et il nous a aidés à abattre un travail colossal.
Pendant ce temps, Bhai Soodhun pensait que j’étais toujours membre du MMM et quand je lui ai dit que j’avais quitté le parti, il m’a proposé une adhésion au MSM. J’ai travaillé pour les élections de 2005, que le MSM a perdues. À l’arrivée des municipales, le parti avait un gros problème à trouver des candidats, et là, je l’ai rassuré de mon soutien et ai proposé ma candidature si cela pouvait servir. Il m’a invité à envoyer une lettre pour mon adhésion au parti. J’ai eu un ticket pour les municipales. J’ai pris les choses à cœur pour aider un parti qui allait avoir un jeune leader en la personne de Pravind Jugnauth. On avait perdu. J’étais “best loser”. Ensuite, en 2010 et 2015, je suis arrivé en tête de liste pour les municipales.

Certains scandales qui touchent le MSM, dont l'affaire MedPoint, en 2011, n’ont-ils à aucun moment créé de doutes chez vous quant au soutien que vous accordez au parti  ?
Jamais. Vous savez, l’affaire MedPoint “inn fer dan enn fason pou nwir pli zenn leader dan Moris”. Les anciens, “bann dinozor”, voulaient en finir avec Pravind Jugnauth parce qu’ils savaient qu'il était le seul obstacle qui s’érigeait sur leur route. Que ce soit Navin Ramgoolam (leader du Ptr, Ndlr) ou Paul Bérenger (leader du MMM), tous deux savaient pertinemment qu’ils ne pourraient l’affronter. Je pense et je suis convaincu que l’affaire MedPoint avait pour seul objectif de le mettre hors jeu du terrain politique. Il avait été trouvé coupable par une « ti lakour », il a été innocenté par une « gran lakour ». Le Directeur des poursuites publiques a été autorisé à faire appel devant le conseil privé de la reine, et donc à contester cette décision. Mais cela ne veut pas dire que Pravind Jugnauth « inn vinn koupab ». Maintenant, on laisse l’affaire suivre son cours.