FASHION AND DESIGN INSTITUTE : Ces jeunes qui s’intéressent à la décoration d’intérieur

Le Fashion and Design Institute (FDI) a tenu son exposition annuelle la semaine écoulée à Ébène. L’occasion pour les étudiants en troisième année de démontrer leur créativité et savoir-faire à travers divers thèmes. Les jeunes sont de plus en plus intéressés par ce secteur qui, selon eux, présente du potentiel à Maurice de par le nombre de projets de construction d’hôtels et de villas, et le concept de smart city. Ils souhaitent qu’il y ait plus d’étudiants étrangers au sein des instituts mauriciens, et ce, pour un partage de connaissance. Le Mauricien est allé à la rencontre de ces étudiants en Interior Design, qui relatent leurs parcours, leurs rêves et leurs craintes pour ce secteur.
 
Deevisha Beetasur, étudiante
Étudiante en Design and Technology en HSC, Deevisha Beetasur a toujours voulu se former en architecture pour ses études supérieures. « À l’île Maurice, il n’y a pas de programme d’architecture disponible dans les universités. Le seul programme similaire à l’architecture était le design d’intérieur, un programme d’études supérieures de trois ans », confie-t-elle. Passionnée et enthousiaste pour le design, elle a donc opté pour l’aménagement intérieur.
Deevisha Beetasur constate une demande croissante pour des maisons confortables et luxueuses. De ce fait, elle estime que le secteur du design intérieur est appelé à se consolider au fil des années. « Dans d’autres pays, la conception d’intérieur est une carrière fascinante, en particulier pour ceux qui aiment transformer les espaces bruts. Il ne fait aucun doute que cette profession est la préférée des étudiants », relate-t-elle. Or, malgré l’engouement des jeunes, ce secteur est encore au stade des balbutiements à Maurice. « C’est pourquoi, en tant que concepteurs d’intérieur, nous sommes là pour apporter un changement dans le monde du design d’intérieur à l’île Maurice », dit-elle. Son souhait, c’est de voir l’art, la créativité et le théâtre faire davantage partie de la culture mauricienne.
Si le FDI ne comprend que des étudiants mauriciens, Deevisha Beetasur veut que l’institution puisse accueillir des étudiants étrangers. « Cela permettra de partager nos connaissances et notre culture », précise-t-elle. Ainsi, le campus sera plus diversifié et son profil sera en conséquence amélioré.
Pour l’exposition, la jeune fille a présenté une maison 3D complètement basée sur le style moderne et contemporain. « Les mots “contemporain” et “moderne” pourraient avoir une signification similaire pour la plupart des secteurs, mais pas dans le design d’intérieur. Ici, ils se réfèrent à deux styles uniques qui sont populaires parmi les designers et les propriétaires », explique-t-elle.

Nirvashi Ramdeal, étudiante en troisième année
Passionnée par le design d’intérieur, Nirvashi Ramdeal croit dans l’avenir de ce secteur à Maurice. « C’est un moyen d’exprimer mes idées et de me faire connaître dans le monde du design avec mes propres créations », soutient-elle. La jeune fille estime que l’aménagement intérieur gagne du terrain à Maurice. Elle note que davantage de Mauriciens sont intéressés à rénover leur maison ou leur chambre. Nirvashi Ramdeal estime que les divers projets de villes intelligentes à travers le pays et la construction durable sont « un pas en avant » pour les décorateurs d’intérieur. De ce fait, des emplois seront disponibles pour les jeunes diplômés dans ce secteur, prévoit-elle. « Le secteur du design d’intérieur est en plein essor. Les entreprises d’architecture font maintenant l’objet d’une collaboration étroite avec les designers d’intérieur, car 90 % de notre temps se passe à l’intérieur », dit-elle.
Cependant, pour Nirvashi Ramdeal, les décorateurs d’intérieur doivent bénéficier d’une formation continuelle. « Je pense que plus de chances devraient leur être accordées pour un emploi permanent ou plus d’entreprises devraient donner plus de chances de recruter les jeunes pour une formation », ajoute-t-elle. La jeune étudiante avance que plus d’importance est donnée au design d’intérieur à l’étranger qu’à Maurice. « Ils ont plus d’avantages en termes de matériaux et d’expertise », dit-elle.
Pour son projet, Nirvashi Ramdeal a créé une maison pour une famille de cinq personnes. Elle avait choisi un style vintage avec des animations 2D et 3D.

Jim Mathura, étudiant en troisième année
Jim Mathura est un passionné de décoration intérieure depuis son plus jeune âge. Ses recherches sur le secteur lui ont permis d’accroître ses connaissances. Si la décoration d’intérieur a du potentiel à Maurice, Jim Mathura reste sceptique par rapport aux Mauriciens. « Très peu souhaiteront embaucher un designer d’intérieur pour la rénovation de leur maison ou sa construction », dit-il avec regret, ajoutant que les Mauriciens préféreront copier sur Internet plutôt que de faire appel à un professionnel, qui utilisera sa créativité afin d’aménager un espace unique.
Pour lui, ce sont les hôtels ou les constructeurs de villas qui feront appel aux décorateurs d’intérieur. Jim Mathura est d’avis que la créativité mauricienne se développe, mais constate qu’elle ne reçoit pas assez de soutien financier. Le projet qui l’a le plus frappé à Maurice est le bâtiment de la MCB à Trianon. Il regrette qu’il « y ait très peu de bâtiments créatifs et innovants à Maurice ». Selon lui, si son travail est hautement créatif, sa crainte est qu’il soit faiblement rémunéré.
Jim Mathura, tout comme ses amis, souhaite qu’il y ait des étudiants étrangers au FDI pour avoir une autre perception du design intérieur et de l’architecture. « Nous pourrons augmenter notre connaissance et notre créativité », plaide-t-il. Ce type d’échange, selon lui, permettra également aux étudiants mauriciens de trouver un emploi à l’étranger. Lors de cette exposition, il a présenté son projet sous le thème « tropical vintage », qui consistait à utiliser les ressources naturelles pour la création de meubles.

Gary Wong, étudiant en troisième année
Gary Wong voulait étudier l’architecture à Maurice, mais a été désenchanté de constater que ce cours n’était pas dispensé ici. Il a toutefois été rassuré d’apprendre que des cours de décoration intérieure étaient offerts au FDI. « Et cela se rapprochait de l’architecture », dit-il. Pour ce jeune, le design d’intérieur gagne du terrain à Maurice, vu le développement dans le secteur de l’immobilier. Toutefois, il précise que la décoration intérieure ne fait pas partie de la vie des Mauriciens, comme c’est le cas à l’étranger. De plus, il a constaté qu’un étudiant en troisième année, lorsqu’il quitte son école de formation, est placé dans une compagnie pour qu’il puisse mettre en application sa connaissance et se former davantage.
« À Maurice, c’est assez difficile de pouvoir trouver une compagnie où l’on puisse mettre à l’œuvre sa créativité », regrette-t-il. S’il a été formé au FDI, Gary Wong souhaite que les étudiants puissent assister à des ateliers de travail et visiter un chantier de construction. Il veut également partager son expérience et sa connaissance avec des étudiants étrangers dans le domaine de l’architecture et de la décoration intérieure. Lors de l’exposition, il a présenté la rénovation d’une maison de 115 mètres carrés.