Ferblantier National fait partie à part entière du paysage de Vacoas : c’est le seul atelier de ferblantier de la ville. Depuis plus de 35 ans, les frères Mungra, Suresh et Ramesh, ne cessent de forger, de découper et de souder. C’est un métier en voie de disparition, mais qui fait partie du patrimoine mauricien.

À la Route du Club à Vacoas, le son perçant d’outils tapant la tôle est perceptible à une vingtaine de mètres avant notre destination. Au milieu d’arrosoirs, de seaux, d’épis de faîtage, nous retrouvons Suresh Mungra, qui s’active à faire de menus travaux sur un four à micro-ondes. Nous voilà devant un visage familier, mais surtout une enseigne inoxydable de la ville. C’est le seul endroit de Vacoas où le fer-blanc, la tôle et l’aluminium règnent en maître.

Savoir-faire ancestral.

Suresh Mungra croit dur comme fer en son métier, même si les affaires peinent à décoller. “Nous sommes ouverts depuis 8h. Mais il est 10h30 et nous n’avons pas encore fait de vente jusqu’à présent.” Son frère Ramesh nous accueille à l’intérieur. Sur des étagères sont entassés et suspendus divers objets utilitaires : boîtes à lettres, tirelires, entonnoirs, spatules. Sur le pan du mur adjacent, divers outils se côtoient : râteaux, pinces, tournevis, sécateurs, marteaux, centimètres et autres clés. Entre-temps, Ramesh Mungra fait chauffer son fer à souder “pour que la soudure d’étain puisse souder les contours de ce récipient. Pendant au moins quinze ans, vous pourrez l’utiliser sans problème”.

Un savoir-faire ancestral qui a du mal à échapper à la rouille du temps. Les frères Mungra sont conscients que la durabilité n’est plus une condition sine qua none dans l’achat d’un produit. “Comparés au plastique, qui se casse et se fissure rapidement, les objets modelés en fer-blanc, aluminium et en tôle galvanisée sont bien plus solides. Il est impossible de réparer une bassine en plastique, alors que les réparations se font rapidement sur les matières que nous travaillons”, confie Suresh.

“Tonbe leve ansam”.

Selon son frère, “la quantité prend le dessus sur la qualité. Nous constatons aussi que certaines personnes pensent que parce qu’un objet a été fabriqué à l’extérieur, c’est une bonne affaire. Ce n’est pas toujours le cas”.

“Le travail ne disparaît pas pour autant. Comme nous sommes dans le métier, nous devons faire face”, souligne Suresh Mungra. Les deux frères partagent des liens qui leur donnent encore plus de hargne à persévérer. Depuis des années, les frères Mungra “tonbe leve ansam” dans ce métier. Les études n’étant pas le point fort de Suresh, “mon père m’a mis en formation chez un ferblantier à Curepipe. En l’observant et à force de volonté, j’ai appris rapidement, jusqu’à être en mesure quelques années plus tard d’ouvrir mon enseigne à Vacoas”. Ramesh tient à préciser : “C’est mon frère qui m’a formé. Après mes études, j’ai décidé de marcher sur ses pas, car c’était un métier très prisé, mais aussi pour l’aider dans sa tâche quotidienne”, confie-t-il. “Même si c’est normal que nous ayons nos petits désaccords, nous sommes très complices et partageons nos idées dans le travail.”

Se maintenir à flot.

Ramesh et Suresh en ont vu de toutes les couleurs. Clients exigeants, d’autres très reconnaissants. Leur travail a aussi été salué dans des revues internationales. “Vous êtes des célébrités”, lançons-nous pour les taquiner. “Disons que nous sommes simplement des Mauriciens qui font un métier honnêtement. Nous essayons de nous maintenir à flot.” Au-delà de la reconnaissance, le duo veut avant tout que le métier de ferblantier et que leur enseigne survivent le plus longtemps possible. “Et c’est aussi la visibilité que nous procure la presse qui contribue à cette notoriété”, explique Suresh.

Les enfants des deux frères poursuivent des études ou sont déjà employés dans d’autres secteurs. “Reprendre la barre ne les intéresse pas. Difficile de trouver des apprentis. Nous savons qu’après nous, Ferblantier National n’aura d’autre choix que de fermer ses portes.”
Quoi qu’il en soit, avant d’en arriver là, le duo d’artisans compte bien continuer à mettre son savoir-faire technique et sa créativité au service des Mauriciens.