FERMETURE DE LA PÊCHE À L’OURITE : Les pêcheurs déplorent le manque d’accompagnement

Pour la deuxième année consécutive, Maurice organisera la fermeture de la pêche d’ourites pendant deux mois, entre le 15 août et le 15 octobre. Cette mesure semble nécessaire pour la survie de cette pêche, mais le manque de soutien aux pêcheurs concernés pour ces deux mois d’inactivité est déploré. Ceux qui vivent de la pêche d’ourites et ceux qui s’en servent comme appâts pour d’autres types de pêche se plaignent d’être laissés pour compte.
“Mo pa kone kouma mo pou fer pou trase pandan sa de mwa la. Mo pa kone ki mo pou al lapes. Zot pa’nn prevwar nangne pou nou”, se lamente Jimmy Desalles, pêcheur habitant Baie du Cap. “Mo pou pas de mwa mizer la, pa kone kouma pou fer”, ajoute Ramparsad Panchoo, 56 ans, pêcheur de Mahébourg. Les deux mois à venir risquent d’être très durs pour ceux qui, comme eux, gagnent leur vie en pêchant l’ourite. Car le ministère de la Pêche n’a pris aucune disposition pour les pêcheurs qui dépendent de l’ourite.

Les pêcheurs d’ourites pas reconnus.
Prévue du 15 août au 15 octobre, la fermeture aura cette année force de loi. Les dispositions de la loi ne sont pas encore connues, mais il nous revient que ceux pris en flagrant délit seront passibles d’une amende allant jusqu’à Rs 50,000. Une décision importante pour s’assurer qu’on respecte la fermeture, mais qui aurait dû cependant être accompagnée de mesures d’accompagnement pour ceux qui dépendent de l’ourite pour assurer leur survie. Interrogé à ce sujet, le ministère de tutelle, à travers son attaché de presse, Jasvin Sok Appadu, confirme n’avoir pris aucune disposition en ce sens. Selon lui, contrairement à Rodrigues, “nous n’avons pas de pêcheurs d’ourites as such à Maurice. Ils ne sont pas enregistrés comme pêcheurs d’ourites. Le ministère a pris la décision de ne pas prendre de mesures d’accompagnement.”
Or, Jimmy Desalles affirme pratiquer exclusivement cette activité pour gagner sa vie. Sur sa carte de pêcheur, il est inscrit qu’il peut pêcher avec un harpon. Cela fait donc de lui un pêcheur d’ourites. Quant à Ramparsad Panchoo, même s’il n’est pas mentionné sur sa carte qu’il peut pêcher au harpon, il pratique ce métier comme de nombreuses personnes depuis toujours sans qu’aucune autorité ne lui ait jamais reproché d’être dans l’illégalité. “C’est ce que je fais pour nourrir ma famille. Le gouvernement doit nous prendre en considération. Pendant les séances de sensibilisation tenues ici, j’ai demandé qu’on nous donne une compensation. On m’a répondu qu’il fallait faire un survey, mais jusqu’à ce jour, on ne nous a rien dit.”

L’ourite comme appât.
La seule alternative pour ceux qui sont dans ce cas sera d’aller pêcher à la ligne, mais celle-ci est aussi tributaire de l’ourite. Les pêcheurs à la ligne comme Gérard Bernard, habitant de Baie du Cap, se servent principalement de morceaux d’ourites comme appâts afin d’attraper des capitaines, des vieilles rouges ou des berrys, qui constituent leurs principales prises. Avec la fermeture, la pêche risque d’être fortement compromise. “L’ourite est un appât dont raffole la majeure partie des poissons que nous pêchons. Nous nous en servons presque toute l’année. Le seul moment où nous avons une alternative est de janvier à mars, où nous pouvons nous rabattre sur les rougets. Avec quoi allons-nous pouvoir pêcher d’août à octobre ? Ils auraient dû au moins nous fournir d’autres appâts comme les mourgates, ce qui nous aurait permis de gagner notre vie convenablement pendant ces deux mois.”
S’ils sont tous conscients de la nécessité de prendre des mesures comme la fermeture pour assurer la pérennité de l’ourite à Maurice, les pêcheurs déplorent cependant que les organisateurs de cette fermeture ne prennent pas en considération les pêcheurs. “Ils veulent faire comme à Rodrigues, sauf qu’ils ne veulent pas nous dédommager pour ces deux mois d’inactivités”, dit Ramparsad Panchoo. “S’il y avait un accompagnement des pêcheurs concernés, je pense que nous serions tous d’accord avec cette fermeture”, confie Gérard Bernard.

Shakti Tekker : “La fermeture, une nécessité pour la viabilité de l’activité”
Cette deuxième fermeture est organisée par le ministère de la Pêche, avec le soutien de plusieurs ONG, à l’instar de la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS), Eco Sud et son projet lagon bleu, Reef Conservation, de même que le Global Environment Facility-Small Grants Programme de la United Nations Development Project (GEF-SGP UNDP) et le projet Smart Fish de la Commission de l’Océan Indien (COI).
Les organisateurs font savoir que la fermeture est nécessaire pour éviter que la pêche de l’ourite ne devienne une activité du passé. “Cette fermeture a pour but de permettre la régénération de la ressource. Les stocks d’ourites sont très bas, ils sont à un stade critique. La preuve, on s’est beaucoup tourné vers l’importation de Madagascar et de Rodrigues alors qu’on a une superficie de récif beaucoup plus grande que celle de Rodrigues, ce qui devrait donc abriter beaucoup plus d’ourites. On connaît une dégradation de l’environnement qui s’est accélérée ces dernières années à cause des activités anthropiques. Tous les citoyens mauriciens doivent prendre conscience que nous sommes à la fois responsable et victimes de cette dégradation. Il faudrait que tout le monde prenne conscience qu’il est de notre devoir de protéger notre environnement marin”, souligne Shakti Tekker, de la MMCS, qui fait partie des coordinateurs du projet.