Plongée dans l’oeuvre de Firoz Ghanty. Avec des alternances entre passé et présent, menant à un point de rupture et à de nouvelles perspectives. Des idées matérialisées dans Prakzis. Expo qui se tient à la Galerie Le Consulat, rue St-George, Port-Louis. Visible tout le mois d’août.
Les artistes en sauraient davantage que les psychanalystes sur l’inconscient. Les plasticiens, poètes ou autres chorégraphes entretiennent sans le savoir une relation avec l’univers et sont souvent les seuls qui soient capables d’exprimer ce lien. Ils formulent à travers leurs créations des idées qui sont au-delà de l’immédiat et du quotidien.
Recherche.
Des idées qui participent essentiellement d’une recherche des origines de l’homme, pour tenter de répondre aux questions : d’où venons-nous et où allons-nous ? Firoz Ghanty illustre ses propos en citant Le Cri. Dans ce célèbre tableau d’Edvard Munch, ce n’est pas juste un personnage abstrait qui pousse un cri. Car ce cri est millénaire et interpelle chez le regardeur quelque chose d’extrêmement profond, qui provoquera une jouissance ou un malaise, pour ce qui est du tableau de Munch.
De nombreux éléments des tableaux présentés dans Prakzis sont de l’ordre du symbolique et comprennent des formes qui interpellent au niveau de l’inconscient. L’on retrouve ainsi dans une des toiles une représentation de l’homme de Vitruve. Qui interpellera et qui captivera un instant l’inconscient du regardeur. Firoz Ghanty estime qu’il est utile de savoir d’où l’on vient, pour comprendre ce que l’on est.
Intellect.
C’est par conséquent un parcours de recherche que poursuit le plasticien, qui cherche à déterminer sa relation au monde. Ces créations permettent de transcrire ce qui est de l’ordre du vécu, du ressenti et du sensible. Ceci, à travers le filtre de l’intellect. “Si je n’avais pas acquis un certain nombre d’outils intellectuels, philosophiques, voire politiques, peut-être que je n’aurais pas pu faire ce que je fais. Il faut que je me façonne pour pouvoir savoir qui je suis. Car l’objet de la chose est de se connaître soi-même.”
Prakzis est donc une action ordonnée vers un but. Un long processus qui amène le plasticien à comprendre le mode de fonctionnement et les processus d’évolution dans ses travaux. Ce qui permet à l’artiste de savoir vers quoi il se dirige. Sans pour autant savoir ce que ce sera. L’artiste aborde donc une phase nouvelle mais ne sait pas encore à quoi elle ressemblera.
Transition.
Toutes ces réflexions et ces recherches sous-tendent les travaux de Firoz Ghanty dès ses premières créations. Elles se peaufinent avec le temps et se déclinent sous d’autres manières selon les périodes traversées par l’artiste. Prakzis (praxis en français) désigne ce qui découle d’une transition longue qui se projette dans une période nouvelle. En affirmant se départir d’une partie connue de l’oeuvre. L’expo donne à voir des choses qui renvoient à l’histoire des travaux du plasticien. Qui, à un moment, a abordé un discours politique. Revendiquant notamment une amélioration de la situation de l’homme.
On s’attardera à ce propos sur une reproduction grand format d’une affiche réalisée en 1980, réclamant la libération de Nelson Mandela. Affiche dont le dernier exemplaire sera remis au Haut-commissaire sud-africain lors du vernissage de Prakzis, ce mercredi soir. Notons que pour mettre en exergue le discours plastique qui mène à Prakzis, les deux derniers solos (Ruptures et Suite…) sont remontrés.