Les joueuses de l’Association Sportive de Quatre-Bornes attendent le coup de sifflet annonçant le début de la Coupe du monde de football. L’occasion pour ces triples championnes de Maurice de parler de ce sport, devenu leur terrain de jeu favori depuis de nombreuses années.

Les dribbles, les passes, les shoots, ça les connaît. Elles sont footballeuses et fières de l’être. Quand elles sont sur le terrain, ce n’est pas pour faire de la figuration, mais pour taper dur afin de marquer. Cette discipline sportive n’est pas qu’un passe-temps ou une simple activité physique pour les joueuses de l’Association Sportive de Quatre-Bornes (ASQB). Malgré les préjugés, le manque de soutien de la part de la fédération, voire de la presse spécialisée, elles s’acharnent à viser les buts. Elles ont à leur actif trois titres de championnes de Maurice, ainsi que des participations à la COSAFA Cup. Les confidences de ces jeunes femmes, que nous avons rencontrées sur le terrain du stade Guy Rozemont à Candos, sont convaincantes. “Le football, c’est autant un sport pour les mecs que pour les filles.” Et elles n’ont pas l’intention de “zis bat-bat dan boul”. Dorénavant, une joueuse de foot rêve à plusieurs autres casquettes, comme celles de dirigeante ou d’entraîneuse.

“Nou ti kontan met gorl”.

Brésil, France, Angleterre, Maroc et toutes les équipes africaines : voilà les favoris des joueuses de l’ASQB pour cette Coupe de monde de football, qui débute le jeudi 14 juin en Russie. Les pronostics de Martine Kelly, Charlotte Larose, Lætitia Dadard, Sandrine Poudret, Natacha César, Martina Jérôme et Elodie Aliphon divergent concernant l’équipe qui sera gagnante de cet événement planétaire. Mais les jeunes femmes sont unanimes à dire que ce sera l’occasion pour elles de repérer quelques bonnes idées de tactique de jeu et de s’en inspirer.

L’engouement se transpose en véritable passion, loin de l’effet de mode. “Le football a dépassé la simple tendance”, confie Martina Jérôme, qui pratique cette discipline depuis plus de dix ans. “Aujourd’hui, nous sommes dans une autre réalité.” Les femmes s’intéressent au foot comme les hommes et les passionnées en connaissent les règles sur le bout des doigts.

Comme elle, toutes ses coéquipières de l’ASQB ont eu un coup de foudre pour le ballon rond dès leur plus jeune âge. “C’est inné, dans notre sang. Nou ti kontan met gorl. On a joué au foot dans la rue, à l’école, à la maison, dans notre cité, avec ou sans les garçons. Il n’y a que sur un terrain de foot que je me sens à ma place”, souligne Martine Kelly.

“La meilleure école de vie’.

L’équipe féminine de l’Association Sportive de Quatre-Bornes s’entraîne au moins deux fois par semaine. Les joueuses pensent, jouent, respirent, observent et vivent pour le football. Aucune excuse n’est valable pour manquer un match ou un entraînement. Pour certaines, ce sport a contribué “à avoir confiance et l’estime de soi”. Pour d’autres, comme Priscille Labonne, la plus ancienne de l’équipe, “le foot est synonyme de paix, de bien-être, de sentiment de cohésion, de motivation. C’est la meilleure école de vie”. Elles jouent pour le plaisir et non pour l’argent. Même si l’enjeu financier leur aurait permis d’évoluer et de se perfectionner. “Nous sommes bien obligées d’avoir un emploi parce que nous ne sommes pas payées pour jouer au foot à Maurice. Certaines choses ont changé mais il y a encore de la route à faire. Nou ti ava kontan viv du football. Me isi li inpansab”, ajoute Lætitia Dadard.


Pour celles qui n’ont encaissé aucun but lors de la dernière saison de la league nationale, le football est différent, vivant, fédérateur et populaire dans le bon sens du terme. L’amour qu’elles éprouvent pour cette discipline fait cependant face au carton rouge quand “on parle mal de football féminin. Les joueuses sont la plupart du temps des anonymes, invisibles, au service de la promotion des hommes”, constate Elodie Aliphon.

Convivialité et effort collectif.

Natacha César ne cache pas son amertume. “Pourquoi est-ce qu’on a besoin encore de différencier ou spécifier foot masculin ou foot féminin ? Pa mem zafer sa ! Les stéréotypes qui touchent les femmes dans le sport en général devraient disparaître. Bien sûr, notre morphologie est différente de celle des hommes, mais cela ne diminue en rien nos exploits. Nous avons le même esprit de gagne que les garçons, la même passion. Nous partageons les mêmes valeurs de convivialité et d’effort collectif.”

Elles ont hâte de trembler devant les 64 matches de la Coupe du monde. Comme quand elles enfilent leur maillot et montent sur le terrain. Le stress sera à son comble puisqu’elles ressentiront chaque action et chaque but. Les joueuses de l’ASQB espèrent que cette grand-messe sportive suscitera de nouvelles vocations chez les jeunes filles. “Allez-y, foncez sans hésitation. Le football, comme tout sport collectif, est avant tout une question de partage, parce qu’on a besoin des autres. Nous sommes toujours plus forts à plusieurs. Il faut prouver que les filles peuvent aussi avoir un ballon aux pieds et qu’elles méritent d’être reconnues au même titre que les hommes.”