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Trois personnes ont été tuées et deux autres grièvement blessées ce vendredi, 23 mars, à Carcassonne et Trèbes (Aude) lors d’une série d’attaques menées par un homme seul qui a été abattu par les forces de l’ordre, et revendiquées par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

« Notre pays a subi aujourd’hui une attaque terroriste islamiste » qui a fait trois morts et « 16 blessés », dont « deux au moins » sont dans « un état grave », a déclaré le président Emmanuel Macron à l’issue d’une réunion de crise au ministère de l’Intérieur.

Il s’agit des premières attaques de ce type en France depuis celle, le 1er octobre dernier, qui avait fait deux morts à la gare Saint-Charles de Marseille. Le pays vit depuis 2015 sous la menace d’attentats jihadistes.

L’assaillant, Radouane Lakdim, un Français d’origine marocaine de 25 ans, a agi seul, a précisé le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb depuis Trèbes, petite ville de 5.000 habitants située à moins de 10 km de Carcassonne et traversée par le canal du Midi.

Vendredi en fin d’après-midi, à Carcassonne, une perquisition encadrée par les policiers d’élite du Raid était en cours dans son quartier, la cité Ozanam, située à quelques centaines de mètres du centre historique de la ville, a constaté l’AFP.

Suivi de 2014 à 2016 car il gravitait autour de personnes actives sur internet dans la sphère jihadiste, il a ensuite fait de la prison pour des faits de droit commun. De nouveau surveillé à sa sortie, il n’a pas montré de signes de radicalisation violente, et sa surveillance a été arrêtée, selon des sources proches du dossier.

D’après le parquet de Carcassonne, il s’est réclamé de l’EI, qui a commandité de nombreux attentats en Europe depuis 2015.

L’homme a mené ses attaques en trois temps, ont raconté à l’AFP plusieurs sources proches de l’enquête.

Il a d’abord « volé une voiture à Carcassonne, tuant un passager et blessant gravement le conducteur ». Puis un peu plus loin, il a tiré sur un CRS qui rentrait d’un footing avec plusieurs collègues près d’une caserne. Le CRS a été légèrement blessé à l’épaule.

Quelques minutes plus tard, vers 11H15, il pénétrait dans un supermarché Super U de Trèbes. Il y tue alors « deux autres personnes », un employé et un client.

Alors que les autres otages avaient réussi à fuir, il a ensuite retenu une femme. Un lieutenant-colonel de gendarmerie dépêché sur les lieux s’est alors proposé pour prendre la place de celle-ci. Vers 14H30, il a été grièvement blessé par balles par l’assaillant, ce qui a déclenché l’assaut du GIGN, a précisé M. Collomb.

Le lieutenant-colonel, Arnaud Beltrame, 45 ans, « avait laissé son téléphone ouvert sur la table (…) et c’est lorsque nous avons entendu les coups de feu que le GIGN est intervenu », a ajouté le ministre, en saluant l' »héroïsme » du gendarme.

M. Macron a également salué le « courage » de cet homme qui « a sauvé des vies et fait honneur à son arme et notre pays ». « Il lutte actuellement contre la mort et toutes nos pensées vont à lui et à sa famille », a-t-il ajouté.

Deux gendarmes du GIGN ont également été blessés: un par balles à la jambe, l’autre en se préparant pour l’assaut, selon une source proche du dossier.

L’assaillant, qui aurait été armé de couteaux, d’une arme de poing et de grenades, a crié « Allah Akbar » en entrant, selon un témoin cité par une source proche du dossier.

Christian Guibert, un témoin venu faire ses courses au supermarché avec son épouse et sa belle-soeur, a raconté sur la chaîne BFMTV avoir « entendu plusieurs détonations », et mis à l’abri « dans un frigo de boucher » ses proches et d’autres clients. Il dit avoir ensuite appelé la gendarmerie puis s’être dirigé vers l’assaillant. « A ce moment-là, il m’a aperçu et m’a couru après (…) j’ai pris une porte de secours et j’ai vu les gendarmes arriver », a-t-il ajouté.

La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie. Le procureur de Paris François Molins, arrivé sur les lieux, doit tenir une conférence de presse à 19H30.

La Tour Eiffel sera éteinte ce vendredi soir à minuit en hommage aux victimes, a annoncé la maire de Paris, Anne Hidalgo sur Twitter.

Dans un communiqué envoyé à l’AFP, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a « vigoureusement condamné » ces attaques menées « au nom d’une idéologie totalitaire » que « rien ne saurait justifier ». La France vit sous la menace terroriste depuis la vague d’attentats jihadistes sans précédent, parfois de masse, qui avant ces attaques ont fait 241 morts depuis 2015. L’EI a perdu depuis deux ans la plupart de ses bastions en Irak et Syrie, mais reste une menace par ses attaques à distance ou menées en son nom par des individus plus ou moins isolés.

-AFP