François Hollande élu président de la France, Sarkozy concède sa défaite

Le socialiste François Hollande a été élu dimanche président de la France lors d'un vote sanction contre le sortant Nicolas Sarkozy qui a concédé sa défaite et souhaité bonne "chance" à son successeur.

"La France a un nouveau président de la République, le peuple français a fait son choix, c'est un choix démocratique, républicain. François Hollande est le nouveau président de la France et doit être respecté", a déclaré Nicolas Sarkozy, l'air grave, devant ses supporters.
"Je viens de l'avoir au téléphone, je lui souhaite de la chance au milieu des épreuves", a-t-il dit.
"Il faut gagner la bataille des législatives" des 10 et 17 juin, a-t-il immédiatement exhorté. "Elle est gagnable. Le score (de dimanche) est honorable. Je ne mènerai pas cette campagne", a ajouté le président sortant, en laissant entendre qu'il allait se mettre en retrait de la politique.
Selon l'institut CSA, M. Hollande a obtenu 51,8% des voix contre 48,2% à Nicolas Sarkozy. Pour Ipsos, le socialiste a remporté 51,9% des suffrages et pour TNS Sofres 52%.
Il devient le septième président de la Ve République qui restera cinq ans à la tête d'une des principales puissances mondiales, détentrice de l'arme nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité et moteur de l'Union européenne. Et le premier de gauche depuis François Mitterrand (1981-1995).
La victoire du socialiste devrait peser sur la politique de l'Union européenne, à qui il réclame une véritable stratégie en faveur de la croissance.
Le conservateur Nicolas Sarkozy est le dernier en date des dirigeants européens balayés par la crise économique après ceux de la Grèce, de l'Espagne ou de l'Italie.
François Hollande a indiqué que sa première visite à l'étranger serait réservée à la chancelière allemande Angela Merkel, qu'il veut convaincre de renégocier le pacte budgétaire européen pour introduire un volet croissance.
Son camp a déjà annoncé qu'il devait s'entretenir avec elle dès dimanche soir, alors qu'elle avait soutenu Nicolas Sarkozy et refusé jusqu'à présent tout contact avec lui.
Le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle a qualifié la victoire de Hollande d'"événement historique" et l'Allemagne se dit prête d'ores et déjà à travailler avec Hollande à un "pacte de croissance".
Dans les rues, le peuple de gauche jubilait, comme sur la place de la Bastille à Paris, haut lieu des victoires socialistes.
"On est débarrassé d'un poison en train de gangrener la société. Un président normal, ça fait beaucoup rêver", a lancé Didier Stephan, un artiste de 70 ans.
Une clameur de joie a secoué les partisans du président élu rassemblés dans son fief de Tulle (centre), où il devait s'exprimer dans la soirée avant de gagner la capitale.
Sur les plateaux de télévision, les responsables socialistes essayaient de donner l'image de la responsabilité, après un succès "clair et net", comme l'a dit l'ancienne candidate à la présidentielle de 2007 et ex-compagne du vainqueur, Ségolène Royal.
Arrivé en tête au premier tour (28,6% contre 27,2% au sortant), François Hollande était depuis des mois donné favori du scrutin. "C'est un échec très lourd pour Nicolas Sarkozy face à un candidat sans expérience de gouvernement", a estimé le politologue Stéphane Rozès de l'institut Cap.
Issu de l'Ecole nationale d'administration (ENA), creuset de l'élite française, François Hollande a été onze ans chef du Parti socialiste, élu plusieurs fois député du département rural de Corrèze (centre) qu'il préside, mais n'a jamais exercé aucune fonction ministérielle.
Il a été élu dimanche sur fond de crise avec l'explosion des déficits, un taux de chômage record (plus de 10%), la désindustrialisation du pays et une certaine désespérance de Français qui redoutent de se voir imposer trop d'austérité par l'Union européenne.
Triomphalement élu en 2007 avant de devenir très impopulaire, Nicolas Sarkozy, 57 ans, a enregistré la plus cinglante défaite d'une carrière politique commencée il y a plus de 30 ans.
Après la percée historique de Marine Le Pen, dirigeante de l'extrême droite (17,9% au premier tour), Nicolas Sarkozy, sans réserves de voix, avait été contraint de radicaliser son discours pour tenter de récupérer les électeurs du Front national.
Pour le politologue Gérard Grunberg, la défaite de Nicolas Sarkozy est "due à la fois à la crise et à ses erreurs dans sa manière d'incarner la fonction de président".
Mais la partie ne sera pas simple pour François Hollande, parti en campagne en outsider total il y a un an. Réputé pour son sens de la synthèse et de l'humour mais qualifié de "flou" et de "mou" par ses détracteurs, il a émergé après la mise à l'écart de l'ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn.
Outre sa priorité de renégocier le traité européen, il entend retrouver l'équilibre budgétaire en 2017, taxer les plus riches, lutter contre le chômage en créant des emplois notamment pour les jeunes.
Cet homme, qui a promis une "présidence normale" après celle de l'hyperactif Sarkozy, a aussi l'espoir d'inscrire "la gauche dans la durée" en modernisant la société. Il veut autoriser le vote des étrangers hors UE aux élections locales, permettre le mariage gay, ouvrir la porte à l'euthanasie.
François Hollande devrait être investi au plus tard le 15 mai. Après une première visite à Berlin, il enchaînera les rendez-vous internationaux, avec un G8 puis un sommet de l'Otan aux Etats-Unis avant un sommet européen en juin.