GAËLLE BAZIRE : La rebelle créative

Jamais sans ses bottes noires, quitte à botter le postérieur de ses détracteurs. La philosophie de Gaëlle Bazire est simple : live and let live. Avec ses dreads, ses piercings et ses 17 tatouages, elle arbore un look aux antipodes du stéréotype féminin. La fashion designer de 29 ans est à l’image de sa griffe, Shämeless. Adepte du je-m’en-foutisme et adoratrice de la culture décalée, elle vogue vers l’inconnu et vit au jour le jour.
Scope vous propose cette semaine le portrait d’une nana un brin rebelle, qui n’a que faire du qu’en-dira-t-on…
Refusant de suivre les codes d’un monde en “mal d’originalité”, Gaëlle Bazire avance au gré de l’inconnu et de ses envies. Bottes noires aux lacets fleuris, grande jupe stylée et dreads accessoirisés et flashy, la fashion designer ne manque pas de panache. Nous la retrouvons dans sa boutique, Wanderlust, à Grand-Baie, qui, d’après ce qu’on lui a dit, “a comme des allures de Bali”. S’entremêlent des créations originales aux motifs imprimés, des bijoux, des sacs et autres items plus sobres, “histoire de plaire un peu à tout le monde. Ils ne caractérisent pas forcément qui je suis”.

Place aux dreads.
Garçon manqué pendant l’enfance, timide à l’adolescence, Gaëlle Bazire s’est dévoilée en grandissant. “Avant, je n’étais pas bien dans ma peau, avec des fringues qui ne me correspondaient pas du tout.” Peu après l’adolescence, elle s’ouvre à d’autres frontières. Elle s’envole pour l’Australie pour ses études et se retrouve entièrement dans le style de vie qu’elle côtoie. Bonne vivante, elle va de festival en festival : Rainbow Serpent, Maitreya Festival, Sun Festival, etc. “C’est un monde à part où tu es libre d’être toi. On prête peu d’importance à ce que tu fais, comment tu t’habilles. Beaucoup de couleurs, un choc de styles et de créativité, et surtout de la bonne musique.”
Parce qu’elle déteste ses cheveux naturels, deux solutions s’imposent : les lisser ou se faire des dreads. La décision est vite prise. Celle qui est d’une famille aisée, avec un père médecin, n’a que faire des complaisances. Malgré les désapprobations de ses parents et de son entourage, elle s’émancipe de cette image de “Miss tout le monde”. “Au début, ils ont essayé de me normaliser, mais sans succès”, rigole-t-elle. “Aujourd’hui, ça passe mieux. J’adore l’ouverture d’esprit dont font preuve mes parents. Ils acceptent mes choix et m’épaulent au maximum.”
Elle n’aime pas lorsque l’on la surnomme rasta. “Ce n’est pas parce qu’on a des dreads qu’on est rasta”, affirme la styliste. “Quand cela vient d’amis, ça passe. De la part d’inconnus dans la rue, c’est désagréable. Mais je ne me laisse pas faire.” La rebelle s’insurge contre ces gens qui n’arrivent pas à se faire à l’idée que les dreads n’appartiennent pas aux rastas. “Je crois en moi et mon entourage, mais pas en une religion.”

17 tatouages.
D’autres choses qui l’agacent ?“Simplement tout le monde”, réfléchit-elle à haute voix. “J’adore me plaindre, mieux vaut ne pas commencer. Je déteste les gens qui jettent leurs cigarettes partout, qui ne savent pas conduire.” Et sur le ton de la plaisanterie : “Je n’aime pas qu’on me dérange, qu’on me réveille.” Beaucoup de ses amis sont atypiques comme elle; d’autres sont moins excentriques. “Tant que personne n’empiète sur ma liberté et mes choix, on peut s’entendre, car je respecte tout le monde.”
Elle a eu son premier tatouage à 17 ans. Puis deux, trois, et maintenant 17. “Ils représentent différentes étapes de ma vie, les endroits où j’ai vécu, mes styles, les moments difficiles et heureux.” Ses tatouages n’ont pas tous des significations précises, sinon qu’ils lui permettent de s’exprimer à travers des dessins sur sa peau. Trois sont toutefois symboliques : la libellule au niveau de son poignet, le chat sur ses côtes et la petite fille sur ses bras. “Ma sœur et moi, on s’est fait tatouer la même libellule, à l’exception que la sienne se situe à l’extérieur de son poignet. Elle représente notre enfance au bungalow de mes parents à la plage. Je me souviens que les libellules tournoyaient autour de la piscine.” Le félin est synonyme d’une période plus sombre. “C’est le chat de Tim Burton. Je l’ai fait à une époque de déprime, d’où sa maigreur et sa noirceur.” Elle sait aussi exprimer sa joie de vivre : une petite fille avec des ballons, qui a le smile, une de ses créations… Gaëlle Bazire affiche aussi un tribal sur les fesses, des lignes géométriques XXL sur les avant-bras, un Om à l’intérieur des poignets…

Maturité.
Quid des études ? Elle avoue avoir redoublé deux classes. Elle obtient son bac in extremis et s’envole pour Perth en Australie pour des cours en marketing et management. Mais elle n’était pas faite pour ça. En 2010, elle bouge sur Melbourne pour des études en Fashion Design. Une petite revanche sur “certaines personnes qui m’ont découragée”. Pourquoi donc ? “Apparemment, je ne sais pas dessiner”, s’esclaffe-t-elle. “Je retiens qu’il ne faut pas écouter les autres, qu’ils n’ont pas toujours raison”. Elle est têtue : “même si parfois j’ai tort, je fonce dans l’inconnu”.
Après sept ans au pays des kangourous, retour aux sources, en 2014. Bien qu’elle vive au présent, Gaëlle Bazire a dû se recadrer, avec l’ouverture de sa boutique en septembre 2016. À l’aube de la trentaine, elle a gagné en maturité. C’est une professionnelle très consciencieuse. Dans quelques semaines, elle va ouvrir une deuxième boutique à Tamarin.
Quand elle enlève son manteau de fashion designer, Gaëlle Bazire arbore celui de barmaid les week-ends, dans un bar de Grand-Baie. Pendant son temps libre, elle flemmarde, roupille, tout en profitant de la vie… Ses autres passions : être souvent en vacances, voyager et découvrir le monde, parcourir les festivals, aller à des fêtes à se rouler littéralement “dans la boue”, mais aussi profiter de la bonne bouffe et de la bière. “Et ne me parlez surtout pas de mariages et d’enfants !”