GENEVIÈVE DE SOUZA : « Les pauvres ont aussi droit à la dignité »

Le Groupe Mon Loisir (GML) organise un défi sportif, avec la collaboration de Yan de Maroussem, le 2 mars. Cette initiative vise à récolter des fonds et à sensibiliser la population sur la nécessité d’un logement décent. Geneviève de Souza, directrice de la Fondation Joseph Lagesse (FJL) de GML nous parle de la dure réalité des logements sociaux à Maurice et des difficultés qu’éprouvent le secteur privé à construire des logements décents pour les pauvres.

Le GML organise un challenge sportif pour défendre le droit à un logement décent à Maurice. Pourquoi une telle initiative ?
La réalité des logements sociaux à Maurice est extrêmement dure. Au GML, nous pensons que le logement est le pilier de la famille. Sans un logement décent, comment la famille peut-elle s’épanouir ? Il y a une question d’hygiène, mais aussi de sécurité. Nous n’avons pas le droit de laisser une famille vivre entre quatre feuilles de tôle. Il y a un sentiment d’insécurité à plusieurs niveaux. En temps de pluie, tout est inondé. Il existe un sentiment d’insécurité à plusieurs niveaux alors qu’une maison est supposée être un lieu de protection. Quelle est notre responsabilité morale envers ces jeunes filles exposées aux sévices en raison de la promiscuité ? Si nous voulons construire une société de qualité, cela doit commencer par donner un logement décent.

Le logement social est quand même un des secteurs prioritaires des actions de la Corporate Social Responsibility (CSR). N’y a-t-il pas eu d’amélioration ces dernières années ?
Le gouvernement fait de son mieux pour reloger les familles en difficultés, mais malheureusement, les maisons se limitent à 39 mètres carrés. Au GML, nous estimons que nous n’avons pas le droit moral d’entasser des familles de cinq, six ou sept personnes dans 39 mètres carrés. C’est à l’encontre de nos valeurs. Nous voulons faire des maisons plus grandes, mais les autorités responsables ne veulent accéder à notre demande. Il y a malheureusement, une lourdeur administrative et une rigidité dans les critères concernant la construction des logements sociaux. Nous avons un projet pour reloger 22 familles à Chemin-Rail, Rivière-du-Rempart, en attente depuis sept ans. Où est le problème si nous pouvons construire des maisons plus grandes que 39 mètres carrés ? Est-ce parce que ces gens-là sont pauvres qu’ils n’ont pas droit à plus d’espace ? Le pauvre a aussi droit à la dignité.

Les autres fondations connaissent le même problème… Pourquoi n’unissez-vous pas vos forces pour mieux faire entendre votre voix ?
J’espère que l’événement que nous organisons le 2 mars sera une force qui nous permettra de mieux défendre cette cause. J’espère aussi que le gouvernement entendra également notre message. Il serait dommage d’être bloqué uniquement parce que nous pouvons faire plus que ce qui est prescrit dans les guidelines de la CSR. Je tiens également à faire ressortir que le GML est engagé dans le social depuis de nombreuses années. Nous avons construit des logements sociaux avant même la création de la CSR à Maurice. D’où notre démarche de mettre en place la fondation.

Quel type de maison souhaitez-vous construire ?
Nous estimons que pour qu’une famille soit décemment logée, il faut un minimum de trois chambres. Soit une pour les parents, une pour les filles et une pour les garçons. À partir de là, on peut jongler avec l’espace. Mais notre engagement ne se limite pas à la construction de maisons. Il y a tout un travail d’accompagnement pour le développement communautaire intégré. Nous encadrons ainsi des enfants et adultes. Car il faut le dire, l’analphabétisme est aussi un gros problème. Nous les aidons au niveau de la santé ou à gérer des problèmes de handicap lourd, par exemple. Nous les réconfortons dans leur situation. Cela fait un tout, c’est un engagement dans le long terme. La dignité est une chose extrêmement importante pour nous.
À Bois-Marchand, par exemple, il y a une famille avec une fille très brillante. Cette fille prendra part aux examens du CPE cette année, sans avoir un coin pour travailler. Combien de temps, pensez-vous qu’elle pourra continuer à vivre dans une maison comme cela ?

Combien de maisons envisagez-vous de construire à partir de la levée de fonds du 2 mars ?
Tout dépendra du nombre de participants. Car ce projet se fait hors du budget CSR.C’est une activité tout à fait indépendante de notre contribution CSR. Ce qui nous laisse la liberté de choisir le type de maison que nous voulons offrir. Cependant, nous n’avons pas de budget défini encore. Selon la formule, chaque entreprise du groupe paiera Rs 1 000 pour chaque membre du personnel participant à l’événement. Si nous parvenons à offrir au moins une maison pour cette première tentative, l’objectif sera déjà atteint. Pour des questions pratiques, nous ne sommes pas encore sûrs si nous allons construire une maison ou en acheter une qui pourra par la suite être modifiée, car cela dépendra du terrain disponible.

Vous menez actuellement une enquête sociale à Bois-Marchand. Quelle est l’importance d’une telle démarche ?
Nous estimons qu’il est primordial de connaître les besoins des personnes avec lesquelles nous sommes appelés à travailler. Cela nous permettra de mieux cibler notre action. Autrement, nous risquons de passer à côté de la plaque. Malheureusement, une fois de plus, une telle enquête n’est pas reconnue par les guidelines de la CSR. Nous sommes contraints de chercher un budget supplémentaire pour pouvoir réaliser cette enquête sociale, alors qu’une telle initiative devrait aller de pair avec l’action.
Nous attendons toujours les résultats de cette enquête. En attendant, nous avons déjà constaté qu’il y a un grand besoin pour la mise en place d’une crèche dans la localité. Ce qui permettrait aux mamans d’aller travailler. Nous avons déjà un centre d’éveil et une école maternelle sur place. Cette année, notre première promotion est entrée en Std I à l’école de Terre-Rouge. Nous continuons à suivre ces enfants avec la collaboration de l’école. Nous leur donnons un petit-déjeuner et même le van scolaire, afin de nous assurer que toutes les conditions sont réunies pour qu’ils aillent à l’école. J’espère que dans six ans, nous pourrons constater l’aboutissement de ce travail.

Le challenge est-il réservé uniquement aux employés du GML ?
Nous invitons les Mauriciens à se joindre à nous ou à faire des dons selon leurs moyens. J’espère qu’ensemble, nous pourrons faire entendre notre message sur la nécessité d’un logement décent, aux autorités.

Cinq défis pour un logement décent
Ce challenge sportif est une initiative de Yan de Maroussem qui souhaitait allier une bonne cause à sa passion. Arnaud Lagesse, CEO du GML, explique que le groupe n’a pas hésité à s’engager dans un tel événement, en y incorporant les logements sociaux, qui figurent parmi ses priorités en matière de la responsabilité sociale.
Les cinq défis auxquels s’attaquera Yan de Maroussem sont : 6 km de kayak du Morne à Bel Ombre ; 85 km de vélo de Bel-Ombre à Belle-Mare ; 35 km de course à pied de Belle-Mare à Grand-Gaube, 12 km de roller de Grand-Gaube à Mon-Choisy et finalement, 65 km de ski offshore de Mon-Choisy au Morne. Le départ sera donné à 5 h du matin et l’arrivée est prévue pour 17 h 45. Le parcours se fera avec la collaboration des hôtels Lux dans différentes régions de l’île.
Les Mauriciens sont invités à rejoindre Yan de Maroussem et les employés du GML sur les parcours à leur portée.