GILBERT MERVEN: « Nous avons la responsabilité d'assurer la pérennité des courses à Maurice »

La rencontre a d'abord été froide, mais au fil de l'interview, Gilbert Merven, candidat aux élections des Administrateurs du MTC, s'est prêté au jeu. Certes, on sent qu'il y a de la retenue, surtout lorsqu'on aborde sa rencontre avec le Premier ministre, Pravind Jugnauth. Toutefois, notre interlocuteur balaye d'un revers de main toutes les « affaires » et les « accusations » qui ont fait tache pendant ses années à la présidence du MTC. Aujourd'hui, Gilbert Merven est candidat au poste d'Administrateur du board du club de la rue Eugène Laurent et veut être de l'avenir des courses hippiques. Il lance même que les membres du club ont désormais la responsabilité d'assurer « la pérennité des courses à Maurice ».

— Gilbert Merven, vous revoilà en première ligne deux ans après pour un poste d'Administrateur au sein du board du MTC. Peut-on dire que vous revenez après un départ quelque peu forcé fin 2015 ?
— On peut dire que cet entretien commence bien. Mais vous serez un peu déçu de m'entendre dire que ce ne fut nullement un départ forcé. Il est vrai que vous pourrez dire que les circonstances de l'époque jouaient régulièrement contre moi. Mais je ne vous apprends rien en vous disant que je suis un homme libre dans mes actions.
J'avais pris la décision de ne pas poser ma candidature dans un esprit de compromis entre mon club et moi. Il est vrai que durant la période 2014-2015, l'île Maurice était dans un tourbillon politique avec un changement de gouvernement. Sur ce point, je ne vous apprends rien en vous disant que la politique a une influence sur le monde hippique.
Mon choix de ne pas être candidat était, j'insiste, une décision personnelle et était avant tout motivé pour le bien de mon club. Tant de choses ont été dites, y compris dans le rapport de la Commission d'enquête, tant sur mon compte que sur ceux qui avaient la responsabilité de la gestion des courses mauriciennes, et ce, sans une once de preuve. Ma responsabilité en 2015, en tant que membre du MTC et président sortant, était de laisser la place aux autres qui voulaient bien prendre les choses en main. Puis, je dois aussi vous dire qu'après huit années comme président et commissaire à titre bénévole, vous n'êtes pas sans savoir que le pouvoir use.

— Pourquoi revenir alors que vous dites que vous aviez décidé en 2015 de laisser la place aux autres ?
— Je repose ma candidature pour un poste d'Administrateur sur le board du MTC, parce que j'ai constaté une volonté affichée des membres du club pour mon retour. Je reviens aussi parce que j'aime mon club et les courses. Je dois aussi vous dire que ce qui se passe depuis deux ans ne me réjouit pas malgré les efforts de l'équipe dirigée par Alain Noël. Je reconnais qu'un énorme travail a été abattu pendant ces deux dernières années, mais les choses n'ont pas évolué pour diverses raisons.

— Nous y reviendrons, Gilbert Merven, sur la situation du MTC. Mais restons pour l'heure sur votre départ en 2015. Vous n'avez sans doute pas oublié que vous avez été pointé du doigt dans le rapport de la Commission d'enquête Parry en même temps que d'autres personnes…
— Bon, j'espère que cet entretien ne va pas tourner qu'autour de ce rapport. Je vous retourne la question : est-ce que le rapport Parry — dont j'ai l'impression que vous en avez fait une lecture assidue — m'a directement pointé du doigt ? Si vous voulez qu'on parle du rapport Parry et de ses incongruités, je pense qu'on devait prendre un autre rendez-vous pour en parler exclusivement. Mais, ceci dit, ce rapport a été basé seulement sur des on-dit racontés par certaines personnes, qui n'ont pas apporté de preuves pour soutenir leurs dires.
Je voudrais aussi ajouter que toutes les décisions que j'ai prises en tant que président ont toujours été approuvées à l'unanimité par les membres du board. Du reste, ce n'est pas sans raison qu'un juge de la Cour suprême a cassé une partie de ce rapport sur la base, justement, que ce sont des on-dit. Donc je me pose la question : comment peut-on prendre au sérieux un rapport écrit par des experts, mais qui n'ont pu établir s'il y a faute ou pas.
Loin de moi l'idée de débattre sur ce rapport qui a été publié depuis deux ans et que même l'État ne semble pas vouloir en faire grand cas. Cependant, je ne vous cacherais pas que le rapport Parry préconise quelques points intéressants qui méritent d'être considérés.

— Par exemple ?
— Après l'élection de mardi j'en parlerais d'abord avec mes collègues du board et vous serez sans doute le premier à savoir. De toutes les façons, vous savez toujours ce qui se passe au sein du MTC.

— Vos deux dernières années à la tête du club n'ont pas été roses, Gilbert Merven. Vous avez été éclaboussé par plusieurs affaires. Vos commentaires…
— Vous avez attendu deux ans pour me poser cette question?

— On vous croyait parti pour de bon.
— Mais je reviens en avant comme vous l'avez dit au départ. Sans vous manquer de respect, ce n'est pas ici que je vais m'étendre sur ce que vous appelez « éclabousser par plusieurs affaires ». Ce que vous vous appelez des affaires, moi, j'appelle cela les aléas de la vie d'un club qui gère l'organisation des courses, qui reste jusqu'à preuve du contraire l'activité la plus prisée des Mauriciens. Le MTC et l'organisation des courses disposent d'une structure où chacun a ses responsabilités et agit selon son domaine de compétence. La gestion des courses reste, par exemple, l'affaire des commissaires des courses et ne relève en rien d'une quelconque décision des Administrateurs.
De ce fait, je ne peux être responsable de tous les manquements dans la gestion et l'organisation des courses. Dites-moi, n'y a-t-il pas eu « d'affaires » aux Champs de Mars durant ces deux dernières années  ?

— Si, mais…
— Je vous le redis, tant qu'il y aura des courses il y aura des « affaires » comme vous le dites. Ce n'est pas une occurrence imputée uniquement à Maurice, mais dans tous les pays où les courses sont organisées. Toutefois, je trouve un peu fort et injuste de votre part que de dire que j'ai été éclaboussé par des affaires. Je pense que vous vous trompez.
À ce jour, aucun membre du MTC ne peut me reprocher quoi que ce soit. Cependant, comme dans toute organisation, il y a sans doute des personnes qui ont une opinion différente, et ces mêmes personnes sont conscientes du nombre d'innovation qui a été apportée pour améliorer les conditions des courses mauriciennes depuis 2007.

— Nous sommes aujourd'hui (mercredi) dans votre bureau à la rue Madame. C'est quand même un bureau célèbre dans le monde hippique. On raconte qu'il s'y passe beaucoup de choses et que c'est l'anti-chambre du board des Administrateurs du MTC. Est-ce vrai Gilbert Merven ?
— Permettez-moi d'apporter une petite correction. Cette rue s'appelle Volcy Pougnet, pas la rue Madame. C'est avant tout mon bureau de travail. Je reçois beaucoup de personnes dans le monde des affaires, de même que des amis qui sont de passage à Port-Louis. C'est dans la logique des choses que beaucoup de monde vient en ce bureau.
Quand j'étais président du MTC, il m'est arrivé de consulter ou de rencontrer des gens pour un rendez-vous à une heure où je ne pouvais être au club. Actuellement je reçois plus de monde que d'habitude pour des raisons évidentes. Mais dire que c'est l'anti-chambre du board des Administrateurs du MTC est insultant pour Jeenarain Soobagrah et Alain Noël, qui ont été successivement président du club depuis que je suis parti en 2015.

— Que pensez-vous de l'action de la GRA (Gambling Regulatory Authority), qui s'est immiscée dans les affaires du MTC sur la base d'un conflit d'intérêts concernant la candidature de Frantz Merven ?
— La GRA est une instance régulatrice et elle dit avoir fait son travail selon la loi. Le club a pris sa décision, mais je pense qu'à l'avenir les deux parties auraient pu avoir davantage de communication avant de sortir des lettres de part et d'autre et au final faire plus de torts que de bien.

— Parlant de conflit d'intérêts, on vous a souvent reproché d'être dans une telle situation à l'égard de votre frère Patrick Merven, qui est entraîneur d'une écurie.
— La situation de conflit d'intérêts survient quand une personne se trouve devant une décision à prendre sur une situation qui implique deux parties, et qu'il se trouve que cette personne est connectée aux deux parties. Patrick Merven est certes mon frère, mais je suis engagé ni de près ni de loin à son écurie. Donc, pour moi, dans ma position de président du MTC et d'Administrateur, ce n'est pas en conflit d'intérêts. Je vous rappelle aussi que j'ai toujours quitté le board quand il y a eu une décision à prendre lorsque Patrick Merven était concerné et vous pouvez consulter les procès-verbaux pour le confirmer.

— On dit aussi que vous avez des amis qui vous ont fait rencontrer le Premier ministre, Pravind Jugnauth ?
— Désolé je ne peux répondre à cette question.

— Pourquoi ? Avez-vous quelque chose à cacher ?
— Je n'ai rien à cacher, sauf qu'il sera inélégant, voire même un manque de respect, si je réponds à cette question.

— Mais sur la « place » tout le monde dit que vous avez rencontré Pravind Jugnauth.
— Je ne peux répondre à toutes les rumeurs qui circulent sur la place.

— Si vous êtes élus, que pensez-vous pouvoir apporter de plus que ceux qui font déjà partie du board
— Enfin la question que j'attendais. Pour l'avenir du MTC, il est primordial que le board des Administrateurs ait une marge de manœuvre afin de travailler et surtout de proposer des courses beaucoup plus attrayantes, ce qui n'a pas été le cas depuis assez longtemps. La vision que j'aie, c'est avant tout de tout mettre en œuvre afin que nous ayons des chevaux de valeur dans notre cheptel pour qu'ensuite nous ayons des courses de qualité, qui ont cruellement fait défaut et dont tous les turfistes se plaignent. Sans des courses de valeur, nous sommes condamnés à mourir d'une morte lente et certaine.
Je pense avoir fait mes preuves durant les années que j'ai été président de par les innovations que j'ai apportées avec le soutien de toute l'équipe. Cette fois la tâche sera encore plus dure et il nous faudra travailler encore plus. 2017 sera une année difficile, mais nous devrons nous servir de toutes nos compétences au MTC, notamment pour préparer 2018.

— Pourquoi 2018 ?
— La saison 2017 est déjà lancée par le board sortant. Le plan de travail est déjà établi et il nous faut avancer sur ces projets pour ensuite construire en vue d'un avenir beaucoup plus serein pour 2018.

— On estime à plus d'un milliard de roupies la somme qui échappe aux contrôles des autorités avec les paris illégaux. Gilbert Merven élu ce mardi, que ferez-vous de cette information ?
— Les paris illégaux sont un mal qui ronge les courses mauriciennes et s'il y a autant de choses qui sont racontées sur les conséquences ce type de pari, ce n'est pas sans raison. Quand j'étais président, le board avait tout essayé pour mettre en place un système afin de contrôler cette hémorragie. Vous savez, c'est un mal qui a la vie dure et qui parvient à s'échapper. Je pense qu'il faut désormais utiliser davantage les technologies, avec une Police des Jeux mieux formée et aussi un MTC doté de plus de pouvoir dans le domaine. Notamment obtenir l'accès aux données concernant le betting. Je crois savoir que la GRA s'engage dans cette voie avec les recrutements que j'ai pu voir dans la presse. Le MTC ne pourra que suivre et apporter sa contribution et son expérience dans une vraie lutte contre les paris illégaux.

— Pensez-vous qu'il faut transférer l'hippodrome du Champ de Mars ?
— Sans hésitation je vous dirais oui. Mais il faut d'abord que nous considérions les finances actuelles de notre club. Puis, on peut en reparler. Si aujourd'hui on ne peut organiser plus de courses avec des chevaux de valeur qui attirent le public au Champ de Mars, pourquoi aller faire un nouvel hippodrome dans ces conditions ? N'oubliez pas qu'on a déjà organisé 43 journées de courses avec des chevaux de qualités. Aujourd'hui notre calendrier hippique a été réduit à 36 journées. Il y a d'abord des points à considérer avant de nous lancer dans un tel projet.

— Pensez-vous être indispensable au MTC ?
— Personne n'est indispensable.

— Si vous êtes élu, pousserez-vous votre board à faire du Commingling une priorité et pourquoi ?
Oui, c'est un must et c'est aussi une façon de ramener de l'argent dans les caisses de notre club. Mais le MTC doit, avant tout, obtenir sa propre licence de totalisateur et organiser aussi tous les types de paris qui sont autorisés à Maurice. Je suis certain que ce sera un plus pour le MTC.

— Le mot de la fin.
— Je pense que nous les membres du MTC avons la responsabilité d'assurer la pérennité des courses à Maurice, que nos aînés nous ont légué, tout en prenant en considération que le Champ de Mars reste la distraction numéro une de tous les Mauriciens.