Me Tisha Shamloll, la Junior qui en sait trop, ouvre à partir de cet après-midi, devant la commission d’enquête sur la drogue, une boîte de Pandore, susceptible d’acculer le Chairman de la Gambling Regulatory Authority (GRA) et de la Law Reform Commission, Me Raouf Gulbul. Cette contre-offensive de cette avocate, dont le nom est sur toutes les lèvres du barreau depuis la fin de l’année dernière, se déploiera en deux étapes : rétablir les faits dans ses relations avec le Legal Adviser du Premier ministre et leader du MSM, Pravind Jugnauth, après l’opération « Pas sifon avek mop sal »?, et, ensuite, éclairer la lanterne de la commission d’enquête, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen, au sujet des tractations et agissements dans le modus operandi de l’Avocat Protector des parrains de la mafia de la drogue. À cet effet, les noms des trafiquants qui reviennent de manière systématique sont ceux de Peroumal Veeren, Vomalen Arekin Faizal Hussein et Yohan Placais. L’audition de Me Shamloll, qui compte des années d’expérience au Barreau, devra ouvrir un autre volet délicat concernant le financement de la campagne électorale de ce candidat battu du MSM au No 3, à Port-Louis. Peroumal Veeren et Sada Curpen sont mentionnés comme faisant partie des bailleurs de fonds présumés, la commission devant être mise en présence de la “documentary evidence” à cet effet.
En principe, Tisha Shamloll a été convoquée devant la commission d’enquête sur la drogue à partir de cet après-midi dans le sillage des précédentes auditions de la famille Jeeva, de Parwiza Jeeva et de Jacharee Bottesoie, contre la méthode de « devir lanket » de Me Gulbul. La version de cette “Junior at the Bar” devra verser d’autres éléments accablants sur le plan professionnel et personnel contre le Chairman de la GRA et de la Law Reform Commission. Dans un premier temps, elle compte dévoiler l’état de ses relations avec le Senior Member at the Bar et VVIP politique, proche du pouvoir, pour démontrer que ce dernier a été économe avec la vérité.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent que Tisha Shamloll devra s’appuyer sur une série de SMS échangés au fil des mois pour démontrer la proximité avec Raouf Gulbul et contredire celui-ci suite à ses déclarations publiques. Elle devra déposer devant la commission d’enquête une dizaine de “Bundles” de documents pour prouver sa bonne foi, dont également la teneur de deux messages transmis par Raouf Gulbul le 1er janvier dernier, notamment un à 1h du matin. Elle devra prendre également le soin de ne pas révéler la teneur d’autres SMS pour ne pas causer « utter embarrassment » dans l’entourage de la famille de l’homme de loi.
Dans cette conjoncture, la commission Lam Shang Leen n’aura d’autre choix que de réclamer une expertise technologique et informatique de ces photographies de messages SMS déposées par Tisha Shamloll en vue de vérifier leur authenticité. Une alternative pourrait se présenter si Raouf Gulbul, en parfait gentleman et Learned Friend at the Bar, concède la véracité des messages échangés. En tout cas, Tisha Shamloll envisage de lancer un défi au conseiller légal de SMS Pariaz Ltd et à Jean-Michel Lee Shim en vue de soumettre à la commission son “Itemised Bill” de téléphone cellulaire.
Avant d’aborder la dimension professionnelle des relations avec Raouf Gulbul, Tisha Shamloll évoquera les déplacements à l’étranger en compagnie de Me Gulbul et d’autres Juniors de l’entourage, Neeroo Sowumbar, Nashreen Saudagar, Noor Hosseny. Il y a eu également ce séjour à Rodrigues où, dans les messages SMS, il est question de mets aphrodisiaques… Les déplacements à La Réunion avaient un objectif simple, dont celui en septembre 2013, de permettre à Raouf Gulbul de faire des appels téléphoniques à des contacts sans être répertoriés sur le territoire mauricien à partir des SIM Cards achetées à l’étranger. À ce stade, très peu d’indications ont transpiré à ce jour quant à l’identité des contacts ou encore sur la teneur des échanges.
La ligne que compte adopter Tisha Shamloll sur le plan professionnel est que Me Gulbul l’avait utilisée comme un paravent en vue de se mettre à l’abri de toute dénonciation de ses agissements et pour préserver sa carrière politique, vu ses fonctions à la présidence de la GRA et de la Law Reform Commission. Elle envisage d’évoquer cinq cas spécifiques pour étayer ses dires.
Le cas de Fazal Hussein, un ressortissant pakistanais condamné pour trafic de drogue, constitue l’une des premières missions confiées par Me Gulbul à la Junior Shamloll. C’était en novembre 2013, soit la même année qu’elle a été “Called to The Bar”. Sada Curpen avait approché Me Gulbul pour interjeter appel contre la sentence prononcée à l’encontre de ce Pakistanais. La première rencontre s’est déroulée à l’étude de Me Gulbul en présence de Sada Curpen. Une somme de Rs 200 000 avait été remise par celui-ci, Tisha Shamloll obtenant Rs 25 000. Cette dernière fait également état de transferts de fonds en pas moins de cinq occasions sur le compte du prisonnier suite aux instructions de Me Gulbul. Ce dernier lui avait comprendre qu’elle n’avait rien à craindre dans cette affaire. Il y a eu également des visites au détenu à la New Wing Prison.
Puis est venu le cas de Peroumal Veeren. Tisha Shamloll maintient qu’avant février 2016, elle ne connaissait pas l’existence du prisonnier, avec une chaîne en or valant plus de Rs 1 million en cellule. Toutefois, en févier 2016, elle fut surprise de recevoir un appel de Veeren passé de la prison sur son portable. Peroumal Veeren avait téléphoné à Tisha Shamloll sur des instructions de Me Gulbul, qui avait donné au détenu le numéro de portable. Quand Raouf Gulbul fut informé de cet appel, il devait donner des directives à sa Junior pour « garder le contact régulièrement » avec Veeren Peroumal, car « c’est un gros client, qui paie bien ». La consigne du Chairman de la GRA était de « garder le secret dans ces contacts ».
Depuis février 2016, Peroumal Veeren a régulièrement passé des appels téléphoniques à Tisha Shamloll, une relation également ponctuée de visites  à la prison. Lors d’une d’elles, le parrain des parrains aurait fait des confidences au sujet du financement de la campagne électorale de Raouf  Gulbul de décembre de 2014. Ainsi, un petit détail dévoilant les ramifications de Peroumal Veeren à la prison ne devrait pas échapper à l’attention de la commission. Quand le prisonnier a été placé en isolement à la prison centrale de Beau-Bassin, avec aucun moyen de disposer de l’usage d’un téléphone cellulaire, c’est un officier de la prison, dont le nom sera révélé lors des auditions, qui avait pris le relais pour passer des messages à l’avocate.
Me Shamloll a également assisté Me Gulbul dans les procès intentés à Sada Curpen en 2015. L’intérêt de ces relations est que la jeune avocate dispose d’une série de SMS de confidence de Sada Curpen au sujet du financement de la campagne électorale du candidat battu du MSM au No 3. Ces messages téléphoniques devraient être en possession de la commission Lam Shang Leen.
Deux autres cas – soit celui de la combine Gulbul/Shamloll, comportant des risques de conflits d’intérêts entre le Legal Adviser pour assurer la défense de Vomalen Arekin, la main droite de Peroumal Veeren, en prison, et celui du Français Yohan Placais, condamné à 20 ans de prison pour trafic de Subutex – devront constituer autant d’éléments pour la commission de réclamer des enquêtes pour infraction à l’éthique à l’Office of the Director of Public Prosecutions. Dans le cas du Français, Tisha Shamloll confirme avoir rendu visite à celui-ci en prison sur instructions de Me Gulbul, même si elle n’était pas son conseil légal. Ainsi, une convocation du Chairman de la Law Reform Commission devant la commission d’enquête sur la drogue est devenue plus que probable…