Les hépatites font quelque 4 000 morts par jour dans le monde ; 4 000 de trop. C’est le slogan qu’a choisi Hep Support, ONG qui vient en aide aux patients touchés par une des hépatites, dans le cadre de la Journée mondiale contre l’Hépatite. À Maurice, si on ne dispose pas d’une compilation en tant que telle du nombre de patients concernés, le Dr Prithiviputh Rittoo indique qu’il y aurait entre 20 000 et 25 000 personnes touchées. L’hépatite « est une maladie silencieuse », fait-il ressortir. D’où l’importance de se faire dépister.
L’hépatite la plus commune à Maurice est l’hépatite C. « On ne dispose pas dans nos hôpitaux d’un département spécial pour les hépatites. Les patients sont référés à un médecin ou hépatologue ». La maladie, nous explique le Dr Rittoo, ne se signale pas tout de suite. « Il faut attendre dix à quinze ans pour voir les symptômes dont une défaillance du foie. Au départ, le patient sentira une faiblesse, présentera des problèmes de digestion et une urine plus foncée ».
Les premiers symptômes de l’hépatite C sont la fatigue, des troubles intestinaux, une mauvaise digestion, des fièvres inexpliquées. « La personne aura des difficultés à se nourrir car l’appétit diminue. Elle peut avoir des vomissements, des diarrhées. Les selles sont décolorées ou pâles. Les yeux et la peau peuvent être jaunâtres. Certaines autres peuvent ne pas avoir des signes alors que la maladie progresse. Parfois, la maladie peut dégénérer en une cirrhose ».
Quant à l’hépatite B, elle se transmet par le sang. Cela peut être au contact d’une personne infectée. « Dans les années 1990, les transfusions sanguines se faisaient sans avoir au préalable analysé le sang des donneurs, ce qui était risqué. Le virus peut par ailleurs être contracté au moyen du partage de seringues entre toxicomanes ou chez le dentiste autrefois. Aujourd’hui, les dentistes ont des stérilisateurs mais autrefois tel n’était pas le cas. D’autre part, dans une famille, si un membre est atteint d’hépatite et qu’il partage un rasoir ou une brosse à dents ou même un peigne, il peut contaminer un autre membre de la famille. Le personnel médical qui est au contact de personnes infectées peut aussi contracter le virus », ajoute le Dr Rittoo. En revanche, la contamination de mère à son bébé est plus rare, dit-il.
Les hépatites sont en fait des virus. Des traitements existent mais ont jusqu’ici été très coûteux. « Autrefois, il y avait une injection d’interféron qui coûtait Rs 400 000 et le traitement était lourd avec des effets secondaires. Aujourd’hui, on a d’autres traitements. L’Alliance mondiale de l’Hépatite a fait une demande pour les pays en voie de développement afin qu’ils aient le même traitement à un prix moindre. C’est ainsi que le médicament générique, avec très peu d’effets secondaires, qui est déjà disponible dans certains pays ne coûte que USD 1 000 au lieu de USD 60 000. Hep Support étant membre de l’Alliance mondiale, Maurice pourra en bénéficier. Nous attendons des formalités au niveau du ministère avant qu’il soit disponible sur notre marché. Certains patients mauriciens se le sont procuré en Inde ». Le Dr Rittoo lance un appel au gouvernement pour que « ce médicament soit accessible à Maurice. Si l’on traite un patient à Rs 400 000, avec ce médicament générique, on pourra en traiter une douzaine par an ». Il plaide aussi pour que les tests plus poussés pour quantifier le nombre de virus dans le corps du patient et qui ne sont jusqu’ici pas disponibles à Maurice le soient dans un avenir proche. « Les tests de dépistage existent mais pas ceux pour déterminer combien de virus un patient a ».
Quels sont les moyens de prévention ? Selon le Dr Rittoo, il faut éviter de se partager les objets personnels dont les rasoirs, les serviettes. De même, les amateurs de piercings et de tatouages devraient-ils se montrer plus prudents. « Il faut bien s’assurer que l’aiguille utilisée est neuve ». Autre mode de prévention, se protéger lors des rapports sexuels.
Devraient se faire dépister les personnes à risques comme celles travaillant dans un milieu hospitalier. « Une personne qui a reçu du sang par transfusion dans les années 1990 ou vit avec une personne malade est aussi à risque et devrait se faire dépister. Ceux ayant divers partenaires sexuels sont également à risques ».
Des vaccins existent pour l’hépatite B. L’ONG Hep Support dispose d’une hotline (5701 58 28) où les patients ou proches peuvent obtenir des renseignements additionnels mais aussi un soutien psychologique.
À noter que le 1er et 2 septembre prochain, se tiendra le premier Sommet mondial de l’Hépatite en Ecosse.